Une idée peut-elle guérir ? ”

Débat du 13 février 2011.

 

 “ Une idée peut-elle guérir ? ”

Animation : Gérard Tissier

 

Quand j’ai choisi ce sujet, je pensais aux  grandes idées qui ont constitué les marchepieds des  civilisations vers l’humanité : de la gloire au salut, de  la tyrannie à la démocratie, du mythe à la science, de la barbarie à la vertu.( pour ne citer que quelques repères )   

Mais peut-on dire que les hommes  guérissent de  ce qu’ils ne sont pas encore ? Ce serait  alors leur évolution qui serait le processus de  guérison. Ou bien, à un niveau plus individuel, faut-il s’en remettre à l’action du mental  sur sa représentation des choses?  

Si l’idée existe, relève-t-elle de l’imaginaire ou s’inscrit-elle dans un ordre normatif ?.Celui de la conformité au réel en tant que forme abstraite de ce dernier  ou faut-il lui appliquer le registre de l’adéquat. L’idée vraie ( adéquate pour Spinoza ) est alors claire et distincte. On peut alors en déduire qu’elle puisse nous  sortir de la confusion, de l’angoisse ou du vertige devant le sens de l'infini.

Dans ces ordres d’idées, c’est  le passage, la transition du faux au vrai, de l’inadéquat à l’adéquat qui ouvrirait les conditions  de la guérison.Guérison non pas tant venant de l’abandon d’une idée fausse mais du redéploiement d’un réseau de croyances. C'est  que l’introduction d’un nouvel élément fortement structurant dans notre système  d’information bouleverse  notre rapport au monde et aux autres.( le fait de tomber amoureux a souvent cet impact.Au moins pour un temps)

La partie à mon sens la plus riche et la plus dense de ce débat a porté sur la guérison psychologique. C’est l’idée avancée que l’on ne guérit jamais. Ce  qui nous guérit en effet de vouloir guérir ( l’utopie de la guérison) Mais le fait générateur de guérison peut être une expérience particulière de  prise de conscience, c'est-à-dire un nouvel un état interne qui fasse piéce aux défenses du moi dans un moment d'ouverture à ce qui advient.  Dans cette catégorie de " l’insight" la métaphore venant CG Jung  me convient : « des iles éparses qui forment subitement péninsule » pour dire que l'idée ,dans sa fulgurance, trace de nouveaux territoires en les recomposant et fait s'effondrer les murs du déni, de l'enfermement et de la peur.


Sur ce cheminement, l’idée, "celle qu’on n’aurait  jamais pu imaginer avoir avant ",et qui se caractérise comme telle,  est un dévoilement de sens, un rideau soudain ouvert sur l’abime de notre  ignorance.C’est aussi la joie de comprendre, l’intelligence en  soi ressentie  comme puissance d’être et comme force créatrice  

Quand elle porte sur nous et sur le mystère de notre existence, l’idée qui nous guérit ce serait  peut être ( mais il en est d'autres que chacun peut s'inventer) celle d’un destin  à se réapproprier  après s’être débarrassé des fausses motivations ou de pseudo fatalités. Elle guérit par sédimentations successives de la conscience  mais  son action est lente, avec des avancées subites et des reculs. Une idée résiste jusqu’à ce qu’une autre arrive faisant office de novation en rupture avec le devenu obsolète, le devenu non nécéssaire à sa croissance ou à sa survie.

Pour beaucoup sans doute,, l’idée qui ferait guérir serait celle de son bonheur : un «  bien informel»*  pour soi qu’il serait «  bon » de vivre.C’est à dire une idée désenclavée de l’objet, une vocation de soi à être  ou  un choix  d’incarnation de l’âme si  Platon est bien lu sur ce point (la République).

Beaucoup de considérations sous des angles variés se sont  exprimées et je remercie ici Nicolas de  me  les avoir rappelées. En particulier cette  piste d'une idée qui se guérirait elle-même ou encore celle de la fonction du placebo dans l'idée ( fausse) d 'une cause externe à la guérison.

Mais peut-on dire que ce qui reste du "moment" d’un café-philo, c’est une l’idée  qui guérit ?Un point d’intelligibilité, une vibration à l’unisson où le sentiment d’être, par  différence, ou par défaut.  

