L’ennemi, est-il nécessaire ?

 Débat du 27 Février 

L’ennemi, est-il nécessaire ?

ANIMATION PAR sYLVIE PETIN

Trois sujets ont été mis en compétition par l’animatrice de ce dimanche, Sylvie Petin : « Y-a-t-il encore de Grands hommes », « l’ennemi, est-il nécessaire » ou «La vie, est-elle subie? »

A une petite majorité, c’est l’ennemi qui l’a remporté devant « La vie, est-elle subi » ?

L’ennemi extérieur, précise la personne qui amène le sujet, mais Sylvie suggère d’emblée de convier  aussi  l’autre, celui qu’on porterait « en soi », l’ennemi intérieur.  

L’ennemi, celui à combattre, à détruire, à exterminer. Le champ sémantique est bien délimité : l’ennemi n’est pas l’adversaire. C’est celui qui n’est pas ami, celui sans âme. C’est celui qui fonctionne comme fédérateur de tant de groupes qui se construisent dans le vœu pieu de le combattre, dans le fantasme de pouvoir unir les forces pour extirper le « mal ». Une fois le mal extirpé… un autre ennemi émerge. Il change de forme, il change de nom. Mais il est toujours là. L’ennemi à combattre actuellement ?

L’immigration, l’islamophobie : n’est-ce pas là une tentation de reconstruire une « cohésion » culturelle sur le modèle si familier, ancré historiquement ? Nous n’en avons pas envie, mais pouvons-nous faire autrement ?

Nous évoquons la problématique des frontières. Moi, non moi. Le non-moi, l’altérité  devient menace. Une menace construite, nous avons trop d’exemples historiques pour continuer à nous berner. D’où vient cette propension à construire l’ennemie ? L’ennemie en soi chercherait une surface de projection ? La paranoïa en tant qu’entité nosographique nous donne une caricature de ce phénomène, mais qui n’en a pas en soi  un fond de  paranoïa? L’enfer, s’est l’autre : Sartre est convoqué. L’autre qui empêche l’accès à la jouissance, qui trouble l’ordre établi. Tous ceux qui ne sont pas conforme à l’ordre doivent être exclus. Et ceux qui sont exclus nous reviennent un jour « en ennemi ».

L’ennemi en soi : donné inné ou construction sociale ? Si l’ennemi extérieur est une projection de l’ennemi intérieur,  la prévention de la guerre consisterait  à combattre d’abord son ennemi intérieur. Qui est cet ennemi ? L’absence de doute  ou le doute lui-même ? La nécessité ? Cette voracité qui nous pousse à vouloir « tout » et d’avoir peur qu’il n’y en a pas assez pour tout le monde ? Comment lutter contre cet ennemi intérieur ?

Le lien est fait avec le calvinisme, qui est allé très loin dans la théorisation de l’idée de l’ennemie intérieur à combattre dans un puritanisme cherchant à « dominer » le monde pulsionnel diabolique pour accéder au monde spirituel divin.

La conflictualité est convoquée : les conflits d’intérêt, on connait. Ils demandent de la négociation, du débat. Cela crée de l’adversité, cela fait parti de la vie et est créateur de vérité (Badiou est cité).  L’ennemi, on ne négocie plus avec l’ennemi. On le rejette. Avec l’ennemi, la question se joue au niveau binaire, la question concernant l’ennemi est une question de  vie ou de mort.
Deux catégories d’ennemi émergent : l’ennemi structurel, l’ennemi conjoncturelle, et nous parlons de la difficulté, de l’inconfort de l’ennemi « non identifiable », celui qui rode sans qu’on puisse le percevoir, le combattre. Notre angoisse générée par l’effondrement géopolitique des frontières est abordée. Comment se protéger à présent, comment survivre à « l’ennemi » ? La porosité des frontières ne permet plus le contrôle d’ouverture/fermeture inhérent à toute structure vivante. Le syndrome de Stockholm est cité, et l’étrange lien entre maître et esclave, tenu par les chaînes.

Retour sur l’ennemi en soi. L’abyme d’introspection s’ouvre pour toucher « la fin en soi » dont chacun se porte garant, et la peur d’être utilisé comme moyen et non comme fin en soi. L’autre, dans sa haine, va menacer ma souveraineté. Finalement, le monde entier est mon ennemi, et notre construction d’un ennemi identifiable, c’est peut-être la peur non avoué, non traité de notre propre sentiment de fragmentation possible, en cours ou déjà accompli?
Nous touchons à l’ambivalence bien connue des psychanalystes, notre capacité d’amour et de haine. Notre capacité (ou incapacité) de transformer des ressentiments, mais notre difficulté à digérer le rejet. Et la loi fait apparition, celle qui doit garantir un cadre,  éviter ce rejet, qui doit rendre possible la négociation du conflit afin d’éviter le glissement vers la rupture et la violence. 

Nous faisons référence aux trois niveaux de traitement de l’information de notre cerveau, et à la capacité formidable du travail de symbolisation de notre cortex qui nous permet justement à transformer l’expérience brute du rejet en quelque chose de pensable. Le contact brut, nécessaire, inévitable, avec le « réel », ressenti parfois comme menace, comme rejet, demande à être transformé par les étapes d’élaboration disponible de notre cerveau. La peur stoppe bien souvent ce travail au niveau de l’imagination. Il nous est bien souvent demandé alors un effort conscient pour « rester en contact ».
Les transformations radicales de l’équilibre géopolitique raniment certainement des angoisses identitaires qu’on aurait aimé avoir « éliminé » une fois pour tout avec la dernière guerre mondiale. L’Europe devait avoir cette fonction. Mais à nouveau, nous vivons un contexte qui réanime ces « démons » qui veulent voir dans l’autre un ennemi, qu’il s’appelle Ben Laden ou Néolibéralisme. Or, nous redécouvrons en même temps notre dépendance à notre planète terre.

Le problème, ce ne sont plus les frontières géopolitiques, mais les limites de notre biotope qu’il s’agit d’apprendre à respecter. Ensemble. Peut-être, ce souci partagé pour notre « biotope terre » pourrait-il devenir l’élément de cohésion et remplir  une fonction donc semblable à celle de « l’ennemi » ? La terre en tant qu’ « ennemi » demandera d’être choyé  comme un maître par son  esclave.  Nous entrerions dans une sorte  d’esclavage, celle qui nous lie au sein de la nature! Sein généreux pour qui a appris à le respecter, je pense.
Là, je ne suis plus dans le compte rendu. C’est un exercice difficile que celui de rendre compte d’un évènement si complexe qu’un débat philosophique parce qu’il met en mouvement 12 milliard de cellules neuronales dans la tête de chaque participant, et ces neurones ne s’arrêtent  pas de travailler sur le sujet ponctuellement après le débat. Qu’est-ce qu’appartient au débat, ou est ma productivité personnelle ? Une fois de plus, j’aborde le problème des « frontières » qui ne sont jamais aussi étanche qu’on voudrait bien le croire.  

