Toutes nos admirations se valent-elles?

Débat animé par Daniel Ramirez, le 6 mars 2011

Ce matin-là aux Phares, tout commençait parfaitement: les coureurs du semi-marathon occupaient la place et encombraient Paris, un concert de rock emplissait la Bastille et les micros ne marchaient pas. La proposition de sujet " à quoi sert la philosophie", quand nous réussîmes à retrouver notre cadre et calme  habituels, généra un soupir collectif... Elle sert aussi à oublier que les micros ne marchent pas ... et que nos congénères courent en troupe; Daniel s'énervait à rappeler que 17 ans de café philo ne tiennent qu'à ces petites choses techniques...

Ca commençait bien. Le sujet retenu fut finalement celui de Nicolas: « toutes nos admirations se valent-elles? » C'était parfait pour un jour sportif, mais l'introduction nous renvoya à... Kant et l'admiration pour les athlètes fut étonnamment passée sous silence. Kant, donc: s’incliner devant son seigneur mais ne pas incliner son propre esprit. Ainsi, l’aspect sélectif de l’admiration fut d’emblée mis en avant. Hélas, nous n’en avons pas reparlé explicitement.

La question était donc celle de la valeur de nos admirations. En ont-elles ? Laquelle ou lesquelles ? Existe-t-il des critères objectifs d’admiration ? Quels seraient-ils ?

Une partie du débat a consisté à tenter de définir l’admiration. Le recours à l’étymologie nous a mené à regarder vers. Le mot est en fait issu du latin admirari, s’étonner. L’émerveillement (face à une œuvre) a rapidement été mentionné. Etonnement, émerveillement, l’admiration s’est aussi définie comme un sentiment, une émotion qui perdure et se construit. Mais lequel ? Un sentiment de joie et d’épanouissement face à ce qui est jugé beau ou moralement supérieur. Cette définition a le mérite de rejoindre toutes celles qui on été données ainsi que les diverses appréciations de ses caractéristiques. En effet, pour certains le supérieurement bon, beau, vrai est universel et ses critères objectifs,  pour d’autres l’admiration se loge de fait dans la pure subjectivité. Subjective ou universelle, pour un participant la valeur d’une admiration n’existe pas car l’admiration est un sentiment désintéressé, gratuit, « a-valeur ».

L’admiration reste indissociable de son objet : œuvre, acte, personne…Admire-t-on l’œuvre ou son auteur ? le beau, le vrai ou son créateur ? Il a été dit que nous n’admirions pas nécessairement l’auteur de l’œuvre. Il me semble que l’on admire pas non plus nécessairement la totalité de l’objet, quel qu’il soit. Au contraire, dans le processus de l’admiration on sélectionne un trait que l’on admire.  Voilà ce qui pourrait distinguer l’admiration de certains autres états qui lui ont été substituées : fascination, hypnose. Ces derniers relèvent de l’inconscient, tandis que l’admiration est un processus conscient, analytique et, comme l’a dit Daniel, réflexif : issu d’une réflexion et renvoyant à soi : « dis moi ce que tu admires et je te dirai qui tu es. »

Le problème est également quantitatif : on octroie plus ou moins de valeur à ceci ou à cela. Il y a un procès comparatif.  Ainsi s’établissent des valeurs, dans une hiérarchie. Mais si nous voulons évaluer nos évaluations, le sujet devient tautologique : est-ce que nos évaluations se valent ?!

En se déplaçant dans le champ politique, Daniel a demandé si l’on pouvait encore admirer en démocratie. Quant à l’admiration pour le « petit père des peuples » est-elle admiration ou hypnose pathologique ? Si l’admiration est bien un processus conscient contrairement à la fascination, elle libère de l’objet. Il faut être libre pour admirer ; elle est donc compatible avec la démocratie. Peut être même la fonde-t-elle : l’admiration des valeurs républicaines — nous ne pouvons douter de leur valeur — et que nous regardons comme équi-valentes construit ou maintient cet idéal.  Admirer n’est-ce-pas regarder cet idéal et ce faisant le construire ?

Mais l’admiration a aussi été rejetée sous prétexte qu’elle serait un assujettissement, un asservissement, une capacité à se mettre «  en dessous ». Il est curieux de ne pas pouvoir supporter, admettre, accepter une supériorité. Daniel a alors donné l’exemple de l’admiration, qualitative,  pour un maître (maître que les plus grands artistes ont eu pour faire advenir leur propre œuvre et apprendre leur art). On peut reconnaître et accepter une différence de niveau sans pour autant être inférieur ou s’y assujettir. C’est aller vers le haut que de regarder vers le haut. Comment un processus conscient, réfléchi et réflexif, analytique et sélectif pourrait-il être avilissant ?