Gunter m’a soufflé   pour clore ce débat cette formule “  les philosophes de l’antiquité se voulaient être des médecins des âmes ” Jolie  formule qui convient à ce lieu des phares tant nous prétendons flirter avec la philo. Mais voilà, nous n’avons ni  les croyances de Platon ni  les ressources des stoïciens pour une «  vie bonne» N’oublions pas, pour autant, leur leçon : examinons nos vies. Et j'ajouterais:faisons nous- en au moins une  idée.

Car sur le chemin de la «justification existentielle",* la guérison n’est pas garantie..Mais, à tout le moins, une fois celle-ci trouvée, on peut mourir tranquille !   

 

Gérard Tissier le 4 Mars

* Monique Canto Sperber :essai sur l'existence humaine.A lire absolument !

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. L'idée comme antidote...
Ecrit par Georges. 04-03-2011
Est-ce possible que la doxa se rend compte par elle même de ses propres aberrations maladives ?
La doxa n'est-elle le summum du confort et la luxure sa came (canne à pêche) ?

par Georges de Bruxelles / Geo Brux Belg

2. "Une idée peut-elle guérir?" (1/2).
Ecrit par Nicolas. 06-03-2011
Débat animé par Gérard Tissier le 13 février 2011.

- Idée:
1) représentation abstraite d'un être, d'un rapport entre des choses, d'un objet, etc. (Exemple: l'idée du beau).
2) Représentation sommaire de quelque chose, exemple: "je n'ai aucune idée de l'heure".
3) Manière de voir, appréciation, opinion, exemple: avoir une haute idée de quelqu'un.
4) Idée reçue: préjugé.
5) Pensée, conception neuve de quelque chose. (Exemple: avoir une idée de génie).
6) Idée en tant qu'inspiration: exemple: un poète qui manque d'idées.

En philosophie, l'idée est une représentation de l'esprit, chercher les idées est une des quêtes du philosophe. Pour Platon, l'idée préexiste à la matière. Platon oppose un monde intelligible (monde des idées) à un monde factuel, terrestre.

- Le verbe « pouvoir »: capacité et autorisation: Une idée est-elle capable de guérir? Devons-nous autoriser des personnes à se servir de leurs idées pour guérir les autres ou pour se guérir?

- Guérir:
1) Délivrer d'un mal physique ou mental. Exemple: "ce médicament l'a guéri de la méningite".
2) Débarrasser d'un défaut. Exemple: "elle l'a guéri de son avarice".


I L'idée permet parfois la guérison.

A) Le savoir.

Considérons que le savoir est lié à l’idée. Les idées existent quand même grâce à notre savoir accompagné de notre réflexion…

- Gérard dit que « le savoir guérit car il enjoint une saine adaptation au réel, à sa compréhension et donc à son acceptation ».
Exemple du médecin : lorsqu’un médecin diagnostique une méningite chez un patient, le savoir du médecin va déterminer en partie la guérison du patient. Il faut que le médecin sache, par exemple, si la maladie est d’origine virale ou bactérienne. Ensuite, le médecin doit avoir des informations sur le type de bactéries (méningocoque, Haemophilus influenzae…) si la maladie est d’origine bactérienne. (Et ainsi de suite…).

- On peut également penser au savoir du patient. Lorsqu’un patient est atteint d’une maladie incurable, il peut parfois avoir envie de se documenter sur la maladie et son savoir va peut-être lui permettre de réfléchir à des solutions pour guérir ou diminuer la gravité de la maladie. Exemple : le SIDA. C’est une maladie qui reste incurable malgré l’existence de traitements comme les trithérapies rétrovirales qui permettent de contenir l’action du virus avec plus ou moins d’efficacité.
On voit que, dans ce cas, la meilleure façon pour le patient de continuer à vivre dans l’espoir est certainement de se documenter sur la maladie.

B) L’idée claire.

Descartes dit qu’ « il est certain que nous ne prendrons jamais le faux pour le vrai tant que nous ne jugerons que de ce que nous apercevons clairement et distinctement ». En effet, le plus important est de ne pas douter de ce qu’on voit et c’est en apercevant clairement quelque chose que nous pourrons en avoir une idée claire et distincte.

