Que doit-on faire de nos peurs ?

Débat du 24 octobre 2010 animé par Yves Cusset

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Nos animateurs attitrés ont invité ce jour-là Yves Cusset, qui déclara d’entrée son refus de jouer le rôle de l’« expert » et son intention de laisser la parole aux participants suivant le postulat de l’« égalité des intelligences » emprunté à Jacques Rancière. Ainsi, sa seule intervention fut une conclusion d’environ dix minutes à la fin du débat.

Il n’y avait pas dans le sujet d’essentialisation de « la peur », mais « des peurs » considérées dans leur multiplicité, ce qui tirait l’exercice philosophique vers le réel : fallait-il le traiter d’un point de vue anthropologique, politique, psychologique ?

Les peurs sont constitutives de l’être humain : peur de l’inconnu, peur de l’autre, peur de la mort... Peut-être s’agit-il de la même peur fondamentale de destruction. La peur est aussi une dure nécessité de survie pour les animaux, et pour les humains en cas de danger, d’agression.

Le pluriel semble désigner implicitement des peurs collectives et les envisager sous l’angle politique. Un autre point de vue, assez inattendu, s’est pourtant opposé à cette idée : il n’existerait pas de peurs collectives, seulement des individus réagissant en même temps à la même situation.

Bien entendu, la peur, les peurs, qu’elles soient prises au plan individuel ou au plan collectif, sont instrumentalisées par les pouvoirs, politiques et autres comme la peur du chômage dans les entreprises, du chantage dans une relation interindividuelle...
Mais cette suspicion à l’égard du pouvoir ne doit pas entraîner un déni de réel et l’évitement de peurs légitimes comme celles du fascisme ou du totalitarisme. Le tout est de ne pas se replier sur une peur passive, défensive de repli sur soi, mais d’assumer la peur inhérente à l’engagement et à la prise de risque. Retrouver la capacité d’une vraie peur serait un mot d’ordre pour aujourd’hui, où l'on a « peur » parfois alors qu'on ne court aucun danger.

Eradiquer les peurs équivaudrait pratiquement à chercher un état de mort cérébrale... En revanche, faire appel à la raison et à la connaissance pour en comprendre les causes permet de les construire utilement et de se donner les moyens de les combattre, tout en évitant les dérives malsaines.

Ce court compte rendu appelle bien entendu développements, échanges et controverses.

 

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Censure ou bug?
Ecrit par Elke. 31-10-2010
Des commentaires disparaissent. Cela fait peur. J'espère de tout mon coeur qu'il s'agisse d'un phénomène électronique et non d'un acte de pouvoir. Les posts sont une forme d'expression. Même si leur forme peut irriter ( je pense aux commentaires concernant le style littéraire de Roca), ils méritent le traitement de la parole en démocratie. Leur retrait devrait être accompagné par une explication: quelle loi a été enfreint? En ce qui concerne les posts de Roca: Parfois c'est en se penchant sur des textes apparament confus qu'on trouve avec ravissement la faille d'une chaine de raisonnement à la logique certe impeccable mais qui induit les pires inepties.

2. Erreur!
Ecrit par Elke. 31-10-2010
Le bug, c'est moi: j'ai retrouvé les commentaires sur l'autre site du café des Phares! Ouf!

3. Ha ça ira, ça ira, ça ira
Ecrit par M.. 31-10-2010
Moi ce qui me fait peur c'est que je n'ai pas peur. La seule chose effrayante c'est le vide des bovidés.

4. Vers libres
Ecrit par M.. 31-10-2010
Et la poésie étatique !.... et toc !...

5. Fantasmes....
Ecrit par Elke. 31-10-2010
Merci pour ce résumé qui me paraît très bien refléter l'essentiel de dimanche dernier. Je l'ai lu après avoir posté mes commentaires, parce que je pensais de l'avoir lu déjà. Donc, j'ai réagi ici à quelque chose qui aurait eu lieu mais qui n'a pas eu lieu, mais la réalité de mes réactions émotionnelles me surprend! Maintenant j'ai honte!!! Heureusement, j'ai écouté hier Boris Cyrilnik à la Fnac et qui invite tous ceux qui ressentirait ce sentiment inconfortable de ne pas se retirer dans leur caverne "sous terre".