Günter est intervenu dans ce sens pour affirmer que la haine de l’admiration était plus que regrettable : admirer c’est vouloir se dépasser et sans cette aspiration nous végétons. Il relèverait du nihilisme que de rejeters toute admiration. Ce serait se loger dans la peur permanente d’être envieux, une mauvaise compréhension de l’admiration fondé sur la convoitise. Pourtant si admirer c’est admirer ce qui nous manque ou que nous ne croyons pas posséder, admirer n’est pas convoiter. Sentiment de joie, l’admiration est motrice.

Nous en sommes donc venus à la question de la valeur des admirations. Günter et Daniel ont renvoyé à Nietzsche qui voulait réévaluer toutes les valeurs. Quelle est la valeur de nos valeurs ? Et que sait-on de nos valeurs aujourd’hui ?

Que l’admiration soit subjective, cela signifie-t-il que toutes se valent ? (sa subjectivité l’emporte à la majorité). L’admiration ne prouve pas « l’admirabilité » de l’objet, cela semble évident.

Il apparaît donc en conclusion que nous avons une difficulté avec cette notion, parfois rejettée. Daniel rappelle alors que dans l’ancien testament l’obéissance à Dieu n’est pas idolâtrie.

Ce qui nous dépasse est objet d’admiration possible, modèle. L’évaluation est morale. Je peux admirer l’admiration de quelqu’un car l’admiration a en elle même une valeur, celle de la joie et de l’épanouissement qu’elle génère : il faut en être capable ! Je peux admirer mon ennemi, c’est-à-dire m’admirer moi-même, je peux admirer mon maître ; ces admirations sont qualitatives et partent d’une égalité.

 L’admiration produit un idéal ou en vient. N’en aurions-nous plus ? Réévaluer notre peur et notre rejet de l’admiration est la conclusion d’un débat très bien tenu et passionnant.

Alicia

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Est-ce que toutes Les’ Admirations se Valent ?, Daniel Ramirez’
Ecrit par ROCA. 15-03-2011
Est-ce que toutes Les’ Admirations se Valent ?, Daniel Ramirez’,

Admirables, Admirées, À Valables, À mirer, À Valeur
de Valeurs,
est-ce que toutes Les’ Admirations se Valent ?,
Admirable L’exemple’, exemplaire’, exemplarité, esthétique’,
éthique Voire mystique’,
échelle de Valeur(s),
matérielle spirituelle’, intellectuelle’, éclairée, de La Valeur,
de nos Valeurs,
quelle(s) Valeur(s) ?,
tendance’, inclination, À projection, en représentation, de L’évaluation, de nos’ Admirations,
quelles’ Admirations ?,
reflet de notre réflexion, sentiment, émotion, intuition, et, sensibilité, mire ... miroir,
miracle ... mirage ... notre regard,
Au monde ... L’Autre ... Soi,
en considération, ma foi !,
sorti de soi, élevé, transporté, Voire transfiguré, estimer’, et, Aimer, ma foi !,
dépassement, sublimation, idéalisation, Voire subjugation, Vénération, soit,
Les’ Admirations qui nous font croître ... nous rendent plus grand(s),
plus’ Avancés’, en progression, Vers L’humanisation,
du monde ... L’Autre ... Soi,
de notre’ humanité,
Valeur humanisation,
Valeur humanité,
« du plus’ Au mieux », et, « de L’Avoir À L’Être » ... grand,
ma foi !,
mon Vieux !, Edgar Morin, et moi,
émoi ... Gilles Roca,

Cas-fée-Philo des nés-nus-Phares, ce 6 mars 2011’, en ces-jours de Ventôse’,
et d’Admirations de Valeurs phares, ose !, G R

