Le corps en question

Sujet du café-philo du 17 octobre 2010, animé par Daniel Ramirez 

Une des difficultés liminaires d’un café-philo est la formulation du sujet précis, préalable à celle (fondamentale) de construire une problématique philosophique. J’ai fait une expérience un peu différente ce dimanche-là : Laisser flotter volontairement le sujet dans une première séquence, pour voir si jamais une problématique ne se dégageait spontanément et cela sous le signe d’une question très ouverte : quelles questions nous pose le corps ?

Bien entendu, cette voie longue implique d’être encore plus concentré et attentif que d’habitude. En fait, quelque chose s’est produit, que je formulerai ainsi : c’est le langage qui nous a posé sa propre question ; dans ce cas, la façon dont nous parlons du corps pose un problème. Mais il fallait le trouver, le laisser se dire.

Il n’est pas un secret que dans la pensée contemporaine, à peu près tout le monde pense que l’on a laissé derrière et dépassé la métaphysique et avec elle, le dualisme âme et corps, caractéristique de cette tendance qui va de Platon à Descartes. On sait que les grecs on eu du mal à nommer le corps humain vivant – le mot « soma » ou « σώματος » était utilisé pour le corps mort (l’âme étant partie dans le royaume d’Hadès). Seulement à l’époque de Platon (donc avec la naissance du dualisme), le corps vivant s’oppose à l’âme, qui l’habite. C’est pourquoi on a pu dire que « le corps (sôma) était le sepulcre (sêma) de l’âme (ψυχή) » (Euripide, cité par Platon dans le Gorgias). Et voilà qui sont venues toutes les belles images (l’attelage ailé, etc), pour dire cet étonnement philosophique. Cependant que la statuaire grecque glorifiait les corps des athlètes, des héros, la pensée commençait déjà à aller ailleurs…

Et plus tard, la jonction avec le monde hébraïque produira toutes sortes de constructions spiritualistes ambivalentes, de l’accusation de corruption au corps glorieux et à l’immortalité de l’âme, introduisant un océan d’ambiguïtés où il a grandi la culture occidentale.    

Heureusement que nous n’y sommes plus dans le dualisme, n’est-ce pas ?

Ainsi, chacun s’est évertué à dire que nous sommes, tantôt une totalité, tantôt une unité psychocorporelle, une interaction psychosomatique, etc., et qu’il n’y a pas à séparer ses deux éléments. L’esprit influe sur le corps (somatisations), le corps limite l’esprit…

Petit problème : la langue ne nous permet pas de dire ce dualisme dépassé autrement qu’avec les mots du dualisme : psycho (âme) et soma (corps), même si on les affirme ensemble, unis, ils sont déjà séparés par des mots qui ne veulent pas dire la même chose.  Bien sûr, s’il ne s’agissait que des mots, il n’y aurait pas de problème. Pourvu que l’on soit conséquemment nominaliste : les mots ne sont pas les choses. Mais là encore, ce n’est pas évident : lorsque l’on dit que « l’esprit ne peut penser sans le corps », par exemple, ou que « après la mort du corps, l’âme disparaît aussi », on croit faire preuve de matérialisme, de pensée anti-spiritualiste ; bref, cela « fait moderne ». Mais c’est quand même l’esprit qui pense, avec (ou à travers) le corps. Donc, distinction. On a aussi dit que c’est le corps qui pense, qui s’exprime, et l’on a évoqué le « langage corporel », qui peut nous trahir ; on a formulé, d’une façon joliment pascalienne, que « le corps a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Mais si le corps a son propre langage, l’autre, la langue parlée, serait la nôtre ?… Nous ne sommes donc pas le corps. Si nous devons (ou nous devrions) prêter écoute à notre corps, ce que c’est nous qui écoutons, nous sommes autre chose que nos corps. Le corps est une altérité au sein de nous-mêmes.

Et voilà donc que ma petite expérience a donné ses fruits : la langue avec laquelle nous parlons du corps nous renvoie cette question, formulée entre les possibilités de sujets : « sommes-nous le corps ou possédons-nous un corps ? ». SI nous le sommes, on ne voit pas comment pourrait le corps s’exprimer lui et contredire ce que « moi » je veux dire.   

C’était encore plus évident lorsque certains proposèrent des usages métaphoriques appliqués à des groupes humains qui font corps, le « corps social », un « corps d’armé », une « corporation », etc. Si de tels groupes peuvent faire corps est bien parce qu’il y a des individus, qui sont bien distincts du corps en question, qui, lui, est bien fragile.

