La sagesse et l'archiduchesse
Écrit par Carlos Gravito   
19-12-2006

Représentation de la sagesse (1635) C'est dans un train non loin de Gerd Achenbach (près de Cologne), là où en 1981 eut lieu le premier café philosophique inspirant le modèle greffé par Marc Sautet au Café des Phares en Décembre 1992, que Marie-Sylvie glissa dans mon oreillette, (magique moyen de communication bien différent de celui qui lança Diomedon, le soldat d'Athènes victorieuse de l'armée perse à Marathon, dans une course de plus de 42 km pour annoncer la bonne nouvelle aux siens, avant de périr essoufflé), glissa, disais-je, le sujet du débat du 17 décembre, animé par Sylvie Pétin.

Il s'agissait de quelque chose comme : "Est-il sage d'aimer la sagesse ? L'amour de la sagesse étant la sage philosophie". Cette allitération me fit penser à une autre : "les chaussettes de l'archiduchesse sont sèches, archi-sèches" et, par association, à la raillerie : "le roi Dagobert a la culotte à l'envers". Tout ça, se trouvant empreint d'une touche de "déjà-vu", la fameuse double réalité faite de clichés et de fantaisie, m'amena alors à vous faire part d'une expérience particulière. Me préparant à regarder un western avec un ami belge, j'ai parié avec lui que le cow-boy tombait du cheval ; ainsi fut et lorsque mon ami s'apprêtait à régler sa dette, je lui avouai avoir déjà vu le film, à quoi il me répondit : "Moi aussi, mais je n'ai jamais imaginé que ce con tomberait une deuxième fois".

Toujours est-il que Pirmin, l'habile marionnettiste qui tire les ficelles de notre Forum sur le Net, m'ayant dit un jour "t'as pas besoin de reproduire le débat, exprime-toi", bien qu'absent, je me suis permis de ramener ma fraise et, de sagesse en archiduchesse et de Marathon en Grèce, je me suis trouvé sur l'héllenne lieu archéologique où l'on fouille l'origine du "Logos", l'arme la plus redoutable du monde occidental, qui permit à un petit "je" d'appréhender un immense univers. Instrumentalisée par lui, la raison, étonnante faculté de connaître et de juger au demeurant, se rapprocha plus de la folie que du bon sens et il serait naïf de croire qu'elle pourrait nous préserver du pire alors qu'elle le cautionne. Comment se dégager de toutes ses scories et galéjades pour retourner à la pureté de l'être? Comment couvrir notre nudité ? Il faut, en effet, se rendre à l'évidence que, tourmentés par nature, nous sommes plutôt enclins à mettre le sens dessous dessus afin d'y dénicher notre propre place, conscients que l'homme tourne en rond, de saint Sylvestre en saint Sylvestre, dans un étrange rapport à l'être qui nous enterrera. Pourtant, avides de tout enrégimenter, nous ne pouvons pas nous empêcher d'englober le monde entier dans nos catégories et d'y ordonner, sans complexes, le sens donné à toutes les autres civilisations.

Il n'y a pas un brin d'amour dans tout ça. Dérivée d'un commandement intérieur, la sagesse est une posture de l'esprit impliquant la compréhension et le savoir, alors que l'amour relève d'une sensibilité pas très éloignée du plaisir de se gratter la jambe ou de sucer son pouce et doit donc être séparé des valeurs éthiques. Le devoir d'aimer la sagesse est à mes yeux un non-sens, n'en déplaise à Socrate, toutefois, si la pratique du débat philosophique subsiste, c'est que, sans savoir à quoi la réalité fait référence, nous satisfaisant de réponses de normand, nous ne parvenons pas à éradiquer le doute qui taraude nos esprits : "les chaussettes de l'archiduchesse sont-elles sèches" ?

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. en attendant mieux
Ecrit par aliette. 20-12-2006
j'espère mon texte non éradiqué.
blowwing in the wind
ton texte a éré un rayon de soleil dans ma journée
Alieete
PS mon plus beau mot de la langue française est "connivence" et vous?

2. L'effort de la sagesse...
Ecrit par fzanone. 23-12-2006
N’en déplaise à Carlos le séducteur, mais je ne pense pas que la sensibilité de Socrate ait été très proche du plaisir de se gratter la jambe ou de se sucer le pouce.

Que je sache Socrate n’a jamais revendiqué le statut de philosophe. Le mot philosophe n’existait pas encore. Mais les philosophes ont revendiqué Socrate comme père de la philosophie.

De quel sagesse et de quel amour s’agissait-il ? Socrate a dédié sa vie à la cité grecque c'est-à-dire au bien commun. Se préoccupant de la chose commune à grande échelle, la res-publica, il faut nécessairement envisager les moyens de se mettre d’accord avec les autres hommes sur le monde en général.

Les hommes étant identiques par la raison et par la folie le choix est simple. La raison s’impose aisément parce qu’elle unit, contre la folie parce qu’elle divise.

C’est le choix de la sagesse et cette conviction devient pour Socrate une règle absolue qui s’impose au niveau de la connaissance du vrai comme base de la politique.

Un amour de l’éthique en quelque sorte. On sait que cette posture n’eut pas de réussite aussi bien pour Socrate que pour Platon et que le divorce entre la philosophie et la chose publique est consommé depuis cette époque.

Pour autant faut-il ne pas aimer la sagesse ? Faut-il préférer la déraison ? faut-il préférer la politique quand elle est gouvernée par des intérêts personnels ? faut-il préférer une perception erronée du vrai pour soi et pour les autres? Faut-il abandonner à la déraison un monde commun indispensable à la vie privée ?

On peut ne pas aimer la sagesse, certes... mais si on fait un effort on y arrive.

Francis

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