2. "Une supériorité qui ne nous infériorise pas"
Ecrit par Daniel Ramirez. 15-03-2011
D’abord je salue la nouvelle collaboratrice, Alicia, et je la remercie de ce compte-rendu, fluide et complet. Une très bonne surprise !
J’ai eu plaisir à animer ce débat, commencé en des circonstances pas très stimulantes, comme le rapporte Alicia. Mais tout se met en route pourtant, et nous avons toujours l’étonnement de faire un trajet ensemble dans la pensée. L’étonnement, justement, que nous considérons, depuis Aristote, comme à l’origine de la philosophie, a quelque chose à voir avec l’admiration. Puisque « mirare » est apparenté à merveille (aussi à mirage), c'est-à-dire considérer quelque chose avec attention, émerveillement et étonnement. Nous avons vu alors les limites de l’étymologie, car il est évident qu’avec l’admiration, aujourd’hui nous nous référons à quelque chose de plus spécifique : c’est pourquoi nous avons fait la distinction entre l’émerveillement, qui peut s’apparenter à une fascination hypnotique, voire à une pamoison, de l’admiration qui peut ou non suivre, une fois que l’on fait retour sur soi, que l’on « reprend ses esprits » et que l’on détermine si l’objet, personne ou acte est vraiment admirable. Ainsi, sur l’ouvre d’art, souvent on peut aller de l’émerveillement initial (primat de l’objet) à une admiration pour l’habilité ou la profondeur de son auteur (on transcende l’objet vers le sujet que l’a fait). C’est pourquoi nous avons dit que l’admiration était un sentiment (composé d’émotions et de pensées) complexe et non une réaction spontanée.
L’admiration est plus morale qu’esthétique, elle s’applique plus proprement à un acte ou personne que nous considérons comme bon, courageux, généreux, qu’à un objet ou œuvre (coucher de soleil, tableau, etc.). Et même dans le cas du peintre, qui découle de l’émerveillement devant le tableau, notre admiration se porte sur l’habilité de son auteur, son effort pour se dépasser, son savoir qui nous permis de nous émerveiller et même d’être fascinés par son œuvre.
Il m’a beaucoup intéressé l’opposition presque instinctive de certains participants à l’idée de l’admiration, comme si admirer nous plaçait d’emblée dans une infériorité et comme si cela ouvrait la porte aux soumissions à un leader ou à l’emprise d’un caudillo.
C’est le problème de la démocratie, pointé par un Tocqueville ou une Arendt : nos sociétés d’égalité s’accommodent mal avec les hiérarchies, qui rappellent les régimes d’inégalité. Du coup, parce que nous avons un problème avec l’admiration, nous avons un problème avec la transmission. Pour accepter de recevoir l’œuvre de ceux qui nous ont précédés, qui peut être ardue, nous avons besoin de l’admiration. Tous les musiciens le savent si bien : sans l’admiration pour un maître, soliste ou compositeur, il nous serait bien difficile de faire tous les efforts pour pourvoir faire « si bien que lui », ou tout au moins s’en approcher (le dépasser ne peut être qu’une « divine surprise »). La notion même de maître, si elle ne se rapporte pas à l’esclave mais au disciple, si elle ne parle pas du pouvoir sur le corps mais du savoir qui « élève » l’esprit, précise de l’admiration.
Je suis heureux donc que nous ayons réussi à penser l’admiration au-delà de la résistance que nous inspirent nos peurs historiques, nos instincts démocratiques, la raideur de notre fierté d’individus autonomes, facilement glissant vers une hypertrophie égocentrique.
Il faut reconnaître une supériorité pour pourvoir s’élever, le paradoxe est que l’admiration est cette reconnaissance d’une supériorité qui ne nous infériorise pas, elle nous met dans la dynamique de grandir, car l’admiré tire l’admirant vers l’admirable, c'est-à-dire ceux que dans notre système de valeurs nous pousse vers le haut. C’est l’activité centrale de la vie éthique, une parade à toutes les dépendances et tout le contraire de la servitude volontaire.


3. Crise de l'admiration
Ecrit par Elke. 16-03-2011
Oui, c'était un beau débat que celui de ce dimanche qui a redonné une certaine noblesse à l'admiration. Ce qui n'a pas été abordé: le lien de confiance qui est nécessairement associé à l'admiration. La crise de l'admiration dans notre société, c'est peut-être la crise de la confiance quand l'admiré se montre sous un jour "indigne"? Ce qui renvoie à d'autres éléments qui composent ou participent à la constellation "admirative": la foi, la fidélité, la loyauté... Je pense que toute admiration traverse un moment de désillusion, et ce passage me semble nécessaire et délicat pour éviter l'idolâtrie.

4. merci Alicia
Ecrit par Gérard Tissier. 16-03-2011
bonjour.Moi aussi je salue et remercie Alicia pour cette contribution de très bonne facture, à la vie de ce site.Peut- être était-elle là dimanche sur le sujet " la liberté peut-elle se prostituer ? Si oui,qu'elle garde la main.Merci d'avance.

5. Double bravo!
Ecrit par Agnès Grün. 16-03-2011
D'accord moi aussi! C'est excellent. Il faut saluer non pas seulement le retour des comptes-rendus bien rédigés (merci Alicia), mais aussi et surtout, c'est quand même le sens de tout ça, le retour des bons débats. Il y avait ce jour cette vibration particulière qui fait que nous nous sentons découvrir ou explorer de territoires inconnus.
Une chose par rapport à Elke, on ne voit pas pourquoi l'admiration serait en crise "de confiance". La question de la confiance semble plaqué sur le sujet et venant de nulle part. L'admiration se passe de confiance, comme le respect kantien, car elle implique une mise à distance réflexive, ce qui me semble très bien développé dans le compte-rendu et dans la très dense contribution de Daniel, animateur de ce superbe café-philo.