Acculés à des subtiles distinctions, nous nous sommes vus obligés de reconnaître qu’il y a un problème avec le corps, il se dérobe à la saisie conceptuelle. Peut-être bien parce qu’il n’est pas on objet comme les autres. Ou plutôt « mon corps » n’est pas un objet pour moi. D’ailleurs si j’expérimente de la douleur, il m’est pratiquement impossible de communiquer cette affection à quelqu’un d’autre, ne serait-ce avec des métaphores : « cela me brûle », « cela me perce »… sans qu’il n’y ait ni brûlure ni perçage. Il faut faire parler les sensations, car elles sont toujours propres, intimes. Si en revanche c’est le plaisir, et même si nous nous voulons hédonistes, c’est nous qui jouissons, par l’intermédiaire du corps et non nos corps... nous pouvons aussi nier cette jouissance, frustrer les impulsions de notre corps, arrêter de manger, par exemple.  

Cela constitue à ce moment-là une vraie piste : c’est la piste phénoménologique. Le corps propre n’existe pas comme objet perceptible mais comme « corps vécu », comme « chair », même si ce mot n’est pas venu dans le débat. Nous n’habitons pas le corps comme nous habitons une maison (ni nous ne le conduisons comme nous conduisons une voiture), nous habitons corporellement le monde, qui devient ainsi aussi un monde vécu (Lebenswelt).

Bien sûr, il nous a manqué du temps pour creuser ces différences conceptuelles (le quart d’heure de moins temps du débat, on l’a senti). D’autant plus que la tension pour exprimer le non dualisme a eu de mal à se dissiper. Nous avons beau affirmer que « nous sommes notre corps », que nous nous conduisons en parfaits dualistes (platoniciens ou cartésiens) face à la médecine : ma vésicule est malade ? Allez-y, docteur, extirpe-la. Vous avez besoin d’un nouveau rein, d’une partie de foie, d’un nouveau cœur, même, pour préserver votre vie ? Bienvenues les greffes d’organes. Même les mains, qui ont humanisé l’homo sapiens, même les yeux, les « portes de l’âme », soi-disant, se prélèvent, se greffent… même le visage (qu’en dirait Levinas !).

Mais quoi ! Si je suis mon corps, en extirpant une partie, vous m’amputeriez une partie de moi ! Même une jambe gangrenée, jamais on ne permettrait de l’enlever si on n’était pas dualiste…

Seulement, ce dualisme se dissimule astucieusement dans des habits matérialistes : on pense obscurément que le siège de la personne (on n’a pas beaucoup parlé de la personne) serait le cerveau. Personne ne songe à des greffes de cerveau (mais pourquoi pas de corps, donc ?). Problème encore, la fameuse neurobiologie a de plus en plus de pal à trouver les limites, les localisations de diverses fonctions cérébrales qui semblent jouer de la plasticité pour activer des zones, qui se rependent et se diffusent (le dernier livre de Damasio parle tronc cérébral et non du cortex comme siège de la pensée !)… et où s’arrête le cerveau ? Un dualisme cerveau/corps au lieu de âme et corps est toujours un dualisme, bien que purement matérialiste…

Nous savons pourtant que des choses vivent au-delà de la mort des individus (corporels), comme « l’esprit des lumières », par exemple, des choses immatérielles, bien qu’humaines (et les humains ce sont des corps vivants). Les corps transmettent leurs gènes, les personnes (et les sociétés) transmettent des connaissances, des valeurs, des œuvres, des sentiments, des rêves…

Le corps sont parés, habillés, décorés, ils sont des lieux d’investissement symbolique, des espaces de désir, de supports de représentation. D’où la non banalité de la mode malgré la frivolité des langages de la mode.

Et puis, les corps évoluent (depuis Darwin ?) mais ils ont besoin des milliers d’années pour une toute petite modification… les cultures en revanche évoluent si vite ! D’où peut-être le surinvestissement du corps, dans la société (tatouages, modifications, implants) dans l’art (body art) et les nouvelles façons d’habiter corporellement qui viennent, au milieu des extensions technologiques, sans que l’on puisse rien prédire, mais seulement sentir, dans notre corps, dans notre regard ébahi… Décorporation ? Ex-carnation ? Le monde virtuel n’aurait pas besoin de la présence corporelle pour exister, pour communiquer. Une existence moins charnelle se prépare, tout en affirmant l’hédonisme des corps ? Les corps deviendraient ainsi de simples lieux de représentation, des espaces ludiques ? 