A vos claviers !

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Un autre débat sur l'ennemi? Kesako
Ecrit par Olivier. 05-03-2011
Comme je n'était pas dans la salle lors de ces débats, je ne juge que par les comptes-rendus. Je ne peux m'empêcher de comparer celui là à un autre qui traitait de l'ennemi: "L'ennemi est bête, il croit que c'est nous l'ennemi, alors que c'est lui", du 31-05-2010. La qualité et profondeur de cet article, qui démarre sur un trait d'humour pour nous promener par les principales thématiques de la question de l'ennemi, devrait suffire à réfuter le relativisme. Non, tout ne se vaut pas. Mais faites la comparaison vous-mêmes.

2. Brillant!
Ecrit par Une participante. 06-03-2011
Je salue le retour de Daniel Ramirez, qui montre que l'on peut etre rigoureux et bienveillant en meme temps, faire un vrai debat philo, sans rester dans ce psychologisme permanent, qui devient une vrai manie au cafe-philo. J'espere qu'il y aura un compte rendu.

3. compte rendu
Ecrit par spectateur engagé. 06-03-2011
Pourquoi ne le feriez-vous pas ?

4. Les débats se suivent....
Ecrit par Elke. 07-03-2011
... mais ne se ressemblent pas forcément. Je partage la vision de la participante concernant le débat de dimanche: la conduite était bien menée ce dimanche-là ce qui ne veut pas dire qu'à d'autres moments, l'animateur peut montrer des "faiblesses": Il est humain avant tout. En ce qui concerne le commentaire 1: comparons ce qui est comparable. Daniel est philosophe professionnel. Heureusement que son compte rendu dépasse le niveau d'un amateur! Mais cette permanente disqualification de ceux qui pensent "autrement" et qui s'expriment dans une tonalité différente devient vraiment inconfortable. La psychologie est une branche issu de la philosophie dans la tradition française. Vouloir cliver coûte que coûte entre "psychologique" et "philosophique" et "politique", est une manie au même titre que celle, citée par "participante". J'amplifie l'appel du spectateur engagé: Pourquoi vous n'en faites pas? Nous vivons en démocratie et nous avons besoin de points de vue divergeants. Mais c'est vrai: la démocratie, c'est un sujet politique, hors propos dans un café philo. Ce n'est pas rendre hommage au travail des animateurs du café des phares que de leur attribuer des prix de bonne ou de mauvaise conduite.Ils participent à un débat, et par leur position particulier, ils ont un certain pouvoir sur le déroulement. Je considère irrecevable une critique qui suggère de comparer la valeur de deux écrits issus de deux expériences différentes. Maintenant, je peux faire la comparaison du contenu des deux comptes rendus, et d'en extraire le "plus" de "l'un" et de "l'autre". Enrichir l'un par l'autre. Là, on serait dans quelque chose de constructive. Mais la construction n'est pas le dada préféré des fanatiques du clivage. Casser est bien moins fatigante et plus jouissive que de construire!

5. Comparer ce qui est comparable
Ecrit par Bernard Lavelle. 08-03-2011
Ce n’est pas tant les auteurs de comptes-rendus qui sont en cause, Elke, mais l’animation. C’est ça qui donne des débats riches ou plus ou moins bâclés. En l’occurrence, Sylvie Petin s’est mis en tête cette question de l’ennemi intérieur et n’est pas sortie de là. Vous voyez, c’est le même problème qu’avec le débat sur la nature et l’éthique, elle n’a pas pu sortir de ses références (Kant, en l’occurrence). Tant de choses dépendent dans la politique mondial actuelle de la question de l’ennemi. C’est navrant de tourner en rond toujours avec les mêmes références culturelles et orienter les débats avec quelque chose de familier, qui rassure. Ici, c’est sans doute un truc de curé. Ou plutôt de pasteur protestant. S’agissant d’ennemi intérieur, on aurait pu au moins évoquer l’idée de « Djiad majeur », la lutte contre soi-même, concept très important dans l’Islam. Mais voilà, ça ne rassure pas.

6. le bon grain et l'ivraie
Ecrit par promeneur du dimanc. 09-03-2011
our ma part je demande comment c’est possible d’inventer un ennemi intérieur au XXI eme siècle ? Lla seule occurrence que l’on peut trouver su le net et en cherchant bien, c’est la culpabilité !. Et oui, notre contemporain veut se libérer de la culpabilité.C'est son ennemi juré. Tous les psy sont là pour l’aider - contre menu monnaie – à le libérer de cette empêcheuse de tourner en rond. Est-ce que cette animatrice à suggéré que cela puisse exister, la culpabilité, ou bien Elke l’a occulté dans son compte-rendu ?
En tous cas, puisque la psy ferait partie de la philo - Elke va nous le dire sans cesse puisqu'elle le croit, et que son opinion, c'est sacré)- j’aimerais bien qu’on me dise à quelle théorie on se réfère pour parler d’ennemi intérieur. Le « faux self » de Winicott, la double personnalité dans certaines formes de psychose? Excusez- moi, mais c’est de la bouillie pour les chats, de la psycho de bazar !

Je trouve incroyable cette irresponsabilité de la part de cette animatrice, ' à flatter les lieux communs et à justifier l’énormité !C’est vrai que rendre universel la « fatigue d’être soi" en l’érigeant au niveau de la philo, cela fait" proche du peuple, consensuel, pas professoral !

Maintenant Elke, parler des calvinistes qui auraient théorisé sur l’ennemi intérieur, c’est quoi cette accusation ? Du lieux commun ou de l’Histoire?Des références svp ! Si un participant sort une énormité, on doit le mettre dans un compte rendu? Les calvinistes ont-ils le droit de réponse et à qui doivent ils répondre ? La doctrine de la corruption totale,vous la connaissez ? «les hommes ne sont pas par nature inclinés à aimer Dieu de tout leur cœur, de tout leur esprit tout leur esprit et de toute leur force, mais plutôt à servir leurs propres intérêts ?Wall Street vous connaissez ?
Et puis,je trouve assez lamentable cette pseudo-supériorité du contemporain qui a tout compris avec sa vulgate . Mais au XVIeme siècle, que savait de Freud monsieur tout le monde et les théologiens !
Et puis le fond de paranoïa que tout le monde à.je cite Elke en gros)c'est quoi encore cette énormité? une projection de Elke puisqu’elle s’inclut dans cette super-généralisation. Là aussi qu’elles sont les références pour sortir ce genre de généralisation ?
J’entends bien que dans un sens dérivé, le langage commun utilise le terme « paranoïa » pour rendre compte d'états comme la méfiance, la suspicion ou le scepticisme,..
Ben oui, c’est ce qui se passe dans un café philo. Peu d’idées positives, d’enthousiasme, on doute... ( car la philo, c'est douter n'est ce pas ? ) On se méfie de ceux qui voudraient bien un peu de bien en plus pour eux( mais Hitler,Staline vous savez ? ).C’est pas pathologique,ce doute.C’est l’air du temps ( d’ailleurs les français sont pessimistes selon les études).