6. précision
Ecrit par Elke. 17-03-2011
Je ne dis pas "l'admiration est en crise de confiance", j'écris: C'est la crise de confiance qui a peut-être induit la crise de l'admiration. Je ne partage pas le point de vue que l'admiration se passe de confiance. Même après mise à distance, et surtout après réflexion: c'est parce que le sujet admiré semble être porteur d'une vérité, d'un idéal, qu'il inspire confiance, donne envie de suivre.

7. L'admiration qui nous porte
Ecrit par Daniel Ramirez. 17-03-2011
La confiance vient d'un autre groupe de sentiments apparentés à "Fides", foi, mais surtout confiance en quelqu'un. Il est possible que la confiance soit en crise, mais cela nous éloigne quelque peu du sujet et mériterait un débat à part entière (pour un prochain sujet?). En tout cas nous nous méfions (le contraire de la confiance) de l'admiration, ce qui est déjà un indicateur fort de notre culture. Et c'est cela qui permettait le rapprochement entre l'admiration et la soumission à un leader, considérée dangereuse. Nous avons donc essayé de penser une forme d'admiration - peut-être pas toutes ses formes - dans laquelle il n'y a pas d'hypnose par l'objet, une admiration qui est dépassement du stade de la surprise et l'émerveillement. Tout ces mots-là peuvent servir encore à traduire le "Thaumatsein" ou "étonnement" grec. Pour Descartes, qui s'inscrit dan cette tradition, l'admiration était une passion première, et même la première des passions, apparentée à la surprise et à l'étonnement, utile car elle donne envie de connaître, mais dangeureuse si l'on abuse, car elle peut pervertir l'usage de la raison. Cette dernière doit rester maîtresse d'elle-même. C'est l'origine de notre méfiance envers l'admiration. Mais elle devrait se limiter à l'aspect épistémologique, un peu comme lorsque l'on dit que pour connaître un objet on doit rester quelque part détaché de cet objet et que la raison doit être impartiale. Comme on ne peut pas être tout à fait impartial face à ce que nous admirons, nous essayons de ne pas admirer ce que nous voulons connaître. Et peut-être même que plus nous le connaissons, moins nous l'admirons, un peu comme lorsque nous "idéalisons" quelqu'un dan l'état amoureux, nous cristallisons (Stendhal) ses vertus et nous maintenons dans l'ignorance ses défauts. Il se peu alors que lorsque nous connaissons l'objet, l'admiration s'estompe peu à peu.
Mais on peut aller au-delà de ce stade épistémologique de contexte cartésien. L'admiration serait alors un état différent ou ultérieur de cette surprise. Et c'est l'admiration comme considération ou sentiment moral, le niveau qui a été privilégié dans le débat.
Ce sentiment ne passe pas forcement ni par l'ignorance de l'objet ni s'estompe par sa connaissance. On peu le dire avec les mots d'Emilie Dickinson:
Wonder is not precisly knowing
an not precisly knowing not.
Encore plus, l'admiration de l'artiste ou du maître comme modèle de vie éthique (celle qui a remplacé le modèle de saints dans la chrétienté médiévale), ainsi que celle du savant, ou du lutteur politique (qui n'admire pas Leonard, Galilée, Lincoln ou Mandela?), souvent grandit à fur e à mesure que l'admirant s'enquière et connaît la vie et l'oeuvre de l'admiré. Cette admiration qui pousse vers le haut celui qui reconnaît la hauteur, grandit avec la connaissance.
On peut voir loin étant "un nain sur les épaules des géants", mais pour comprendre la portée de cette vue et la grandeur de celui qui nous porte, il ne faut pas tout à fait rester un nain.
Ainsi, toutes nos admirations ne se valent pas.

8. une ligne dans le post 2 me pose problème
Ecrit par V. 17-03-2011
"L'admiration est plus morale qu'esthétique, elle s'applique à quelqu'un que nous considérons comme bon, courageux, généreux".... heu... je proteste votre honneur ( je prends des gants parce que l'urbaine Agnès Grun va me sauter dessus : on ne critique pas une phrase de son idole Daniel Ramirez, elle a tellement d'admiration pour lui !)
Je sors d'une salle de cinéma, où j'ai vu un roi d'Angleterre admirer Hitler s'adressant à la foule. Bien sûr il ne considérait pas cet homme comme "bon, courageux, généreux", mais sa façon de parler lui inspirait d'autant plus d'admiration que lui était bègue, donc incapable de s'adresser à son peuple.
Je pense que l'admiration est un constat de sa propre infériorité.
Ceci dit on peut aussi avoir de l'admiration pour soi-même : il peut arriver que l'on fasse des choses qu'on se croyait incapable de faire, et que le contexte hors norme nous fasse réussir. Nul n'est inférieur ou supérieur à qui que ce soit, chacun a des passages dignes d'admiration, d'autres de mépris.
Et la confiance n'a pas grand chose à voir là-dedans. Je peux admirer les compétences professionnelles de quelqu'un sans avoir la moindre confiance en son honnêteté.