6. Métaphysique de la trouille
Ecrit par Marie. 01-11-2010
Je vous donne un lien qui pourrait vous intéresser sur le sujet :
http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/10/30/metaphysique-de-la-trouille_1433312_3232.html
Article de Nancy Huston

7. A propos de l’article de Nancy Huston
Ecrit par Alain. 01-11-2010
La peur est d'abord, à mon avis, le produit de la fragilité constitutive de l’être humain. C’est pourquoi je ne comprends pas cette affirmation « Les bébés qui naissent ignorent tout de cette peur existentielle » (quid de la détresse du nourrisson ??) suivie d’une description diabolique de la manière dont notre entourage humain nous inculquerait peurs, angoisses et autres cauchemars.
Il est vrai que des entourages insuffisamment aimants et sécurisants aggravent cette peur jusqu’à la rendre pathologique, que l’apprentissage du rapport à l’autre peut ne pas être en tous points engageant et que la « peur de l’autre » va souvent au-delà de la simple et universelle peur primitive. Mais un article d’un vrai psy serait plus instructif que les "réflexions" d’une écrivaine s’improvisant psy et qui mélange allègrement jugements de valeur et méconnaissance du sujet.
Remarque annexe - Je suis toujours étonné que l’on accorde, en France, un crédit aussi important à la parole d’un écrivain hors de son domaine, là où il se montre souvent plus incompétent que la moyenne générale, sans doute à cause d’un ego également supérieur à cette moyenne.

8. La négation des peurs collectives
Ecrit par Nicolas. 01-11-2010
Tout d'abord, merci beaucoup pour ce compte-rendu qui me paraît vraiment très intéressant.

De plus, je voudrais tenter d'ajouter une dimension de négation face à ces peurs collectives.

Il s'agirait dans un premier temps de les nier (comme les amoureux, par exemple, qui pourraient avoir toujours peur qu'on les sépare ou encore que leurs couples ne fonctionnent plus!).
Ainsi, il y aurait ici un aspect de fierté présente chez une catégorie bien précise de personnes qui auraient acquis une sorte "d'assurance" contre des peurs: ce qui conduit à nier ces peurs. Bien sûr, cette assurance peut être certainement remise en cause étant donné que nier nos peurs collectives c'est expédier nos émotions et par conséquent, nous cacher quelque chose de primordial à nous-même.

La deuxième négation serait, quant à elle, plus implicite. Quand on nie une peur, on est conscient qu'on a peur, sinon, pourquoi dépenserait-on de l'énergie pour nier cette peur?
La peur implicite serait, selon moi, une peur refoulée (peut-être dans notre inconscient...) donc dangereuse... Si par exemple, un individu a été victime d'un quelconque accident, sa peur peut être refoulée au fil du temps et resurgir sans crier garde au moment où l'individu s'y attent le moins! Cela peut être le cas après un traumatisme moral suite à un grave accident par exemple...

Ces deux formes de négation des peurs collectives me semblent importantes, car elles constituent une partie de la fragilité constitutive de l'Homme pour reprendre l'expression employée par Alain dans le septième commentaire.


9. A Alain le philosophe improvisé
Ecrit par Marie. 02-11-2010
Je suis d'accord avec vous, Alain. Nancy Huston est pénible quand elle joue les philosophes. Il n'y a qu'à lire Les professeurs de désespoir où elle brocarde Beckett, Cioran etc. Quant à sa plume, je la trouve eau de rose. Mais c'était par générosité que je donnais à lien. Ca peut toujours donner à Penser. Elle s'improvise. Comme vos articles qui s'improvisent philosophiques, peuvent être dignes d'intérêt, quoique manquant sensiblement de second degré. Comme moi, je m'improvise commentatrice. Merci de votre indulgence.

10. improvisé non
Ecrit par Alain. 02-11-2010
Amateur, autodidacte en philosophie oui, mais improvisé non ! Certains commentaires, sans parler des comptes rendus, représentent plusieurs heures de travail...
Mais vous avez eu raison de nous faire connaître cet article de toute façon, malgré ma réaction négative.