Et puis comment dire que nos ennemis ne sont pas nécessaires ? Bien sur que oui !Sinon on devrait avoir que des amis ! Et vous en connaissez Elke, des gens qui n’ont que des amis ?( je vous pose la question car, si vous continuez à ne rien entendre de ce que l’on vous dit sur votre psychologisation permanente ..)

Bref de l'ivraie et du bon grain, sachons séparer l'un de l'autre.Et aussi Les fruits de l'arbre, les raisins de la vigne.Qui est responsable de ce qui est supposé avoir été dit? Celui qui fait le tri ou l'idiot du village ?

7. Djiad
Ecrit par . 09-03-2011
Le « Djiad majeur » n’a pas été évoqué nommément ce dimanche là. Il l’a été lors du débat animé par Daniel auquel Olivier (post 1) fait référence. J’ai peu d’accès aux références culturelles musulmanes, mais « l’ennemi intérieur » introduit par Sylvie, ne s’agit-t-il pas du même objet ? En lisant le compte rendu de Daniel, l’idée semble se cristalliser que « l’ennemi intérieur » pouvait être l’ignorance avec laquelle chacun de nous vient au monde et qu’on devrait chercher à dépasser. Cette idée me semble plus « confortable » que la posture effectivement culpabilisante d’une animalité à extirper qui traverse l’approche « calviniste » abordée dimanche. Des références ? Dans le compte rendu, j’évoque ce qu’a été dit qui est bien entendu ce que j’ai entendu plus que ce qui a réellement été dit ! « Qui est responsable de ce qui est supposé avoir été dit? » Une fois qu’un mot est dit, il est dit et commence avoir une vie à soi. Si chacun a une certaine influence sur ce qu’il dit, la compétence à influer sur ce que l’autre entend est beaucoup plus restreinte. L’imperfection du « mot » à rendre compte de la réalité est un vrai dilemme de l’humanité. C’est un combat continuel que de vérifier si ce qui a été dit correspond à ce qu’on a entendu. J’ai traduit intérieurement « Calvin » en « protestantisme », en quelque chose que je connais mieux. Traduction abusive ? « Accusation ? » (Et vous me dites, cher promeneur du dimanche, qu’un fond parano n’existerait pas chez tout le monde…. Passons!) Je connais personnellement mieux l’histoire de Luther que celle de Calvin. J’ai lu il y a quelque temps avec beaucoup de bénéfice la biographie d’Erasme de Rotterdam écrit par Stefan Zweig. IL retrace bien le conflit qui a mené à l’émergence des églises protestantes et qui a servi de toile de fond à une guerre civile qu’on a considéré comme « guerre des religions », mais qui n’était qu’une « vulgaire » quête de pouvoir. Puis, beaucoup moins digeste : Weber qui trace le lien entre la posture « protestante » et l’émergence du capitalisme moderne. Ceci pour évoquer des références qui ont influé sur ce que j’ai compris de ce qui s’est dit dimanche. En même temps, cela traite du problème du cadre de référence de l’animateur qui influe obligatoirement sur le débat, c’est certain. Mais n’y a-t-il pas justement là la tension nécessaire pour qu’on puisse « lutter », trouver de nouvelles voies, de nouveaux cadres?
Moi, du débat du dimanche, du travail collectif possible ce dimanche là, avec l’animatrice en présence ce jour là, j’ai compris qu’un adversaire vaut mieux qu’un ennemi parce qu’il fait grandir, il nous aide à nous dégager de notre puits d’ignorance. Je suis d’accord avec ça : j’ai besoin d’une résistance, d’un vis-à-vis que ne se dérobe pas pour appuyer ma pensée. Non seulement la pensée, d’ailleurs. On ne saurait faire aucun pas si le monde qui nous entoure n’avait pas une certaine force d’opposition, une matérialité, une résistance!

8. PS
Ecrit par Elke. 09-03-2011
Le post "Djiad", c'est moi.
La doctrine de la corruption totale: je ne connaissais pas, mais internet m'a renseigné, je vois le lien avec Calvin. Wall Street? Je connais un peu mieux: sujet passionnant!

9. Elke, Sartre vous répond ( si vous le voulez bien ! )
Ecrit par le promeneur du dima. 09-03-2011
Décidément Elke,vous avez un problème avec la "parano".je lis ( de vous ou d'un autre implicite,?)" .. mais qui n’en a pas en soi un fond de paranoïa? L’enfer, s’est l’autre : Sartre est convoqué.( je suppose que c'est lié) L’autre qui empêche l’accès à la jouissance, qui trouble l’ordre établi. Tous ceux qui ne sont pas conforme à l’ordre doivent être exclus. Et ceux qui sont exclus nous reviennent un jour « en ennemi ».
Si vos convoquez Sartre essayer de l'entendre à propse de sa pièce Huis clos ; "J'ai voulu dire « l'enfer c'est les autres ». Mais « l'enfer c'est les autres » a été toujours mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c'était toujours des rapports infernaux. Or, c'est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l'autre ne peut être que l'enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d'autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d'autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d'autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu'ils dépendent trop du jugement d'autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu'on ne puisse avoir d'autres rapports avec les autres, ça marque simplement l'importance capitale de tous les autres pour chacun de nous.

Deuxième chose que je voudrais dire, c'est que ces gens ne sont pas semblables à nous. Les trois personnes que vous entendrez dans Huis clos ne nous ressemblent pas en ceci que nous sommes tous vivants et qu'ils sont morts. Bien entendu, ici, « morts » symbolise quelque chose. Ce que j'ai voulu indiquer, c'est précisément que beaucoup de gens sont encroûtés dans une série d'habitudes, de coutumes, qu'ils ont sur eux des jugements dont ils souffrent mais qu'ils ne cherchent même pas à changer. Et que ces gens-là sont comme morts, en ce sens qu'ils ne peuvent pas briser le cadre de leurs soucis, de leurs préoccupations et de leurs coutumes et qu'ils restent ainsi victimes souvent des jugements que l'on a portés sur eux.