9. Bon débat!
Ecrit par Elke. 18-03-2011
Là, c'est plaisant: divergeances de points de vue qui obligent de reconsidérer mon point de vue et qui nuancent la tendance à l'idéalisation de l'admiration qu'émerge de la lecture du poste de Daniel. Je reviendrai quand j'aurai eu le temps d'y penser.

10. De l'admiration à l'adoration...
Ecrit par Georges. 18-03-2011
On peut percevoir une temporalité différente entre l'admiration passagère et l'adoration comme passion dans l'extrême (adoration du veau d'or).
Parmi les antonymes de l'admiration (dénigrement, dérision, mépris, moquerie, raillerie, etc.) seul l'esprit critique les dépassent.

________________ par Georges de Bruxelles

Deux choses remplissent mon esprit d'une admiration et d'un respect incessants : le ciel étoilé au dessus de moi et la loi morale en moi. Le beau est le symbole du bien

moral. [Emmanuel Kant]

On n'est jamais très sensible au beau sans être vivement blessé par les impressions que fait le laid. Je suis en cela fort différent d'opinion avec les gens du monde qui

se plaisent en général dans une atmosphère de médiocrité qui étouffe les sentiments d'admiration ou de haine. [E.-J. Delécluze, Journal]

L'apiculteur était communiste par amour des abeilles dont il admirait l'organisation. La reine lui posait un problème. [Gilbert Cesbron]

La jeunesse a cela de beau qu'elle peut admirer sans comprendre. [Anatole France]

L'admiration est fondement de toute philosophie, l'inquisition le progrès, l'ignorance le bout. [Montaigne]

11. un point de vue ?
Ecrit par super-modeste. 18-03-2011
"Je pense que l'admiration est un constat de sa propre infériorité."(8) Un point de vue est un lieu, un angle de vue sur quelque chose hors de soi. Ici c'est quelqu'un qui parle de lui. En quoi cela devrait nous ébranler ? Ce monsieur évoque la possibilité de s'admirer lui même; je suppose que dans ce cas, il considère les autres comme inférieurs ! Son point c'est que tout le monde pouvant être admirable selon les moments, il y a pas lieu ¨d'admirer ( en relatif). Les héros n'ont qu'à aller se coucher et les académiciens supprimer le verbe du dictionnaire ! La doxa relativiste et égalitariste n'a aucun complexe..