Paradoxes de notre temps qui nous ne pourrons pas épuiser, bien entendu. Mais si le monde change, c’est encore dans la chair que nous l’expérimentons.

Un sujet à compléter, à poursuivre peut-être lors d’une autre séance ?

Daniel          

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Le corps en question ... le quel ?
Ecrit par Georges. 19-10-2010
Celui qui accouche d'un autre corps ou celui qui vient juste d'en sortir sa tête ?

Il y a aussi une dualité corps féminin-masculin et même une synthèse... hermaphrodite.

Les corps, si vous êtes bien dans votre assiette corporelle, ayez le courage de philosopher !

;-) par Georges de Bruxelles / Geo Brux Belg

2. Et bien?
Ecrit par observateur. 20-10-2010
"Le courage de philosopher", bravo, Georges! Je crois qu'on peut dire comme ça ce qu'il faut pour aller au café-philo. L'envie aussi. Et des sujets comme ça donnent envie. Par contre, poster à chaque fois des bêtises prétentieuses, sans le moindre argument, ne semble pas très courageux. La question des genres n'a pas été traité dans cette discussion? C'est bien normal, le sexe étant un sujet à part entière... allez-y donc, Georges expliquez-nous en quoi ça pose problème? Quelles questions nous pose le sexe? (pour utiliser la formule de Daniel).

3. Le corps
Ecrit par slimnature. 20-10-2010
Compte tenu du fait qu'on ne philosophe pas avec le corps mais avec l'esprit si le corps est une gêne, l'esprit pourrait modifier la gêne du corps par la raison car, disait Epictète; "ce n'est pas le corps qui gêne mais l'idée qu'on se fait du corps", compte tenu qu'on ne peut faire deux choses à la fois, être gêné et philosopher, si tu veux philosopher modifie la gêne de ton corps.
slim

4. Gêne et philosphie
Ecrit par Daniel Ramirez. 20-10-2010
Je ne sais pas, Slim, si le corps est une gêne, en tout cas il gênait Platon; il nous gêne parfois... quand, adolescents, il se transforme, quand nous sommes malades, ils nous gêne en vieillissant. Peut-être même que s'il n'avait pas de gêne, on ne philosopherait pas. Philosopher pourrait être décrit non pas comme "modifier la gêne de ton corps" mais comme rendre raison de la gêne d'être elle-même. Si être est être corporellement, la gêne existentielle est aussi corporelle mais elle n'est pas propre au corps ni causée par le corps.
Par ailleurs, je ne sais pas non plus si l'on ne philosophe pas avec le corps. Si ça se trouve, si. C'est en tout cas l'hypothèse de Nietzsche.

5. Mais qu'est-ce donc que l'esprit ?
Ecrit par Daniel Ramirez. 22-10-2010
Et puis, c'est un peu rigolo, si ce n'est pas de l'auto-promotion (Clovis Simard, dans un autre fil de discussion, où il se cite lui-même), de parler de la "formation mathématique de la conscience" ou de l'esprit. Avec une apparence scientifique, des formes encore plus archaïques que le platonisme resurgissent périodiquement. Parmi elles, l'idée pythagoricienne (bien avant Platon) comme quoi il y aurait une matrice mathématique d'où le tout émerge. Notre esprit ou la conscience serait, en dernier terme une sorte d'activité de nombres... façon idéal de retrouver par la suite la métaphore informatique pour parler de la dualité de l'esprit et du corps comme s'il s'agissait de celle du software et du hardware. Cette comparaison a été évoquée lors du débat... j'ai essayé de montrer comment cela revient à placer la charrue avant les boeufs, puisque c'est l'ordinateur qui a été construit pour imiter la fonction calculatrice du cerveau et non le cerveau qui se serait développé pendant des million d'années (pensez-vous !)pour venir rassembler à un ordinateur vers la fin du XXe siècle.