À partir de là, il est bien évident qu'ils sont lâches ou méchants. Par exemple, s'ils ont commencé à être lâches, rien ne vient changer le fait qu'ils étaient lâches. C'est pour cela qu'ils sont morts, c'est pour cela, c'est une manière de dire que c'est une « mort vivante » que d'être entouré par le souci perpétuel de jugements et d'actions que l'on ne veut pas changer.

De sorte que, en vérité, comme nous sommes vivants, j'ai voulu montrer, par l'absurde, l'importance, chez nous, de la liberté, c'est-à-dire l'importance de changer les actes par d'autres actes. Quel que soit le cercle d'enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent pas, c'est encore librement qu'ils y restent. De sorte qu'ils se mettent librement en enfer.

Vous voyez donc que « rapport avec les autres », « encroûtement » et « liberté », liberté comme l'autre face à peine suggérée, ce sont les trois thèmes de la pièce.

Je voudrais qu'on se le rappelle quand vous entendrez dire... « L'enfer c'est les autres ».

ELKE;vous voyez la différence? J'ai trouvé cela aujourd'hui sur le net mais je me souviens d'avoir vu joué la pièce.Je trouvais à l'époque que "l'enfer c'est les autres" ne pouvait pas avoir le sens du lieu commun ( je veux dire, vous les autres, arrêter de me juger!)
J'étais tombé sur ce texte de Sartre.Et puis un jour, la fille d'une amie devait faire un devoir sur cette affirmation.J'ai été très satisfait de pouvoir lui donner une la réponse dont je savais qu'elle était la bonne. Question de ne pas être conforme aux idées ambiantes mais aussi une question de curiosité.Sans doute ..

10. pourquoi insister ?
Ecrit par l'insomniaque du déb. 09-03-2011
Je trouve que le « promeneur du dimanche » en fait trop. Etait-ce nécessaire de mettre sous les yeux de tous des explications ou des arguments de Sartre sur « l’enfer c’est les autres » Et c’est pas parce que Sartre a pu dire des choses la dessus que Elke va changer d’avis. Il faut laisser dire. Ce n’est pas si si important.On est pas tous branché sur le net à chercher des références pour prouver que l'autre à tort.
Surtout s'agissant d'une femme !
Elke a décidé que nous tous avaient « un fond de parano » qui s’incarne sous la forme d’un ennemi intérieur. Que cela vienne d’une analyse psychologique de sa part ou de l’animatrice, qu’importe D’ailleurs si on la lit bien dans sa réponse,; c’est celui qui s’offusque de ne pas l’être qui l’est, parano. Comment prouver le contraire ? C’est simple : En ignorant ce genre de propos.
Bon maintenant, sur « la posture effectivement culpabilisante d’une animalité à extirper qui traverse l’approche « calviniste » abordée dimanche», il faut relativiser :il est d’usage courant de dire des choses sur les religions. L’islam, le coran et aussi les autres ( cela dépend des périodes).C’est la preuve que les intelligences supérieure savent prendre de la hauteur.

Pas besoin de faire des études de théologie pour savoir qu’on n’est pas croyant.Ce serait paradoxal ! Parler de sotériologie ou doctrine du salut, de grâce, d’élection et d’expiation subtitutive de Jésus à propos du protestantisme , tout cela ne servirait à rien. Les gens qui pensent bien savent que tout cela, c’est des « trucs de curés » qui veulent nous culpabiliser. On sait bien que s’il y a moins de religion cela va déjà mieux..
Les protestants ont inventé l’ennemi intérieur ? Non, ils ont « théorisé dessus ». D’ailleurs ils ont nourrit l’esprit du capitalisme ( Weber est souvent cité à ce propos ) Comment ? En élevant le travail et l’effort au rang de vertu religieuse tout en insistant sur la simplicité de mode de vie et sur l’impératif de l’épargne. Si le « promeneur du dimanche » ne voit pas que tout cela, c’est bien l’ennemi intérieur, que cette camisole morale est bien le moyen de contenir le mal en soi pour empêcher la « jouissance », ( ou l’animalité )c’est qu’il est de mauvaise foi .
Un compte- rendu n’est pas une retranscription. Il faut laisser à celui qu’il le fait une zone d’interprétation. Sinon, où serait le plaisir pour celle qui le fait ?

11. Fond parano?
Ecrit par Elke. 10-03-2011
Merci à l’insomniaque d’alléger un peu la charge qui transperce dans le post du promeneur à l’encontre de l’auteur du compte rendu. C’est celui qui dit qui est souvent tenu responsable de ce qui a été dit, même si c’est dans le cadre d’un compte rendu. Or, je n’ai fait que rapporter la citation de Sartre. C’est un auteur que j’ai personnellement peu fréquenté, et je dois dire que l’extrait cité par promeneur du dimanche a suscité ma curiosité. Ce qui prouve une fois de plus : on peut réagir à un même stimulus de façon très différente. Maintenant, l’affirmation « nous avons tous un fond parano » : cela a été dit dimanche, et pour moi, c’est effectivement quelque chose de l’ordre de l’évidence. Tel qu’on est, on croit les autres. Généralisation hâtive ? Il suffit d’être un peu fatigué, un peu dépassé par une situation pour avoir des interprétations complètement farfelues du réel. J’observe ces petits dérapages avec amusement chez moi et chez les autres. Mais comme je n’ai pas l’occasion d’observer l’humanité entière, il se peut effectivement qu’il y a certains sujets qui en sont exempt. « D’ailleurs si on la lit bien dans sa réponse,; c’est celui qui s’offusque de ne pas l’être qui l’est, parano. Comment prouver le contraire ? C’est simple : En ignorant ce genre de propos. » Ignorer, une réponse à la divergence d’un point de vue ? Pour moi, un parano, c’est quelqu’un qui se sent (trop) facilement persécuté, accusé.(« Trop » par rapport à la réalité « objective », en sachant bien entendu que cette réalité objective est un concept purement théorique !) Quand j'ai lu que j’aurais « accusé » les calvinistes, je trouvais cela un peu excessif, ce qui a fait émerger l’hypothèse que… Maintenant, il faudrait un travail d’introspection du promeneur pour savoir si son propos a été alimenté par une réflexion ou si c’était un mouvement réactionnel qu'on pourrait comprendre s'il s'agissait par exemple d'un protestant pratiquant: ce serait alors un mouvement de défense identitaire tout à fait normal et compréhensible. Comme nous ne nous connaissons pas plus que ça, je ne peux que faire des hypothèses.Je tiens à rajouter que je ne suis pas du tout anti-protestant ni anti-islamique ni anti-laïque: Quelque soit le cadre de référence qu'on puisse choisir pour vivre, j'ai opté pour cette maxime: "Auf den Menschen kommt es an", c'est l'homme qui compte. C'est moins le cadre, que la façon dont on l'habite qui fait la différence.