12. deux catégories d'admiration
Ecrit par Elke. 19-03-2011
La confiance nous éloignerait du sujet, dit Daniel. Mais il est d'accord avec mon constat que nous nous méfions de l’admiration. La méfiance, n’est-ce pas justement la « crise » de la confiance qui rend impossible d’accorder du crédit à la parole de qui que ce soit ? La méfiance n'est pas le contraire, mais un avatar de la confiance. C’est vrai, à considérer de prés, la « confiance » mérite débat. Mais elle participe au sens qu’on peut donner aux différents types d’admirations, parce que « toutes les admirations ne se valent pas », là, nous nous rejoignons totalement. La confiance a de l’importance quand l’admiration s’adresse au « pouvoir », à la capacité de faire ce que je ne sais (pas encore) faire. Elle suppose un déficit de jugement, qui n'est jamais du à "l'infériorité" (voir le commentaire de super-modeste) mais à "l'incomplétude" du savoir de chacun. Avant de savoir lire, il faut apprendre les lettres. C'est un travail de progression, et d'utiliser le terme "d'infériorité" fait raisonner l'héritage d'un Darwinisme mal intégré. La contribution de V. considère ce type d’admiration qui s'adresse à celui qui sait faire ce que nous ne savons pas faire, et qui nous invite d’ailleurs à penser les sentiments négatifs, souvent refoulés, joints à l’admiration: la jalousie, mais aussi la rivalité dans notre quête d’amour et de reconnaissance. (La jalousie autre obstacle à l’admiration ?) La confiance s’adresse à l’alter ego, l’autre comme moi qui use ou abuse de son pouvoir : pouvoir d’asservir (tyran) ou alors volonté de transmission (maître). C'est l'admiration de l'inter-dépendance humaine lié à la différence des générations. Une deuxième catégorie d’admiration pourrait être celle qui s’adresse à la « beauté ». Elle s’adresse alors non à la personne, mais à l’œuvre de la personne. Ainsi je peux admirer Victor Hugo en tant que Homme pour sa capacité de travail et la cohérence de son œuvre avec sa vie. Je peux avoir de la considération et du respect pour l’œuvre de Nietzsche (clin d'oeil à un autre débat sur ce forum!) sans avoir la même admiration pour le personnage.
Quant à la juxtaposition de l’étonnement et de l’admiration opérée par Descartes, j’y trouve la même séparation à faire. L’étonnement, base de quelque chose qu’on a pu appeler « pulsion épistémologique » s’enclenche face à une réalité qui dépasse notre cadre de référence et d’expérience et nous pousse à retrouver une cohérence nouvelle. L’admiration de certains « œuvres » vient du fait qu’ils ont permis de retrouver une « nouvelle cohérence » qui a été inaccessible avant. Mais l’admiration peut aller aussi vers un être humain sur lequel on projette (à tort ou à raison) qu’il n’est plus dans cette insécurité, qu’il en sait « plus que soi ». Et surtout dans des périodes d’insécurité, la tendance naturelle, c’est de s’agripper à ceux qui paraissent les plus sûres qui peuvent être malheureusement les plus malades. la fin du post de Daniel, l’image du « nain sur les épaules des géants" me fait penser à cet aspect de l’admiration : se laisser porter pour voir « plus loin », quelque chose que le commun mortel ne verrait pas ? Dans un mouvement d’identification, on veut devenir « comme » son héro, mais tant qu’on reste perché sur ses épaules, on restera « comme si ». On aura l’impression d’avancer tant que le maître avance. Quand il n’avance plus, nous stagnerons. Ce n’est pas la taille de chacun qui compte, mais la volonté et la capacité d’avancer, de suivre au mieux possible un chemin de croissance, de développement possible. Nous sommes tous né petit pour devenir un peu plus grand avant de rapetisser et de disparaître. L’image du nain sur les épaules évoque l’enfant porté par ses parents. Si les parents ne le posent pas de temps à temps à terre, il n’apprendra jamais à marcher. Rester assis «sur» le maître prive celui-ci de sa fonction. Voir « loin », à quoi ça peut servir si je ne mets jamais pied par terre? Et l’association d’idées m’amène à l’image de ces « maîtres » qui demandent à se hisser sur les nains pour voir plus loin et qui prennent goût au luxe d’être porté.
Décidemment, les ramifications concernant l'admiration mènent loin. Assez pour aujourd'hui.

13. une précision pour le dit modeste (post 11)
Ecrit par V. 19-03-2011
"je suppose que dans ce cas il considère les autres comme inférieurs". Evidemment non monsieur, car on est seul devant les décisions que l'on prend dans la vie, et le regard des autres nous indiffère. Enfin personnellemnt je n'ai aucun besoin de reconnaissance de qui que ce soit, je tiens à me regarder avec fierté dans la glace tous les matins quand je me lève. Donc je fais ce que je peux au mieux de mes possibilités.
Tout le monde sait que pendant la guerre (que je n'ai pas connue car je suis né après) nombreux ont été les monsieur-tout-le-monde qui ont fait des choses remarquables dont ils ne se seraient pas crus capables en temps ordinaires, et d'autres qui ont basculé dans la lâcheté.
On traverse tous des situations difficiles , "la vie n'est pas un long fleuve tranquille", et il m'est arrivé de me dire bigre, je ne me croyais pas capable de faire ça un jour mais là chapeau, c'était ça qu'il fallait que je fasse. Il ne s'agit pas d'infériorité ni de supériorité, mais d'un moment d'admiration bien méritée.
Finalement l'admiration n'est pas un constat d'infériorité mais d'incompétence, d'incapacité ponctuelle. Le roi d'Angleterre dont je parlais était lui-même digne d'admiration à la fin du film.

14. post précédent écrit trop vite, donc peut-être un peu elliptique...
Ecrit par V. 19-03-2011
Dans ma dernière phrase je parlais de l'admiration pour un autre, bien sûr, je reprenais mon premier exemple pour essayer de préciser ma pensée.
Bon week-end à tous.

15. V. C'est une deuxième couche ?
Ecrit par super- modeste. 20-03-2011
On a le (.) qui soutient (V.)qui lui,confirme ce qu'il pensait sans autre nouvel argument que sa propre admiration à lui-même.Dans une bouffée "épistémique' dirait ELKE,il nous annonce que le regard des autres "nous" indiffère.Abyssal.
Mais, "personnellement" nous dit-il (cela n'engage donc que lui cette fois-ci ), "je n'ai aucun besoin de reconnaissance de qui que ce soit,je tiens à me regarder avec fierté dans la glace tous les matins quand je me lève "

En gros :"I do my best".Donc,l'admiration pour ceux qui font pareil n'a pas vraiment de sens.On a des compétence et des hauts et des bas.Selon les moments les circonstances. Point barre.