6. le corps marchandise
Ecrit par linda. 22-10-2010

Heureusement, nous ne sommes plus dans le dualisme corps/esprit, nous dit Daniel.
Bien sûr, nous avons dépassé l’opposition platonicienne ou la conception de Descartes qui considérait le corps comme une substance étendue et l’esprit comme une chose pensante, deux éléments inconciliables.
C’est la tendance qui s’est exprimée au cours du débat et qui a permis de dégager la problématique : suis-je mon corps ou ai-je un corps ?
La conception moderne, sous l’influence de la psychologie, de l’individualisme, des mouvements de libération féministes ou autres, et avec des philosophes comme Merleau-Ponty et Foucault, a beaucoup évolué . Le regard sur le corps s’est imposé dans la société contemporaine comme « corps vécu », vecteur de perceptions, de sensations ou d’émotions qui produit la conscience d’exister. D’où l’interaction évidente avec l’esprit . Le monisme l’emporte sur le dualisme.
Toutefois, malgré cette affirmation forte de l’interaction corps-esprit et même du primat de l’esprit sur le corps, notre société post-moderne, engagée dans le développement des sciences - en particulier de la biologie et de la médecine – et des performances technologiques s’oriente vers un nouveau dualisme ou un monisme matérialiste en oubliant cette unité corps /esprit qui constitue la « personne humaine ». La liberté de disposer de son corps (revendiquée longtemps par les féministes et reconnue comme une conquête essentielle) donne lieu aujourd’hui à une réification du corps considéré comme une réserve vivante de produits biologiques. Il y avait le sang, le lait, le sperme qui pouvaient faire l’objet de dons en France mais au plan international les échanges marchands de tissus, d’organes (reins, yeux, cœur), puis ovocytes et même fonctions procréatrices (mères porteuses) se développent et donnent lieu à de nombreux trafics. La Chine dans ce domaine aussi détient quelques records. Le Comité national d‘éthique devrait réaffirmer certains principes dans la prochaine loi en préparation. (Cf « Le corps en miettes » - S. Agazinski).



7. et l'histoire?
Ecrit par Elke. 23-10-2010
A ce débat, je rajouterai bien cette idée: le corps, n’importe quel corps, peut être considéré comme la cristallisation d'une histoire. Nous pouvons dépasser le dualisme corps/esprit si nous considérons notre inscription dans l’histoire évolutive. La matière émerge du mouvement, puis de la rencontre qui rend possible des alliances, puis les destructions et les reconstructions…. Le corps vivant ne fait pas exception : Il suffit de considérer l’incroyable histoire de notre cerveau. Au-delà de son fonctionnement binaire, il est surtout le résultat d’une longue histoire inscrite dans celle de l’émergence de notre monde telle qu’il nous apparait progressivement à chacun de nous le temps de sa « vie sur terre », le temps que chacun entre nous réussit à maintenir une cohésion dans un amas de cellules qui ont chacune pour elle-même « une vie » qui pulse et qui coordonne sa vie avec celle de ses voisines. Notre capacité de penser émerge au bout d’un long processus développemental au cours de notre histoire bien limitée qui se love dans une Histoire dont nous héritions en partie bien passivement, bien mécaniquement en quelque sorte, mais que nous construisons, continuons activement, même si cette construction se fait bien souvent « malgré nous ». La vie s’inscrit dans un dialogue rendu possible et ensuite nécessaire entre un milieu considéré « interne » (clôturé par une membrane) et « l’externe », l’au-delà de sa membrane. Mais même ce que nous considérons comme « l’externe », comme « au-delà », force est de constater : il obéit aux mêmes lois que l’interne. Si je pousse la pensée, la notion interne/externe devient de plus en plus floue, mouvant, et la notion du chaos s’impose à mon esprit…. Qui cherche à ordonner et je me repose à pouvoir m’appuyer sur la « méthode » de Morin pour étayer la pensée complexe. Oui, nous arrivons à dépasser le binaire en introduisant l’histoire, me semble-t-il.

8. "Complexité", bien sûr, mais encore...
Ecrit par Daniel Ramirez. 23-10-2010
J'imagine, Linda que cela ne t'a pas échappé que ma phrase "Heureusement que nous n’y sommes plus dans le dualisme, n’est-ce pas ?" était ironique... car ce que je prétend est que toute cette instrumentalisation et marchandisation du corps que tu signales, est possible parce qu'un dualisme profond s'est incrusté dans la pensée postmoderne: nous ns sommes pas notre corps puisque nous pouvons en disposer (droit revendiqué à peu près par tous), le vendre en morceaux, prélever et remplacer des parties. Cela est philosophiquement intéressant, parce qu'en même temps on nie l'existence de l'âme ou d'un esprit ou d'autre chose qui ne serait pas des principes opératifs de calcul, des échanges d'information par des connexions neuronales, c'est-à-dire des fonctions corporelles. S'il n'y avait pas un dualisme informulé et même inconscient, on ne voit pas vraiment comment continuer à affirmer une certaine dignité de l'homme, réduit à une série de messages électriques...
Dépasser le dualisme par l'histoire, c'est bien, bien sûr, Elke, le projet hégélien, mais a-t-il été suivi? Les uns de ses disciples, les marxistes, ont très vite eu envie d'en finir avec le "Geist" de Hegel, en mettant la dialectique "à l'endroit", c'est-à-dire : il n'y a que la matière. Les autres, phénoménologues, Husserl, Heidegger, se sont égarés entre les méandres de l'Idée platonicienne et le mystère de l'être... Seulement avec Merleau-Ponty, une pensée du corps différente a vu le jour, puis avec Bataille, Lévinas, Foucauld et le renouveau de Nietzsche.
L'histoire ne saurait nous préserver dualisme puisqu'elle peut être aussi l'histoire des dualismes. La pensée complexe, oui, si toutefois cela pouvait être autre chose qu'un slogan. La complexité est une des idées que j'entend infiniment plus citée qu'expliquée, tout comme Morin est plus nommé que lu.
Le corps de l'homme est l'homme, si toutefois il ne fini justement pas à sa membrane (moi-peau), mais s'il habite consciemment cette demeure vitale (complexe) faite autant des échanges énergétiques que symboliques, autant des sensations, choses matérielles que des mots, langages, sentiments, pensées et désirs... la chair du monde.