12. enfoncer le clou?
Ecrit par promeneur du dimanch. 11-03-2011
Au risque de sombrer dans la généralisation hâtive, je dirais que le propre des personnes égocentriques est plutôt, généralement, (les bemol d’usage) de procéder par projection ( du Je au Nous )Avec le prétexte de la philo,c’est tentant. Elke parle "d'un point de vue."Ah oui. Mais sur quoi, sur elle ?
Avec ce " Maintenant, l’affirmation « nous avons tous un fond parano » : cela a été dit dimanche, et pour moi, c’est effectivement quelque chose de l’ordre de l’évidence. Tel qu’on est, on croit les autres".

Cela devient ainsi plus clair. Limpide., "normal", "compréhensible». Alors le compte- rendu, pourquoi l'invoquer ?.Comment soutenir qu'entre l'ennemi intérieur, qui vise soi, et la parano qui vise les autres, il n’ y a pas de contradiction ?

Moi j'ai plutôt lu la "défense" de l'insomniaque comme étant au second degré.Le français n'étant pas la langue maternelle de Elke-je le suppose- le recours à l'antiphrase( le procédé classique de l’ironie) lui aura échappé.

Surtout à propos du protestantisme ! On lui demande d'apporter des éclaircissements sur sa « théorisation, poussée assez loin, de l'ennemi intérieur » ( de chacun dans chacun s'entend) par les protestants, on lui cite le contenu normatif du protestantisme et elle pardonne son contradicteur qui se serait offusqué par un réflexe identitaire, mieux, elle l’invite à « l'introspection » Faut le faire !

Bon, tout cela n'est pas bien grave.Le lieu commun s’extirpe rarement de sa gangue d’ignorance. Aussi gardons le "auf den Menschen kommt es an" et ajoutons " that's the way it is"


13. Et encore?
Ecrit par Elke. 12-03-2011
J'ai compris, promeneur du dimanche: le compte rendu ne vous plaît pas. Ils dit des choses qui ne vous conviennent pas. Vous faites un lien entre égocentrisme et projection: ouf, il me semble qu'on trouve un terrain d'entente. Il m'arrive de retomber en enfance quand je suis fatiguée, puisque d'un point de vue développementale, l'égocentrisme et la capacité de décentration est lié à un niveau infantil, immature du cerveau. J'avoue donc. Est-ce que le clou est assez enfoncé? Mais le débat ne concerne pas uniquement le processus psycholgoique appelé "projection". C’est un élément abordé. Peut-on parler de ce qui permettrait de répondre à la question: l'ennemi est-il nécessaire? Je me sens un peu persécutée par certains mails, c’est vrai, et je me sens parfois comme "l'ennemi à abattre". En quoi, nos arguments s’adressent-ils à des adversaires, en quoi ils cherchent « l’ennemi » à abattre? Les limites sont floues. Parfois, j’ai l’impression de percevoir une férocité qui fait penser à la lutte pour la survie. Or, nous sommes là, bien tranquille. Pourquoi ce dérapage, pourquoi parfois même de l’indignation quand cela ne dérape pas ? Un lien avec le débat du dimanche au sujet de l’admiration me vient. Un participant avait évoqué le fait que la libido de la femme pouvait être en lien avec l’admiration qu’elle pouvait développer pour l’homme. Je peux adhérer à cette vision puisque j’en fait l’expérience. Mais je ne vais pas tomber cette fois-ci dans la généralisation. Ce n’est pas parce que moi que toutes…. Mais cediscours placé dans le context du présent débat, l’image du vaillant guerrier qui protège le foyer tribal de la bête féroce me vient à l’esprit. Donc, j’ose poser cette question : est-ce que les hommes (mâles) auraient besoin d’ennemi pour forcer l’admiration de la femme? Je suis restée récemment planté devant une vitrine du musée militaire ou étaient rangé les armes qu’on a trouvé pour chaque époque donné. La profilération des armes commence avec l’installation du néolythique, le passage du mode de vie « nomade » à l’agriculture. Qui dit agriculture dit protection par des habitations stables, accumulation de richesse possible et nécessaire (garder le blé pour les semences de l’année après…). L’invention de la guerre viendrait à ce moment là ? Il me semble qu'on pourrait prolonger les ramifications. Rom et l’agriculture, l’expansion nécessaire pour assurer le luxe de son élite « inactive », la place du « pouvoir » qui remplace le prestige du guerrier, l’utilisation à cette époque déjà de la propagande du barbare dont il fallait se protéger… Des ramifications intéressantes qui finissent par m’interroger sur la place de la femme pour atisser et/ou lutter contre les guerres. Le sujet est riche. Pourrait-on le travailler encore un peu ?

14. L’ennemi est’- il nécessaire ?, Sylvie P
Ecrit par ROCA. 15-03-2011
L’ennemi est’- il nécessaire ?, Sylvie P,

extérieur, intérieur, guerroyeur, re-Lieur, en soi, proche ... Lointain, basique, hautain,
ennemi naturel, ennemi culturel, propre’, individuel, comme’...un’, universel, ennemi, un ... personnel, en spectre’, épouvantail, en miroir, Attirail, ennemi, faux’- Ami, d’un grand soir,
en repoussoir, en blanc et noir, entonnoir, éteignoir, encensoir, ostensoir,
L’ennemi est consubstantiel, fédérateur, en potentiel, existentiel, secret, Voire’, essentiel, essence’...ciel !, se ...crée ... bouc émissaire’, imaginaire’, en projection, transfert, de fiel,
paranoïa ... critique, dans L’Air, psychopathologique, grégaire’,
ou Logique ... biologique’, Atavique, À La guerre’ comme’ À La guerre,
de notre’ être ... pour être’, exister, se faire connaître, Voire, reconnaître,
pour se confronter, s’Affronter, s’envoyer’ en’ enfer’, quel ennemi ... À naître’ ?,
Au paradis, martyre, de La haine’, À La tire,
dans tous Les coins, ça ...tire’, Attise’, Attire,
j’ai ...haine ... de « géhenne », de « L’enfer, c’est Les’ Autres »,
de Jean-Paul Sartre’, entre’ Autres,
À Jean-Édern Hallier, « L’enfer, c’est moi »,
fou À Li-er, entre ... peur et danger, À boire’ et À manger ... prouver’, et se prouver’, À soi,
qu’on’ existe ... sur terre’, À cause ... grâce’ À L’ennemi, À L’Adversaire,
Voire ... héréditaire’, en soi, ou planétaire, tu ... es qui tuer ... ton meilleur ennemi,
c’est toi, face’ Au monde ... L’Autre ... Toi, de toute ta Vie, un « cancer’ »,
tu n’Auras jamais qu’un seul ennemi, c’est toi, on’A toujours besoin d’un’ ennemi ...
chez soi, un plus petit que soi ...
Adversaire ... rival, Vital, en soi,
ma foi !, pour se construire, « détruire, dit’- elle ... »,
Marguerite Duras’, Aux’...Ailes,
déconstruire ... dit’- il,
Jacques’ Derrida, Le fil,
La haine des ... chaînes, ... qu’on’ Abat, résistance ... combat, Pouvoir, Argent, Violence’,
ou écolo-service ... Non-Violence,
rapport de force, rapport - Amorce’, en Non’- Ami,
Anti-Ami, ennemi - ennemi ... comme’...un Ami - Ami,
À respecter, connaître’, Aimer, c’est dans L’épreuve, de L’ennemi,
qu’on fait ses preuves, d’...aimant, Ami,
dément ... peut’-être ... fou, mais ...sage,
Chemin de La Passion, Pas ...sage’,
Yin’ / Yang’, Altérité, Yin’ / Yang’, humanité,
si L’ennemi n’existait pas, il faudrait L’inventer,