En fait, la pointe de V.( un homme, une femme, un(e)ado ?)est extrêmement simple :s'il y a un héros dont mon journal me parlera demain matin, pour un fait d'auhourd'hui, je me dirais qui je n'ai aucunement à l'admirer.Pourquoi ? eh bien, c'est que ce jour là ,moi,j'étais pas au mieux de ma forme !.
Ou bien, si quelqu'un fait une chose remarquable (on en parle dans le journal)c'est que moi je n'ai pas ses compétences..Lumineux

Evidement, si V.n'a besoin d"aucune reconnaissance quelconque et que sa fierté d'être lui chaque matin devant sa glace ne se dément jamais, on se demande, pourquoi il prend la peine de nous parler? Nous les sans grade, les ratiocineurs de comptoir et les handicapés de l'amour propre.

En tout cas, merci (V.)de nous faire partager vos réflexions. Au moins et sans avoir à vous offenser,je sais pourquoi je n'ai pas à être admiratif de vos arguments.

Bon mais,avec tout cela,est-ce que nos admirations se valent? La question ne sera pas posée.Nous vivons une époque formidable !


16. Besoin de reconnaissance
Ecrit par Elke. 20-03-2011
Ce que j'ai compris du besoin de reconnaissace de V., c'est qu'il ne puise pas sa reconnaissance dans l'approbation par l'autre, mais dans le jugement qu'il pose du résultat de ses actes. Ce qui met bien en lumière deux sortes de quêtes de reconnaissance différentes: quête d'amour, et quête de maîtrise. Dans le meilleur des mondes, les deux quuêtes peuvent se poursuivre simultanément. Dans certains contextes empoisonnés, il y a des choix à faire. Le tyran ne supporte pas le point de vue divergeant. Il engendre une population bête et passive dont le seul salut vient de l'adoration d'un chef idéalisé en outrance. Cela donne des clivages insensés. L'Histoire nous montre actuellement dans un modèle grossi à l'échelle de la société ce qui se joue pour certains au niveau plus "local". Bon, je suis certainement encore trop "psy". Mais je cherche à comprendre avec les moyens à bord. Si j'avais fait math sup, je ferais probablement appel aux équations....

17. une précision s'impose pour le dit super-modeste ? (post 15)
Ecrit par V. 20-03-2011
Pour info je suis obligé d'ajouter à ce soit-disant-modeste que , comme tout le monde, il m'arrive aussi de faire des choses un peu décevantes, peu dignes de mon admiration. J'avais la naïveté de penser que c'était implicite, à partir du moment où j'insistais sur le côté ponctuel de l'admiration.
Tantôt on fait des bons choix, tantôt on se trompe, personne n'est admirable de la naissance à la mort et personne n'est méprisable non plus. Mais comme le sujet du jour était l'admiration, j'insistais sur le fait que, pour moi, ce n'était pas aux yeux des autres que c'était important, mais à mes propres yeux : il faut un minimim d'estime de soi pour pouvoir ( ce qui manque peut-être au dit-super modeste) avoir de l'estime pour l'autre. Si vous ne vous aimez pas je comprends que vous ne puisiez aimer personne ! Mais ne vous inquiétez pas je ne vous demande rien, je ne vous connais pas donc vous m'êtes parfaitement indifférent.
Ceci dit j'apprécie la lecture des posts de Elke : elle comprend les points de vue différents exprimés sur ce site, les respecte même si elle ne les partage pas, et les complète avec sa propre vision des choses.