11. "éradiquer les peurs ..."
Ecrit par Claire. 02-11-2010
Je tiens à remercier Alain pour son compte-rendu qui fait ressortir l'essentiel à mon avis.
Dans sa conclusion, Yves Cusset a jonglé brillamment avec les mots: "on a tort d'avoir peur...sortir de sa torpeur...torpiller la peur".
Je persiste à penser que les peurs collectives existent, qui ne sont pas la seule addition de peurs individuelles, en raison de la réalité des phénomènes de groupes, ou de foules : dès lors qu'on admet le phénomène de contagion de la peur, qui se répand comme une épidémie, parfois à grande vitesse, il est alors difficile de prévoir les réactions de la nouvelle entité collective qui se constitue autour de cette peur.
Je ne pense pas que le déni ou le mépris de ces peurs soit une réponse appropriée, car cela n'aide pas à les comprendre, à les réduire, à les transformer en actes constructifs.
NB : je suis allée voir le spectacle d'Yves Cusset au théâtre de Ménilmontant et je trouve que c'est très brillant au plan de la virtuosité du maniement du langage et des jeux de scène, c'est très dense, plein de références amplement variées, par exemple: Brel, Vian, Marx...aucune longueur, aucune lourdeur, pas une once d'ennui, beaucoup de rire, mais ce n'est pas seulement drôle!

12. charité, charité svp
Ecrit par un curieux. 05-11-2010
Marie (6) : Je vous donne un lien qui pourrait vous intéresser sur le sujet :http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/10/30/metaphysique-de-la-trouille_1433312_3232.html (article de Nancy Huston ) que j’ai lu.

Puis je lis de la part d’ Alain (7) :« La peur est d'abord, à mon avis, le produit de la fragilité constitutive de l’être humain. »…Remarque annexe - Je suis toujours étonné que l’on accorde, en France, un crédit aussi important à la parole d’un écrivain hors de son domaine, là où il se montre souvent plus incompétent que la moyenne générale, sans doute à cause d’un ego également supérieur à cette moyenne »

je lis de Nancy Huston dans Le Monde ( article cité) « De l'homme, en revanche, dont la conscience s'accompagne d'emblée de l'idée de son propre anéantissement, la peur semble être constitutive.

Je ne suis pas psy, mais je permets quand même deux remarques à Alain :
1-La position perverse, cela existe bien : la preuve !
2-Les enfants disent « c’est celui qui dit qui est ! »

L’article de Nancy Huston est un article publié et si Ranciere évoqué dans l’introduction parle de «l’égalité de intelligence » ce Alain devrait au moins l’appliquer aux autres que lui. Ce serait moins désobligeant

13. Bien ordonnée
Ecrit par 6 (Marie). 06-11-2010
Non, je n'ai pas l'âme charitable. Quant à Nancy Huston, elle l'a très certainement mais pas pour les âmes bornées qui n'ont finalement ni âme, ni charité. Et en fait je suis très heureuse qu'elle ait cloué le bec à ce Cioran gémissant qui ne s'est jamais suicidé, lui.

14. réponse à 12
Ecrit par Alain. 06-11-2010
Vous avez dû oublier de lire mon commentaire 10 où j'ai voulu rectifier ma "dureté" vis-à-vis de Marie pour laquelle je n'ai pas du tout envie d'être désobligeant.
Par contre, si l'on en a encore le droit dans un forum philo, je maintiens ma critique (7) de l'article de Nancy Huston. Comment peut-on dire "Les bébés qui naissent ignorent tout de cette peur existentielle" ? Comment le sait-elle ? Les bébés n'ont-ils pas d'angoisses (et d'où viennent-elles ?), ont-ils l'air d'avoir l'esprit toujours très serein ? Et je m'autorise encore à réagir contre cet amalgame de jugements de valeurs sur fond de méconnaissance manifeste du sujet. (Peut-être à tort ?, je me crois malgré tout capable de juger de la qualité d'un texte.)
C'est vrai qu'il est possible de dire, sans compétence particulière, que la peur vient d'une fragilité constitutive de l'être humain, et sans faire attention j'ai reproduit sa phrase. Mais quant à parler de perversion, là il faudrait que je me plonge dans un manuel de psychanalyse.

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