9. Le corps
Ecrit par slimnature. 23-10-2010

Ecoute Daniel, ce n'est pas le corps qu'il faudrait changer pour philosopher mais la gêne que le corps induit, soit l'idée qu'on se fait d'un corps d'autant plus si il est vu comme gênant.
Tu veux faire quoi?
-philosopher,
-que ce que t'en empêche?
-le corps,
-alors par la raison, pas de doute,c'est la gêne du corps qu'il faudrait changer et non le corps en lui même, car il est plus facile de changer la gêne que le corps.
Epictète disait que; ce n'est pas le corps qui gêne mais le regard qu'on porte sur le corps, l'opinion et non l'objet en lui même est bien la cause des émotions, de fait il est possible que Nietzsche se soit trompé, ça arrive même aux meilleurs.
salut Daniel
slim

10. Le plaisir est-il une réfutation du dualisme?
Ecrit par Urbaine. 24-10-2010
Merci pour ce débat, éclairant comme d'habitude, mais paradoxal aussi. Nous arrivons à un état de choses dans lequel vivre pleinement notre corps semble difficile, par des raisons idéologiques. Soit on doit considérer que tout est matière, donc pas de corps vécu, pas d'intériorité, rien que des cellules et fonctions physiques. Ou alors croire en l'âme immortelle ou quelque chose comme ça. Moi je n'en sais rien de tout ça, et pourtant, je sais bien que je ne suis pas un amas de cellules, ou une machine. Par expérience je le sais, mais je ne peux pas le prouver. Dans la douleur, mais surtout dans le plaisir (parfois ils peuvent aller enemble) dans le désir, nous sommes notre corps et nous no sommes pas que corps.
Agnès

11. @ L'observateur...mes observations argumentées
Ecrit par Georges. 24-10-2010
Pour croiser mes observations avec les tiennes, je dirais que la corpulence textuelle de nos prétentions surgissent du fait que chaque corps subjectif reconnaît les bêtises d'un autre corps à partir de siennes. Cela fait que tous les corps-observateurs peuvent s'observer réciproquement sans que tous se rendent compte que l'observation, dans l'ensemble, se différencie selon les variations d'intensité observatrice.

Ce n'est pas pour ça que je droit de généraliser. Non, tous les corps subjectifs n'ont pas l'habitude de faire semblant qu'ils ne comprennent pas en faisant la sourde oreille objective. Va savoir pourquoi !

Le sexe n'est pas un sujet à part entière, car les jouisseurs ne font pas la chose en connaissance de cause mais selon leurs caprices ( ça donnent envie).

par Georges de Bruxelles / Geo Brux Belg
______________________
- Dans cette définition : l'homme est un animal raisonnable, l'animalité est le genre, l'humanité l'espèce, la raison la différence. (Cournot, Fond. connaiss.)
- Que [aux bêtes] la mémoire est corporelle. (La Font. Fabl. X, 1.)
- La nature intelligente est distincte de la corporelle. (DESC. Méth.)