Spinoza parle de la connaissance adéquate : quand il forme les idées adéquates, l’esprit connaît les choses comme Dieu les connaît, telles qu’elles sont en soi, éternellement et nécessairement. (Propositions 44 à 47 de l’œuvre : « Ethique »).

C) Le Bonheur.

- Si une idée nous a déjà guéris, elle nous procure un grand bonheur. (Lieu commun).

- Cependant, Comte-Sponville dit : « ce n’est pas parce qu’une idée me rend heureux que je dois la penser ; c’est uniquement parce qu’elle me paraît vraie ». Ici, il s’agit de penser au vrai, c’est donc la vérité qu’il faut choisir et il ne faut pas faire du bonheur une « norme » ni chercher le bonheur à travers l’idée.

Ce dernier exemple permet de considérer l’idée autrement : pas forcément comme un bienfait !

3. "Une idée peut-elle guérir?" (2/2).
Ecrit par Nicolas. 06-03-2011
II La guérison comme utopie.

A) La faiblesse de l’idée.

- Une idée n’est que pensée, pas obligatoirement mise en pratique. Reprenons l’exemple sur le SIDA : si un médecin a plusieurs idées pour tenter de guérir un malade atteint du SIDA, le malade n’est quand même pas guéri ! On est ici confronté à l’impuissance de l’idée : l’idée est théorique et ne permet pas toujours de passer à l’acte !

B) La fausseté de l’idée.

- Pour qu’une idée soit vraie, il y a une quantité de critères à prendre en compte. Exemple : lorsqu’un malade a besoin d’une greffe, le médecin doit trouver un donneur compatible vivant si c’est une greffe de rein par exemple, ou en état de mort encéphalique ou après un arrêt cardiaque définitif si le greffon est un autre organe (cœur, foie…).

- Le préjugé : opinons préconçues, adoptées en l’absence d’informations, parti pris. Exemple : une personne exprime son « idée » politique qui est en fait un préjugé : « tous les pauvres sont agressifs, donc il ne faut pas les aider ». D’ailleurs, cette personne dit que c’est une idée (au sens de conviction) politique, mais ce n’est qu’un préjugé faux (du fait d’une généralisation excessive).

Ici, la guérison par l’idée n’est qu’une utopie, car on voit ici les limites de l’idée…

III L’idée en tant que nécessité.

A) La persistance de l’idée.

Comme nous l’avons vu précédemment, l’idée ne permet pas forcément de guérir.
Maintenant, il est intéressant d’étudier la persistance de l’idée : l’idée est une nécessité chez l’Homme.
Voici quelques exemples :

- Pascal dans l’œuvre intitulée « Pensées » dit qu’ « il faut parier » sur l’existence de Dieu. Ici, il montre que l’Homme est « obligé » d’avoir une idée sur la religion : « il faut parier ; cela n’est pas volontaire, vous êtres embarqué ». Pascal donne quand même une réponse sur ce pari : « si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est, sans hésiter ».

- L’Homme ne peut pas s’empêcher d’avoir des idées et de les exprimer. Prenons l’exemple de Nietzsche : certaines personnes font des hypothèses ou ont des « idées » mais « on n’en remarque pas moins à leur conversation, et notamment aux hypothèses qui y paraissent, que l’esprit scientifique leur fait toujours défaut ». Ici, Nietzsche dit, en quelque sorte, que ces personnes ne sont pas des « vrais » scientifiques, cela montre le besoin de l’Homme d’exprimer ses idées qu’elles soient pertinentes ou pas.

Voilà, comme dit Gérard, « la guérison n’est pas garantie ». Ainsi, vivons notre vie au mieux au jour le jour (tout en anticipant ce qui va nous arriver dans le futur, pour ceux qui veulent), continuons à avoir des idées en pensant bien à identifier les idées pertinentes et à laisser tomber les idées fausses !
Bien sûr, ce commentaire n’est pas complet, il ne fait pas ressortir tous les aspects du sujet. Je trouve juste que c’est une bonne chose de faire un commentaire sous forme d’un plan organisé et avec des références…

Le 6 Mars 2011.

Nicolas.