« Si Vous tuez’ un’ homme, Vous’ êtes’ ...
un’ Assassin . Si Vous’ en tuez des milliers, Vous’ êtes’ ...
un chef, un Vainqueur . Si Vous’ en tuez des millions, Vous’ êtes’ ...
un héros . Si Vous Les tuez tous’, Vous’ êtes’ ...

un dieu . », Jean Rostand, si Dieu n’existait ...
pas, il faudrait L’inventer ... Gilles Roca,

Cas-fée-Philo des nés-nus-Phares, 27’- 2 - 2011’, en ces-jours de Ventôse’,
un, nécessaire’, ennemi, phare, on n’est pas de bronze’, ou bonze’, ose !, G R

15. "L'ennemi est-il nécessaire?"
Ecrit par Nicolas. 16-03-2011
I Etude de l’ennemi.

A) « Typologie ».

- Ennemi extérieur : les autres. On se fait des ennemis parce que les autres sont jaloux, cupides par exemple… Schopenhauer a dit : «Cachez soigneusement votre supériorité de crainte de vous faire des ennemis ». On voit bien ici que mettre en avant notre supériorité peut être néfaste selon Schopenhauer, car on peut se faire des ennemis à cause de cela.

- Ennemi intérieur : L’ennemi qui est en nous. Il s’agit d’une partie de nous-mêmes qui est différente des autres, notamment parce qu’elle est méchante, jalouse, cupide par exemple.

- Ennemi public : malfaiteur jugé particulièrement dangereux. Il n’est pas nécessaire à l’Etat ! C’est pourquoi, il faut le mettre rapidement hors d’état de nuire…

- Ennemi intime : expression paradoxale : un ennemi que l’on connaît plutôt bien et on a souvent des difficultés pour se défendre…

Suite à cette typologie, on peut vraisemblablement penser que l’ennemi n’est pas nécessaire…

B) Abstraction.

- On peut rappeler l’expression d’ « ennemi intérieur » : S’il faut combattre nos ennemis intérieurs, il faudra « bien se préparer », car c’est un combat difficile… En effet, l’ennemi intérieur fait partie de nous, il faut donc être capable de faire régulièrement des retours sur soi-même par exemple…

- Exemple d’abstraction de l’ennemi : Pascal dit : «Imagination. C'est cette partie dominante dans l'homme, cette maîtresse d'erreur et de fausseté ». Il qualifie même l’imagination d’ « ennemie de la raison ». On voit ici qu’il existe des ennemis « abstraits » qui sont présents en nous et qui peuvent être dangereux parfois. Pourrait-on alors rapprocher l’imagination selon Pascal, de l’ennemi intérieur ?

Dans cette première partie, on voit bien que ce serait préférable de se passer d’ennemis, mais les choses ne sont pas si simples et le sujet est loin d’être entièrement traité…

II Apport de l’ennemi.

En effet, l’ennemi nous apporte quelque chose. C’est ce que nous allons étudier maintenant. Commençons avec une phrase de Nietzsche : « Qui vit de combattre un ennemi a tout intérêt de le laisser en vie ». Cette citation montre qu’avoir des ennemis peut parfois s’avérer utile. Etudions alors sur quels plans (ou domaines) l’ennemi nous apporte quelque chose.

- La lucidité : Schopenhauer a dit : « Les amis se prétendent sincères ; or ce sont les ennemis qui le sont ». Cela montre que l’ennemi nous force en quelque sorte à être lucide sur l’amitié, notamment sur la sincérité d’une amitié.

- Retour sur soi-même et « morale » : Nietzsche a dit : « A lutter avec les mêmes armes que ton ennemi, tu deviendras comme lui ». On voit ici qu’un retour sur soi-même s’impose. Nietzsche dit clairement que la vengeance nous transforme.
On peut rapprocher cette évocation de la vengeance, de la loi du talion. Autrefois, la loi du talion consistait en la juste réciprocité du crime et de la peine. De nos jours, elle est considérée comme relevant plus de la vengeance privée que de la justice. Elle est souvent symbolisée par l’expression : « Œil pour œil, dent pour dent ».

- La solitude : Milan Kundera a dit : « Ce ne sont pas les ennemis, mais les amis qui condamnent l'homme à la solitude ». Si on part du principe que la solitude est plutôt mauvaise pour l’Homme (comme le dit Milan Kundera puisqu’il utilise l’expression : « condamn[er] l’homme à la solitude »), on peut voir ici que les ennemis ne sont pas obligatoirement néfastes dans ce cas mais que les amis le sont (ou peuvent l’être) selon Kundera.

Dans cette partie, on voit plutôt que nos ennemis peuvent parfois nous apporter quelque chose, notamment pour mieux se connaître, nous-mêmes…

III L’inévitable…

Avoir des ennemis est de l’ordre de l’inévitable. Si ce n’est pas déjà arrivé, cela arrivera un jour ou l’autre.
On peut dès lors s’interroger sur notre réaction face à cela : quelle(s) réaction(s) faut-il choisir ? Il faudrait probablement faire du « cas par cas » en identifiant tout d’abord si un ennemi en particulier peut nous apporter quelque chose. (Car de toute façon, on est mis devant le fait accompli : on se fait des ennemis qu’on le veuille ou non !).
Ainsi, il n’est même plus question de nécessité, mais de raisonnement et de réflexion sur nos ennemis.