12. Reflet d'un être au monde?
Ecrit par Elke. 25-10-2010
Comment défendre le monisme (ma posture existentielle) dans ce débat ? J’ai réfléchi au terme « dépasser le dualisme », et je me suis dit : je n’ai pas à le dépasser, puisque je ne peux considérer le corps sans esprit et l’esprit sans le corps. Oui, l’informatique est une faible imitation de notre cerveau. N’empêche : la technique met à notre disposition un vocabulaire neuf pour parler des ratages de notre disque dur, composé de 10 milliards de neurones. L’esprit, n’est-ce pas tout simplement la transmission et l’échange nécessaire entre milieu interne et milieu externe? Depuis la clôture de la première cellule vivante jusqu’à la dernière qui va réussir à maintenir et transformer cette poussée, cet élan vital qui nous pousse à nous maintenir, à croître, à transmettre notre patrimoine génétique et culturel et de mourir un jour.
Dans l’obstination de trouver les traces du dualisme, j’entrevois finalement une obstination à maintenir une relation basée sur le modèle dominant/dominé : l’esprit doit dominer le corps, n’est-ce pas là une direction prise depuis les fondations de la civilisation judéo-chrétienne sous la plume du juif Paul, véritable fondateur de la doctrine chrétienne ? Curieuse doctrine qui a émergé dans un monde judaïque, acculé par la civilisation gréco-romaine qui au total n’était qu’une tentative prolongée de mettre en esclavage les tribus « barbares » afin d’assurer le confort de l’élite du pourtour méditerranéen? L’excès « d’attention » attribué au corps, n’est-ce pas tout simplement un contre-mouvement à l’excès de négligence du corps dans le discours élitiste de la supériorité de l’esprit sur le corps ? Or, le « corps » fait avec « l’esprit ». Je me construis avec mon patrimoine génétique et les interactions qui me maintiennent, et par ces interactions je suis partie prenante de ce monde. Mon « physique », « mon visible », peut me faciliter le travail, parfois il se met en obstacle. Mais il est toujours nécessaire pour « faire ». Et si je ne fais plus, je meurs. Les tentatives d’emprise sur le corps sont à mon avis des mouvements d’auto-agressivité dans une société malade, une tentative désespérée de se conformer à un idéal imaginaire dans l’expérience douloureuse de l’invisibilité. Combien d’êtres humains grandissent sans bénéficier de l’attention minimale dont a besoin un enfant pour grandir, dont n’importe qui a besoin pour continuer à se définir « humain » ?

13. Habiller le corps... et le déshabiller.
Ecrit par Daniel Ramirez. 26-10-2010
"je sais bien que je ne suis pas un amas de cellules, ou une machine. Par expérience je le sais, mais je ne peux pas le prouver", dit Urbaine (Agnès). C'est une très bonne synthèse du paradoxe de la dimension incarnée de l'existence.
Elke a raison d'évoquer l'invention paulinienne de la chair comme source du péché et l'appel à la primauté du corps. Vouloir que l'âme soit maîtresse du corps reproduisait en effet les conditions d'esclavage. Nietzsche a des pages terriblement lucides à ce propos (La généalogie de la morale).
Et peut-être aussi que nous n'avons pas besoin d'essayer de dépasser le dualisme et qu'il s'agit simplement de vivre notre corps (notre vie?) plus pleinement, plus librement.
Pourtant il y a des pistes; Agnès parle pertinemment du désir et du plaisir; je pense que l'érotisme, pour appeler un chat un chat, est la meilleure preuve que rien dans l'humain n'est réductible à des fonctions purement corporelles, soient-elles génétiques (le tout génétique est une illusion scientiste comme une autre), car s'il s'agissait d'une fonction programmée de reproduction de l'espèce, nous n'aurons eu aucune nécessité d'inventer la pilule, ni de dé-lier le plaisir sexuel de la reproduction, ni encore moins de littérature ni d'art, ni de toute cette construction culturelle qu'est l'érotisme.
Cela me permet de parler aussi de l'habillement. Puisque le thème de la mode a été mentionné mais nous n'avons pas eu le temps de le développer. S'il s'agissait de couvrir et protéger notre corps, nulle besoin de l'interminable invention des codes et goûts vestimentaires, jeu permanent avec la pudeur, ambivalence du montrer et du cacher des partis du corps. Et les obsessions qui se développent à certaines époques ("Cachez ce sein que je ne saurait voir"), les tartuferies et pudibonderies coexistant avec la provocation, l'impudeur et la jouissance, les lectures biaisées d'habitudes vestimentaires (par exemple le voile intégrale: "découvrez-moi ce visage que je ne saurait ne pas voir"). Le corps et son habillement est définitivement une dimension expressive et communicative des réalités humaines, d'idées et de valeurs. Parfois surdéterminée...
C'est un sujet qui mériterait un autre café-philo, une réflexion à part entière.

