Apprendre à vivre, ça veut dire quoi au juste ?
Écrit par Marc Goldstein   
04-12-2006

 « Apprendre à vivre » est le titre d’un ouvrage de Luc Ferry paru récemment, dont le but est de nous éclairer sur les différentes façons de conduire son existence. Tiens donc ! comme si vivre s’apprenait, me suis-je dit... Eh bien, il faut croire que oui. Bien qu’il soit nécessaire d’abord de vivre pour pouvoir ensuite philosopher, il faut bien admettre que respirer et satisfaire ses besoins vitaux ne suffisent pas à rendre pleinement compte de ce que signifie vivre. Donc il nous faut l’apprendre. Mais, si l’on en croit Aragon : « Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard. » Alors… est-ce bien raisonnable ? 

(Au cours du débat, on a écarté la notion de survie, qui concerne aussi bien l’homme que l’animal, pour ne s’intéresser qu’à la question du sujet.) 

Si l’on peut apprendre à apprendre, peut-on réellement apprendre à vivre ? Peut-on domestiquer cette « volonté aveugle » de vivre ? Si vivre s’apprend, ce ne peut être que par l’expérience. On apprend à vivre comme on apprend à marcher, surtout par soi-même. Pour autant, peut-on apprendre seul à vivre ? Les autres ne jouent-ils pas un rôle primordial dans cet apprentissage ? À l’évidence, puisque vivre c’est aussi et surtout vivre parmi les autres, se conduire vis-à-vis des autres, avec les autres. Cet apprentissage s’effectuerait en deux temps : on apprendrait tout d'abord à être soi, à prendre conscience de soi en tant qu'individualité, et un peu plus tard, à être soi avec les autres, ce qui n’est pas une mince affaire. Cet apprentissage prend la forme d’un réapprentissage, voire d’un désapprentissage. La question devient alors : apprendre à vivre, n’est-ce pas réapprendre à vivre ? Se reconstruire après une expérience traumatisante, par exemple. Pour certains, la condition essentielle de l’apprentissage serait notre capacité à renoncer à ses convictions, à se déprendre de soi. Pour d’autres, on ne réapprend pas : « On reste sur sa ligne et on meurt à la fin. On ne peut qu'être soi-même, et c'est déjà pas mal. » 

Si vivre s’enseigne, comment fait-on ? Qui sont les professeurs ? Quels livres lire ? Comment, par exemple, apprendre à se libérer de la peur de souffrir, de se tromper ? Cette peur qui limite notre espace de liberté et nous empêche ainsi d'exploiter pleinement nos potentialités. D’autant que souvent cette peur n'a pas de fondement réel : on a peur pour rien. Parfois, des cours particuliers sont nécessaires à la reconstruction de soi : le « Je ne peux pas te guérir sans toi » résonne alors avec le « Connais-toi toi-même » socratique. Pour ce faire, le saut du nid est salutaire, et apprendre à vivre reviendrait à sortir périodiquement de la chrysalide. Dès lors, apprendre et vivre semblent indissociables. On pourrait presque les tenir pour synonymes, sauf à considérer qu’« on n’apprend pas, on s’habitue ». Mais au fait, de quel enseignement parle-t-on ? C’est quoi au juste, apprendre à vivre ? S’agit-il de se préparer à mourir ? d’apprendre à vieillir ? de « vivre sa vie » (comme si vivre tout court ne suffisait pas) ? Ou s’agit-il de vouloir perdurer, de prendre son temps, de vivre au présent ?  