En conclusion, on pourrait s’en sortir face à nos ennemis en appliquant la phrase de Marc-Aurèle : « La meilleure façon de se venger d'un ennemi, c'est de ne pas lui ressembler ».



16. Aïe
Ecrit par Observer. 16-03-2011
Dieu que c'est laborieux tout ça, Nicolas... si scolaire et si éloigné de ce que c'est un café-philo. Pourquoi ne pas participer dans sur un site de préparation au bac?

17. merci de lire les autres quand on veut l'être
Ecrit par promeneur du dimanch. 17-03-2011
Comment ce peut-il que ce jeune( si je comprends bien )Nicolas ne parle de la culpabilité ? Pourquoi cherche-t-il dans de la philo ce qui n'y existe pas !Il donne une définition " Ennemi intérieur : L’ennemi qui est en nous. Il s’agit d’une partie de nous-mêmes qui est différente des autres, notamment parce qu’elle est méchante, jalouse, cupide par exemple" De qui il se réfère ?
Nous aurions des partie différentes,plusieurs moi ? Ou bien une partie qui juge l'autre"cupide, méchante, jalouse.C'est quoi cette partie ? Ce ne serait pas, en gros le surmoi de Freud, la source de le culpabilité en tant qu'instance de jugement entre le moi et le ça ?!! (c'est tabou de la citer,d'y penser? A LA CULPABILITE ?
Maintenant, une part de nous qui nous veut du mal, comme un ennemi, je ne connais pas!( sauf dans les dissociations psychotiques.(voir le film dark swan)

Franchement, si des ennemis existent,arrêtez avec ces métaphores qui ne sont que des formes de langage et qui obligent des jeunes gens à creuser dans de la philo pour ne rien trouver de convaincant. Mais peut-on on lui en vouloir puisqu'une animatrice s'est lancée dans cette galère !

18. l'ennemi intérieur
Ecrit par Elke. 17-03-2011
Tant mieux pour vous, promeneur du dimanche, si vous vous ne connaissez pas d'ennemi intérieur. C'est vrai que ce phénomène fait penser à la psychopathologie. Mais vous savez peut-être que la psychopathologie est une question de "degré": toujours trop ou pas assez.
La façon de travail de Nicolas, un peu laborieux, de puiser dans les dictionnaires les réponses à notre débat génère visiblement un peu d'hostilité. Il fonctionne peut-être différemment que vous. Nicolas puise les ressources dans l'extériorité, dans les livres. Quand moi, je puise les ressources dans mon intériorité, dans mon expérience, je génère de l'hostilité aussi. Alors quoi faire? Ne pas se décourager, faire ce qu'on peut... Mais souvent, je trouve les commentaires tellement peu constructifs, tellement peu respectueux de l'humanité de l'autre que j'ai de plus en plus de mal à rester en contact. Le promeneur du dimanche ne se connait pas d'ennemi intérieur. Tant mieux pour lui, mais les daltoniens ne distinguent pas le vert du rouge et ne nient pas l'existence de cette couleur! Est-ce qu'on pourrait faire un effort de chercher matière à discussion plutôt que de disqualifier la façon de faire et d'être des uns et des autres? Ecrire: "je ne comprends pas, je ne suis pas d'accord" ouvrirait le débat. Plutôt que de formuler "Comment ce peut-il que Nicolas ne parle pas de culpabilité?" (Implicitement le psychopathe parano que je suis j’entends: qu'est-ce qu'il est nul de ne pas y avoir pensé!), le promeneur du dimanche aurait pu poser le problème: "En lisant le post de Nicolas, je me suis posée la question de la distinction entre la culpabilité et l'ennemi intérieur". L'ennemi, une partie en soi, différente des autres, selon la formulation de Nicolas, superposable avec le Surmoi freudien? Je ne suis pas si sûr. Le surmoi est une instance qui alimente le jugement, c'est l'intériorisation des valeurs de la culture ambiante dans laquelle on se constitue. Se sentir un ennemi intérieur tel que défini dans le post de Nicolas, c'est une non-acceptation d'un pan de notre être qui nous constitue. Cela va plus dans la direction d'une pathologie d'une personnalité "mal intégrée", je suis d'accord avec cela. Cela va souvent dans la direction d'un refus de notre vie pulsionnelle, refus de notre vulnérabilité aussi.
Je répète ce que j'ai dit dans mon post 13: le sujet n'est pas encore épuisé. Mais une fois de plus, on tourne en rond dans une critique stérile formulée sur les qualités d’une personne plus que sur le fond de ce qu'elle cherche à exprimer. Y-a-t-il par exemple quelqu’un qui pourrait creuser le lien entre Djad et ennemi intérieur ? S’agit-t-il chez les musulmans d’un refus des pulsions (ce que j’estime avoir trouvé dans le protestantisme piétiste) ou d’une recherche de jugement, de maîtrise, de vérité? En quel cas, l’ennemi intérieur serait la bêtise, l’ignorance à combattre (c’était d’ailleurs la conclusion du débat animé par Daniel, évoqué en début de la discussion) qui n’est pas du tout la même chose « qu’une partie en soi » à combattre. Ne pas avoir d’ennemi intérieur, ce serait dans ce cas « tout savoir »… « Rien savoir « (un très grand ennemi) ou « tout savoir » (pas d’ennemi du tout). On se trouve alors aux deux bornes de l’expérience fantasmatique « impuissance » et « toute puissance » bien connu des psys. Mais c’est vrai : ici on fait de la philosophie. Les fantasmes, ce n’est pas ici….

19. Ennemi et adversaire
Ecrit par Fabian. 12-05-2011
Hello tout le monde, je découvre le site, je m’incruste.
J’ai lu relativement attentivement ce qui précède, parfois un peu en biais, mais je pense avoir suffisamment bien saisi la nature du sujet pour m’en servir comme prétexte à une première contribution sur ce site.

Ce que j’ai moins bien compris, je l’avoue, c’est les termes de la controverse qui a suivie.
Je crois qu’il s’agit d’un débat sur la paranoïa : Sommes-nous tous paranoïaques ?
J’y ai surtout trouvé le « struggle for life » dont je m’émerveille toujours de le voir à l’œuvre, que ce soit pour moi-même ou chez les autres, dans le monde des idées.
Défendre ses idées est une question de survie existentielle, donc de survie.
Les idées, qu’elles soient « nobles » où viciées, vicieuses, dangereuses, obscures, se comportent toutes de la même façon face à la remise en cause : Elles se battent pour survivre.

Alors, faut-il un ennemi, et quand il y a ennemi, de quoi est-il fait?
Est-ce bien le sujet de cette discussion ?