14. Le corps ... comme question, comme questionnement ... Daniel Ramirez
Ecrit par ROCA. 27-10-2010
Le corps ... comme question, comme questionnement ... Daniel Ramirez',


Le Langage ... du corps, Langage ... non Verbal, Le corps nous parle-t-il, que nous dit,
donc, Le corps ?, matière ... corps / esprit, où, d'Amont en' Aval, corps - esprit
ne font qu'un, corps du moi, moi du corps, constitution, conformation,
corps, sensation, corps, sensibilité, corps, sensualité, corporation,
humanité, Le corps, support, Le corps pensant,
corps, sentiment, parlant, disant, Le corps Vivant,
Le corps spirituel, corps intellectuel, corps, communication,
des ...corps, interAction, des ...corps, co-créAction,
Corps ...fou, mais ...sage, corps ...sage, corps, énergie, corps, émotion, Âme' et corps,
cœur À ...corps, Le corps, objet, dont je suis Le sujet, corps - sujet, du sujet, corps, Apparence',
Âme ... substance, * corps, processus', Acté,
" habeas' corpus' ", Vérité, porté,

porteur, Véhicule ... Vecteur, Corps, Esprit, Incarné,
corps propre, humain, qui naît ...
Le corps ...y ...fait corps ...et ...graphie,
corps Littéraire, philosophie ...
en chair, en' os',
corps, À La noce, ...
qui bat, qui sonne, corps, en personne, corps mystique ... glorieux,
corps ... touches ... mélodieux,
" Souhaitons que L'esprit soit sain
dans' un corps sain ",
Juvénal, * immobile', en mouvement,
outil, moyen, un' instrument ...

À ...Vent, engagement, À ...corps ...de bâtiment,
entre ... débarquement, et Autre' embarquement,
corps est ...sens', existence,
qui Va, qui Vient, qui Va, À La Vie, co-naît ...sens',
corps ...de métier',
À jardiner', et À tisser', entretenir, À ratisser, en ...chanté, en chantier ...
" Oui, mon corps est moi-même', et j'en Veux prendre ... soin,
guenille ... si L'on Veut, ma guenille ... m'est chère ",
Molière ... chair ...
Les femmes' savantes, mémoire-même, clair ...Voyant', Aux ...p'tits ...soins,
ô corps ...de Violoncelle' !,
ô féeminine ... plainte ... corps, de Violoncelle !, Gilles Roca,


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Cas-fée-Philo des Phares, 17'- 10'- 2010', ces-jours de Vendémiaire,
Le corps ... phare', en' indice', exposant' ... en Lumière, G R

15. "Poète" jette un froid.
Ecrit par Passant. 27-10-2010
j'ai souvent remarqué que quand Roca poste ses soi-disant poèmes, il n'y a plus d'échanges sur un article. Comme si ça refroidissait les débatteurs...

16. comment clore?
Ecrit par Elke. 28-10-2010
C'est justement la question que je me suis posée! Deux moments clés dans tout évènement humain: un début, une fin. Le début: la motivation. La fin? Epuisement ou satisfaction? Tout a été dit? L'ennui l'emporte? Moi, je poste quand j'ai l'impression de pouvoir ajouter quelque chose. C'est vrai que Roca a un effet "finale", un peu comme le bouquet final au terme d'un artifice. Même le "corpus" d'une discussion a sa fin, même si parfois on reste sur sa faim.... Ce qui est bien avec la discussion: on peut la reprendre quand on veut. C'est peut-être pour cela qu'on s'enivre facilement de la parole. Elle peut nous donner l'illusion que tout est possible, il suffirait de dire. Or, dire n'est pas faire et sans faire: pas de corps et sans corps; pas de parole....
Je dois faire ce matin et je fuis dans le dire parce que ce que je dois faire est difficile et m'expose à l'erreur. Tant que je fais qu'en parler, je ne porte pas le fardeau du risque de me tromper.

17. Burka et habillement
Ecrit par urbaine. 29-10-2010
Ah non ! Pas ça, que les versificateurs aient le droit d’ennuyer le monde, d’accord. Que ça sonne le glas des débats, je refuse. Et je suis certaine qu’on n’a pas tout dit.
Par ex. je voudrais savoir, au sujet de l’habillement, s’il est légitime de renvoyer dos à dos comme semble faire Daniel (N°13) la pudibonderie catho d’autrefois et l’obsession de voiler les femmes (ou des les dévoiler) quand on se réfère à la question de la burka. Je suis frappée par la phrase « découvrez-moi ce visage que je ne saurais ne pas voir ».
Qu’est-ce que cela dit par rapport au corps ? Le corps à voiler, le corps à montrer. Je suis d’accord que l’érotisme est un jeu d’habillement et déshabillement, et que c’est très culturel. Rien de purement corporel et pourtant c’est le corps que l’on habille ou que l’on découvre… Le corps de la femme comme un objet du pouvoir ? Je voudrais savoir quelles sont ces « lectures biaisées ». Y aurait-il autre chose à comprendre dans cette affaire ?