18. S'admirer soi-même, quelque chose à laportée de V. (un nain qui ne monte sur rien)
Ecrit par urbaine. 20-03-2011
Non, mais le post 8 et les autres de V. n'a qu'un but: semer le doute. Ce monsieur visiblement n'aime pas que l'on admire qui que ce soit (sauf lui) et surtout pas que l'on puisse admirer le talent de l'animateur, car il commence par m'envoyer une pique. Ce n'est pas nouveau, quand on trouve que le niveau monte, que les débats et les articles sont bons, il y a de types qui son là pour nous accuser de groupie. Didier, le prof se fait traiter de plouc, sous prétexte qu'il habite en Province, mais en réalité c'est parce qu'il avait dit qu'il trouvait les textes de Daniel suffisamment bons pour les utiliser dans un cours de philo. Il y aurait de l’admiration ? Et chez moi aussi ? Et alors ! Ce n’est pas bien ?
Regardez cette phrase de Daniel Ramirez(7):
« On peut voir loin étant "un nain sur les épaules des géants", mais pour comprendre la portée de cette vue et la grandeur de celui qui nous porte, il ne faut pas tout à fait rester un nain »
Elle mériterait être dans la rubrique aphorismes. Mais surtout elle pourrait s'appliquer très bien à V., qui se contente de sa vue à courte portée et pense, évidemment qu'admirer c’est relatif ou bien que « l'admiration est un constat de sa propre infériorité ». C'est typique. C’est le genre de personnes qui ne voudrait monter sur les épaules de personne, il se trouve très bien tout près du sol, ce qui ne l'empêche pas de s'admirer lui-même. Au fait, je crois que le seul « autre » qui V. admire c’et lui-même. Ce qui est confirmé pas son nouveaux post 13, le seul exemple qu’il arrive à sortir, à part un roi qui admirait Hitler parce qu’il parlait bien (génial !), c’est lui-même : « il m'est arrivé de me dire bigre, je ne me croyais pas capable de faire ça un jour mais là chapeau, c'était ça qu'il fallait que je fasse. Il ne s'agit pas d'infériorité ni de supériorité, mais d'un moment d'admiration bien méritée. ».
Bigre, quel homme !

19. de l'autre coté de l'oeillère, il ya une autre vérité.
Ecrit par René. 20-03-2011
Pour sortir de la variation psychologisante et avouée comme telle ou de l’auto- intoxicatation par ses arguments?, d’autres « points de vue » publiés ici et là et légitimes eux-aussi à servir de base à une réflexion. J'ajoute, pour aussi, s’ y retrouver soi dans ce qui est dit..
Par exemple sur google: « aux confins de la vie affective et de la vie intellectuelle, l'admiration donne la mesure de la qualité d'un être. Quand elle est excessive, elle est un signe de manque d'identité et parfois d'hystérie, comme en témoigne l'enthousiasme tapageur que suscitent certains chanteurs médiocres. Les mêmes personnes peuvent très bien ensuite se montrer incapables d'admirer ce qui mérite de l'être. On ne peut donner son assentiment à l'authentique grandeur sans prendre douloureusement la mesure de soi-même. «L'envie a l'éblouissement douloureux». Hugo fait ainsi écho à un autre grand, Goethe: «devant la supériorité il n'y a de salut que dans l'amour». L'homme du ressentiment dont parleront Nietzsche, Klages et Scheler est celui qui, n'étant pas capable d'un tel amour, ne pourra conserver un peu d'estime de lui-même qu'en dénigrant ce qui le dépasse et en s'attaquant, jusque dans le domaine des idées et des symboles à tout ce qui contrarie son idéalisation compensatoire de l'égalité. (J.D.)
Puis :« On n’admire pas réellement sans se rattacher à un ensemble d’œuvres, d’idées, de principes, qu’on reconnaît bien plus important que soi. Or, on a trop aigri l’homme moderne, on a rendu l’individu trop rétif et trop rebelle pour qu’il se plie volontiers à une pareille subordination. La plupart de nos contemporains aiment mieux leur libre anarchie, où chacun d’eux décrète ce qui lui plaît.(Abel Bonnard)
Sur le plan « psy pour les nuls il y a aussi :
« C'est le fait de trouver chez l'autre un comportement que je valorise qui suscite mon admiration. Mais il n'y a pas que cela. L'admiration marque aussi l'écart entre l'autre et moi: les capacités ou les comportements qui suscitent mon admiration ne sont pas actuellement à ma portée soit parce que mon niveau de développement ne me le permet pas encore, soit parce que je n'ai pas le courage ou la détermination de celui que j'admire.
Il n'est pas nécessaire que j'aie le même talent que celui que j'admire pour aspirer à être à sa hauteur. Car ce ne sont pas ses capacités en tant que telles que j'admire, mais bien les qualités morales qui en favorisent l'épanouissement. C'est ce qui me permet d'aspirer à les égaler dans un autre domaine pour lequel j'ai davantage de talents ou de motivation.
Et évidemment :
L'admiration, s'applique toujours à une personne humaine et jamais à soi-même. Comme tout jugement, elle peut donner lieu à des sentiments ou des émotions: joie, ravissement, encouragement...

20. rendez à César ce qui est à César et à Bernard de Chartres ce qui lui appartient.
Ecrit par V. 20-03-2011
La belle phrase que vous voulez mettre dans les métaphores sous la signature de Ramirez n'est pas de Ramirez, mais de Bernard de Chartres. Reprise par des scientifiques tels que Newton ou Pascal, vous devriez l'étudier plus attentivement madame Grün. De Vierzon les vierzonnais vous ....... laissent travailler.



 
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