La première distinction à faire, il me semble que chacun ici s’y est employé, c’est une distinction entre l’adversaire et l’ennemi.
Tous, pouvons nous accorder à dire que l’adversaire est absolument indispensable à ce que l’on appelle la manifestation de la Vérité. (Je met un « V » majuscule, parce que le concept de « Vérité » constitue la pierre angulaire de ma compréhension du monde et de l’être humain).
L’ennemi, quant à lui, serait inutile, une sorte de parasite dont l’élimination s’impose, à cause de la souffrance qu’il génère, ou des dangers qu’il fait planer.

Alors, y a-t-il un ennemi ?
Je qualifie d’ennemi ce qui inflige de la souffrance.
L’adversaire, donc, est celui qui n’inflige que de la douleur.
La différence entre la souffrance et la douleur, quant à elle, tient à une notion de « gratuité ».
La souffrance est gratuite, elle est tout ce qui détruit, qui fait mal, et dont il n’existe aucun enseignement à tirer que l’on n’aurait pu obtenir sans elle.
La douleur est un affect qui accompagne tout accouchement, toute naissance, toute construction, toute ascension.

Ainsi, ma position est scellée : Je crois en l’existence de l’ennemi, je crois en la légitimité de chercher à le combattre, à en réduire l’existence à sa portion congrue.

Mais c’est là que commencent les vraies difficultés.

C’est là qu’intervient un immense de devoir d’humilité si l’on prétend combattre l’ennemi, car rien n’est plus aisé que de tomber dans le piège du fanatisme, en développant des idées qui sont des remèdes pire que le mal.

Comment détecter l’ennemi, comment le combattre ?

Voici ma conception de ce qu’est l’ennemi, en tant que réalité.
Il est à l’esprit, sous forme de pensées entrainant les actes, ce que les bactéries mortelles sont au corps.
Ce qui fait la dangerosité de l’ennemi, par conséquent, c’est la proportion dans laquelle il s’est développé à l’intérieur de l’esprit, de la psyché, sous forme de volonté physique de domination, d’asservissement, de destruction.

La Dignité de l’individu humain, en tant que telle, n’est jamais atteinte par l’ennemi qui a proliféré en elle, pas davantage que le corps n’est devenu un simple amas de détritus putréfiés, s’il est atteint d’une infection mortelle.
Par conséquent, ni la mort ni la violence ne sont jamais des réponses adéquates.
La mort et la violence sont des violations de la Dignité humaine, en toutes circonstances.

L’ennemi se combat à travers le débat, à travers le combat des idées.
Les seuls ennemis sont des idées, jamais ceux qui les portent.

L’ennemi loge en soi-même, autant que chez autrui. Il faut le combattre, en soi, par le doute, à l’extérieur, par l’action militante non violente, par le débat, donc, par la politique.

L’adversaire, c’est en réalité un partenaire.
Je vois l’art du débat qu’un un art martial des idées.
Le but, c’est de gagner, mais ce n’est possible que par la loyauté, sans quoi, gagner ne serait que tricher.

20. bienvenue Fabian
Ecrit par le promeneur du dima. 15-05-2011
Fabian, Vous avez parfaitement raison de voir dans ce sujet la question de la paranoïa.
Le parano a besoin de se trouver des ennemis pour se sentir apaisé et justifié dans sa méfiance.
Les ennemis, sont, selon un processus classique d’externalisation de sa culpabilité.( cf allégorie de l’archange St Michel terrassant le dragon) les autres mais en fait le mal est en soi. Il n’est pas le seul à subir le sortilège et la lutte du guerrier spirituel consiste vaincre cette culpabilité car sa victoire n’aurait pas d’intérêt si tout le monde n’ en était pas forcément affublé.Il s'agit en fait d’une altérité ambivalente.J‘ai besoin des autres, mais ils ne m’aiment pas ou m’en veulent. Ainsi ce nœud devient un noeud en soi,cela se traduit par une difficulté à aimer, à avoir de l’empathie.

A force d' être insistant sur certains thèmes, de vouloir être au centre (son l'hypertrophie du moi) le parano suscite l’irritation.Surtout quand son orgueil et sa vanité se cachent derrière une fausse modestie, voire des considérations apparemment équilibrées ce qui le protège d’attaques venant de contradicteurs pointant le côté irritant de sa manière d'être.

Sa personnalité reste fortement teintée de narcissisme. Sa principale caractéristique relationnelle en est l’égocentrisme qui voit en fonction de lui-même.Il ne sait pas se détacher de son point de vue car le monde est son prolongement.Ayant peu conscience de lui-même avec des limites définies, ses défenses sont souvent celles de la projection sur autrui de ses affects.En fait, avec son fantasme de toute puissance , il tolère mal la frustration; il veut tout et tout de suite..

Le problème est que dans certains contextes, le parano développe un délire très argumenté, très solide, très convaincant mais avec une base de raisonnement fausse qu'il est inutile de mettre en doute.Son mode de pensée est paralogique (conclusion erronée ou fausses à partir d'un fait réel).

Si le parano suit sa propre logique, dont il est absolument convaincu, celui qui conteste ses bases a forcément un problème ou a de mauvaises intentions.Celui-là veut le convaincre,est dans le pouvoir d’où certains thèmes de contre-argumentation : le pouvoir, la maitrise la hiérarchie, l’autonomie de la pensée, le relativisme, l’anti argument d’autorité, le contestation de toutes références externes, toute stratégie pouvant lui permettre de rameuter des personnes désorientées ou fragiles. Les paranos sont des chefs rassurants, quelques fois des gourous et parfois des dictateurs

Parfois, il cherchera à imposer ses opinions de manière tyrannique en utilisant la condescendance et une fausse empathie :une défense arrogante qui satisfait sa pulsion de toute puissance

Maintenant? Fabian vous dite vous aussi, un peu vite « l’ennemi se loge en soi-même".
Si vous faites référence à un inconscient sur-déterminant,cela pose au moins deux problèmes.1/ y- a-t-il un déterminisme psychique? 2/ l’inconscient est-il un ennemi ou un allié ( la pensée de Jung contre celle de Freud )

Est ce que les questions n’ont pas eu une déjà un réponse.Ne faut il pas déjà aller voir avant ?

La question, que je me pose c’est « qu’est-ce que cherchait à faire dire aux autres la personne qui a proposé ce sujet ? Aime ton ennemi ? la paix absolument,? Plus de frontières ? .. aidez moi, j’ai un problème, il y a un ennemi à l’intérieur de moi ?

Le fait que l’animatrice ait mis la question sur le tapis comme une évidence n'est aucunement une justification mais se présente plutôt sous l'angle de la démagogie flattant les stéréotypes. C’est presque une seconde nature chez certain. Pas grave mais pas vraiment malin.



 
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