18. Pourquoi Clore ?
Ecrit par Un autre passant. 29-10-2010
Un feu d'artifice ? Ca se saurait. Les coups de mitraillette du dit poète qui s'est imposé poète officiel du site m'indispose. Ne pas céder au terrorisme, continuons les débats après le froid qu'il jette en effet

19. le corps objet de mascarade
Ecrit par Alain. 29-10-2010
(enchaînement avec Urbaine)
Bah... il s’agit de femmes, donc cela n’a pas beaucoup d’importance, en plus ce sont des femmes venant du Tiers monde, et qui ne sont même pas chrétiennes, donc elles ont des cultures différentes... et le tour est joué. Si c’étaient des hommes qui devaient porter ce genre de tenue, je voudrais voir s’il y aurait tant de complaisance, une absence aussi stupéfiante d’indignation, si l’on spéculerait sur le libre arbitre de ceux qui la portent... bien évidemment en toute liberté.
Voiler/dévoiler le corps, un jeu érotique, oui !, mais pas pour tout le monde, pas dans toutes les situations. D’après le témoignage d’une amie algérienne, le port du voile dans les « quartiers » sous influence consiste pour les filles, comme on le sait déjà, à se protéger, à ne pas se faire remarquer par les agents de l’Ordre machiste, mais aussi à se présenter comme des filles « comme il faut » et donc bonnes à marier. Ainsi, cette mascarade désigne les filles qui ne le portent pas comme des filles libres à l’occidentale, c’est-à-dire comme des putains. L’hypocrisie est proportionnelle à l’Ordre moral, on le sait aussi dans nos pays chrétiens, mais QUI osera considérer un totalitarisme comme de l’« identité culturelle » ?
POUR QUOI avons-nous donc besoin de philosophie et de philosophes, pour lutter contre les oppressions et les dénis d’humanité, ou pour les « relativiser » par des mascarades cette fois intellectuelles ? Le corps de la femme (mais aussi de l’homme) comme enjeu de pouvoir, comme propriété, comme objet de jouissance et source de bénéfices, c’est une très longue histoire, qui a été abondamment écrite, il me semble. On peut même être au courant sans l’avoir lue (c’est mon cas...).

20. Burka: La liberté de dire non
Ecrit par Elke. 30-10-2010
Daniel écrit : « Le corps et son habillement est définitivement une dimension expressive et communicative des réalités humaines, d'idées et de valeurs ». C’est pour cela que la loi sur l’interdiction de la Burka m’a un peu déçu dans le pays des droits de l’homme avec sa liberté inaliénable d’expression. Cela n’empêche que je suis aussi scandalisée qu’Alain devant l’attitude de certains hommes vis-à-vis des femmes. Mais le problème n’est pas l’habit, mais la relation dominant/dominé qui teinte encore souvent les interactions homme/femme assorti d’une victimisation de la femme et d'une diabolisation de l’homme. Le corps de la femme a un effet sur l’homme, c’est une donnée de la nature, et certains habits renforcent cet effet, d’autres l’annulent. J’imagine qu’il peut être presque douloureux pour certains hommes d’être exposé incessamment à l’excitation, surtout quand ils sont jeunes. Ce sont des niveaux assez archaïques du cerveau qui sont sollicités. Cela demande du temps avant de pouvoir être régulé un peu par le cortex. A considérer la place que Freud a donné à cette activité, l’acquisition de ce contrôle ne doit pas être une mince affaire pour les hommes. En connaissant ces phénomènes, naturellement, une jeune femme doit apprendre à « réguler » l’effet qu’elle veut susciter. C’est une question de bon sens. Et force est de constater que certaines femmes vont tirer profit de leurs charmes. La tentation d’abus de pouvoir est un vice universel. Mais ce qui est important pour l’identité française : ici, en France, les jeunes femmes peuvent prendre le risque de dire « non » à l’homme qui veut leur imposer le diktat d’une façon d’être au monde en contradiction avec leurs aspirations. La loi les protège. Mais l’expérience montre bien comment nous avons du mal à nous sortir des chaînes de l’esclavage intériorisés depuis des générations.L’empreinte culturelle d’une domination du contrôle sociale par la pensée masculine est encore prégnante même dans les relations hommes/femmes des pays dits « modernes ».




 
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