4. merci Nicolas, mais ta réponse, c'est quoi ?
Ecrit par gtissier. 08-03-2011
Tout cela est bel et bon cher Nicolas, mais si une mise à plat du sens des mots ou des concepts s'y rattachant ne suffit pas à former une réponse claire et limpide et immédiate à la question, c'est que les articulations entre l'idée et ce qu'elle guérit n'est pas exactement ici. L'articulation serait plutôt entre une idée et une autre idée, le passage ou l'apparition de l'une vis-à- vis de l'autre à un effet de réparation, de croissance dans le mieux ou de moindre malheur. L'idée doit se penser ici comme paradigme en tant que meta-système, meta-vision point de vue de Dieu etc)
je te propose ceci (Hegel selon Luc Ferry « l’idée constitue l’opération métaphysique par excellence, celle qui consiste à déduire le particulier du concept ( le général) à le saisir par la Raison et non par l’intuition (qui relève de sens et non de l’entendement)

Si j'écris "Quand j’ai choisi ce sujet, je pensais aux grandes idées qui ont constitué les marchepieds des civilisations vers l’humanité : de la gloire au salut, de la tyrannie à la démocratie, du mythe à la science, de la barbarie à la vertu.( pour ne citer que quelques repères ) pourquoi ne pas le considérer comme une réponse possibe à une question ( est-ce que l'idée guerit) qui n'exsite pas en philosophie ?

Cher Nicolas, ce n'est qu'un sujet des phares qui pour un animateur pouvait conduire à s'interroger sur les idées qui ont fait progresser l'humanité et sur des idées qui seraient celles qui vont nous sauver (le partage, collaboratif, la société de la fonctionnalité qui réduit l'attachement à la propriété,que sais-je?

Si,au phares, les sujets sont proposés sans que leur rigueur lexicale soit assurée, ce n'est pas en s'accrochant au sens des mots que l'on va intuitionner les idées que le sujet nous fera venir.Croire que l'on puisse construire un monde meilleur en ayant des idées philosophiques claires sur ce qui ne va pas dans notre manière de voir et de penser va peut- être nous guérir de notre scepticisme dés qu'une pensée positive émerge de nos débats.
On peut rêver.En tout cas, toi qui est jeune et sympathique,tu le peux encore.Merci pour ce valeureux travail !

5. Une’ idée peut’- elle guérir ? Gérard Tissier
Ecrit par ROCA. 15-03-2011
Une’ idée peut’- elle guérir ? Gérard Tissier,
*
« mourir pour des’ idées, d’Accord, mais de mort Lente ... »,
Georges Brassens’, guérir pour une’ idée, Le corps-esprit, nous hante’,
et nous conditionne ... La condition souffrante’,
en’ Acte de Langage ... Parole’ Agissante,
pour soigner, pour panser, notre ... Pensée Vivante,
notre ... panse ... notre ... Pensée, Là, ruminante’,
une’ idée qui invente’,
une’ idée résistante,
battante ...
combattante,
suscitante ...
mutante’,
idée re-suscitante’,
et guérissante ...
re-naissante’,
une’ idée transcendante’,
une’ idée signifiante’,
et du sens’, qui nous hante’,

existence’- signification,
et ... et ...sens’- direction

Au diapason,
de L’horizon,

une’ idée, une ... foi, qui sauve ... qui guérit,
contagieuse’, Ah ... La foi !, pour Le corps, et L’esprit,

À, d’Abord, Aguerrir’,
et, en-suite’, en-fin, À ...guérir,

de notre ... condition, de notre’ évolution,
idée - émulation, propre ... révolution,
Jean Cardonnel, J C : idée d’ insurrection,
Vers La résurrection ...
*
féeminine ... philo ... Sophie,
d’une’ Autre ... femme ... « L’utopie,

non L’irréalisable ... L’irréalisé »,
Théodore Monod, une’ idée pour guérir, pour se réaliser,

La philosophie, d’...âme !,
du philosophe ... ce ...dit « médecin de L’âme », Gilles Roca,

*
Cas-fée-Philo des nés-nus-Phares, ce 13’- 2 – 2011’, en ces-jours de Pluviôse’,
et de nos’ idées phares, ... et de ton’ idée ... ose !, G R

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