On s’aperçoit qu’il est pratiquement impossible de répondre à la question de l’apprentissage de la vie sans parler de son contenu. Et encore faudrait-il être en mesure de se poser la question, à chaque moment vécu : « Là, quand je fais ce que je suis en train de faire, est-ce que j’apprends à vivre ? » Entre savoir, savoir faire et savoir être, pour certains « apprendre à vivre » fait partie du dernier. Le sujet aurait par là un lien avec l'existentialisme. D’autres y voit l’accès à l'autonomie, le fait de se donner une loi universelle, de se construire soi-même. N’est-ce pas plutôt le fait de pouvoir accéder à une sagesse, à un bonheur, à une acceptation de la vie ? Pas sûr, car apprendre à vivre, c’est aussi courir des risques. Et vivre c'est commettre des erreurs, avec leur lot de souffrances. « Que sait celui qui n'a jamais souffert ? » Partant, apprendre à vivre reviendrait à « rectifier le tir » en permanence. Mais de quelle souffrance s'agit-il ? Celle qu'on a le luxe de s'offrir, à l’abri des problèmes de survie, ou celle que l'on a choisie et qui donne un sens à notre vie ? Finalement, la question sous-jacente n’est-elle pas : « Qu’est-ce qu’une vie bonne ? pour soi ? pour les autres ? » Ne vaut-il pas mieux avoir une vie courte mais bien remplie qu’une vie longue et sans relief ? La vie peut-elle être assimilée à un objet analysable en dehors de soi, qu’on pourrait mener, réussir, apprendre… ? 

Quelle est la place de la philosophie dans cet apprentissage de la vie ? Pour André Comte-Sponville, « on ne philosophe pas pour faire de belles phrases, mais pour sauver sa peau et son âme ». N’est-ce pas l’objet de toute une vie ? Et si l’apprentissage de la vie n’était qu’une sorte de mise en ordre de marche, une orientation sur la façon de se comporter, une sorte de « boussole idéologique » ? Dans ce cas, le danger consiste à se soumettre à des codes, à des jugements de valeur : obéir sans raisonner ou en raisonnant. Si cet apprentissage relève d’une idéologie, c’est-à-dire l’adoption d’une idée politique ou institutionnelle, il se situe à l’opposé d’une authentique démarche philosophique qui demande de penser librement. Le rôle de la philosophie consiste dans ce cas, non pas à apprendre à vivre, mais bien à désapprendre à vivre ; c'est-à-dire à nous déprendre de l'aliénation et des illusions. Apprendre à vivre, pour qui aime philosopher, consisterait alors à désapprendre le conditionnement dont on a fait l’objet. 

Quelles seraient les pistes de cet apprentissage de la vie ? Certains voient dans l’alternance des souffrances et des plaisirs un baromètre pertinent pour naviguer à vue en évitant les écueils, et ainsi bien mener sa barque. D’autres, en nous mettant en garde contre l’aliénation du travail, posent indirectement la question : « En quoi consiste le métier de vivre ? » D’autres encore nous rappellent qu’une vie sans passion ne vaut pas la peine d’être vécue. D’autres enfin nous invitent à désobéir, voire à faire régulièrement des bêtises. Je suis heureux en écoutant ces derniers, car ils me laissent penser que je n’ai pas besoin de faire de gros efforts pour apprendre à vivre, ou que j’en fais déjà suffisamment…

 

Écouter le débat : c'est ici.

Sujet connexe : Qu'est-ce qu'une vie bien remplie ?

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. apprendre à vivre
Ecrit par claudine. 06-12-2006
Aprés lecture de ce qu'écrit Marc, je pense que :

L'apprentissage est en 2 temps, mais simultanés.

Pour ce qui est d'apprendre à marcher, pour un bébé (12 à 15 mois disons),La stimulation de l'entourage est absolument nécessaire ! Des bébés de cet âge,abandonnés, et, élevés en pouponnière,restent assis le regard dans le vague, sans bouger. L'un commencera à avoir envie de marcher lorsque quelqu'un de particulier s'occuppera de l'un.

Lorsque l'on est trop bloqué par des peurs qui empèchent de vivre, une psychanalise peut être un bon moyen de s'en libérer.Cela, comme vous le savez tous, se fait à 2 :face à soi certes, mais avec une autre personne formée à cete techenique.

Ce qui apprend à vivre est de se frotter aux autres, en étant ouvert à leur façon de voir la vie.

Vivre : réaliser ses rêves. Dans ce sens, le travail (au moins certains) vous construisent.

2. Apprendre à vivre
Ecrit par Shorty. 05-11-2007
Merci, cela m'as aidé pour ma dissertation de philosophie!

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