Qu’est ce que le silence d’un point de vue philosophique ?

Débat animé par Daniel Ramirez au Forum-104 le 15/10/2011

 

Choisir de parler du silence dans un café philosophique est paradoxal puisque pour en parler il faut rompre le silence. En philosophie, d’ailleurs, à l’exception de Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra  et en omettant le silence de Heidegger (qui met les philosophes plutôt mal à l’aise), il en est rarement question.  La philosophie s’appuie plutôt sur la parole et en premier lieu sur celle d’autres philosophes.

Mais le sujet fut choisi à une large majorité et a délié les langues. Nous nous sommes donc posé la question : qu’est-ce que le silence ?

C’est une vulgata que de dire que nous cherchons le silence parce que nous vivons dans un monde bruyant.  Le silence apparaît d’emblée comme une absence de bruit. Est-il une simple absence de perceptions auditives ou va-t-il au-delà de cette absence et permet-il d’autres perceptions ?

Il peut apparaître comme un luxe ou comme une pesanteur, à l’image de la solitude : il y a celle que l’on cherche et celle que l’on craint. Alors de quoi parlons nous exactement ?

 

De quel silence parle-t-on quand on parle de silence ?

Nous avons collectivement évoqué différents silences, comme s’il y a avait des types de silence différents ou des niveaux de silence différents.

Faute de pouvoir convoquer une définition, nous nous accordons sur le fait qu’il est double : soit émis soit perçu, d’où un premier paradoxe : comment peut on percevoir ce qui est non perception?  S’il s’agit d’une non perception, c’est-à-dire d’une absence, il s’agit d’un non être sur lequel la philosophie achoppe.

Pourtant,  le silence est la première chose à faire pour philosopher.

Il y a bien en effet le silence que l’on fait en soi pour réfléchir, avant toute parole, le silence que l’on fait pour écrire, le silence support de l’écoute qui fait exister la parole de l’autre. Il y a le silence intérieur de la médiation, le silence mystique, mais aussi le silence de Dieu, principal argument contre lui, d’ailleurs, qui nous laisse sans explications dans la souffrance et l’abandon, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour celui qui est Logos, c’est-à-dire « le verbe ». Mais peut être est-ce ce silence qui permet la création, dit Daniel, la création serait le silence même, ou le retrait du verbe créateur.

On peut encore ajouter à notre inventaire le silence du non-dit, le caché, le silence imposé, le silence des opinions dans les dictatures, le silence de ceux qui sont sans voix, le silence du résistant, le silence pesant des secrets de famille, celui plus heureux de la complicité, l‘absence d’écrit qui est un silence quand ne rien dire c’est encore dire quelque chose.

 

Y-a-t-il quelque chose de commun à tous ces silences ? Et quelle est la valeur du silence? 

Pour certains, le silence est une vraie valeur dans une société du bruit et du bavardage. C’est aussi un luxe que de se permettre le silence, luxe que n’ont pas les personnes aphasiques par exemple. Pour d’autres, c’est un outil et une pratique, le silence d’un point de vue instrumental, qui ne serait donc pas une valeur en soi.

Il est dit également que le silence est un rapport au temps, qu’il est un temps du silence qui succède au temps du bruit, un temps de la rencontre à l’inverse du remplissage à tout crin, qui permet de mémoriser, de graver en soi la couleur du monde. Un temps de la lenteur. Peut-être en même temps qu’une ouverture est-ce un détour de la question que d’évoquer le silence comme temps du silence, suggère Daniel. Le silence permet en tout cas de saisir le passage du temps ou de s’en évader. Chez Rimbaud, l’éternité c’est une image silencieuse de « la mer allée avec le soleil ». Si le silence permet la saisie du temps, est-ce à dire que la parole nous en détourne ?

 

Il est rappelé que nous sommes des êtres sociaux et grégaires et que nous cherchons la parole et la communication. Paradoxalement, la communication nous manque et le silence nous manque aussi, mais lorsqu’il est là il peut également nous faire peur : «  Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie »  disait Pascal (Pensées, 206) Le silence a donc une dimension existentielle, métaphysique.

Après tout la parole n’est peut être pas originaire, plutôt le chant, la poésie, la danse. En musique, le silence est essentiel et la fait littéralement. Beethoven, dit Daniel, est le musicien du silence et de la rupture. Miles Davis affirmait pour sa part que «  la véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer le silence ». Parallèlement, on ne peut pas opposer parole et silence, l’un étant tissé de l’autre. Silence et parole ont en commun de s’opposer au bruit, comme la musique s’y oppose.

 

Revenons à certains silences évoqués au début.

Le silence mystique en est-il vraiment un ? Dans ce silence on attend une parole, celle de Dieu. Est ce donc un silence ? Dans le silence que l’on fait en soi, on peut y chercher la voix intérieure ou l’intuition. Ces silences n’en sont donc pas et sont instrumentaux. Le silence dans le langage a une valeur instrumentale, nous cherchons autre chose. On voit qu’il y a des niveaux de silence différents.

 

Que serait un silence non-instrumental ? Quel silence  cherche-t-on et quel silence fait-on ?

Saint Augustin parle d’un monde intérieur, d’une voix intérieure qui commence avec le silence à une époque où on commence seulement à lire en silence.

Rousseau fait silence pour écouter la nature alentour et celle qui s’exprime en lui (Les Rêveries du promeneur solitaire). On est aliéné si on ne sait pas faire silence en soi.

Quand la communication est plus profonde, on se regarde sans se parler.

Est-ce un équilibre avant la parole ? Puisque le silence est une absence il n’équilibre rien : dans le dialogue c’est une parole qui équilibre une parole.

Fuit-on le silence ou l’ennui ? On ne fuit pas l’absence mais l’ennui, la pauvreté de l’imaginaire, le manque de relief du réel qui ne fixe notre attention nulle part (définition que nous avons donnée de l’ennui dans un débat précédent).

Y a-t-il une éthique du silence ? Ce qu’il conviendrait de dire, ce qu’il faudrait faire. Peut être en affirmant par là une position citoyenne, on peut bâtir une philosophie ou une politique du silence. Une piste pourrait s’annoncer à la lueur des expressions « faire silence » ou « garder le silence ».

 

La valeur propre du silence nous échappe à chaque fois.
L’être repose sur du silence ; le silence c’est le temps du silence, qui nous permet de percevoir le silence du temps ; il succède au temps du bruit qui nous permet de ne pas le percevoir et de ne pas nous percevoir nous-mêmes.

Mais puisque nous sommes des êtres de parole, pourquoi fuir notre nature ?

Il faut le silence du calme mais il faut aussi un silence qui permette à la pensée de se placer.
Du silence nous ne pouvons presque pas en parler car c’est le rompre et pourtant on ne peut rien dire de véritablement significatif  sans lui. Si l’on dit qu’on « meuble » le silence, pour le fuir, quand la parole ne vient pas spontanément, quand il n’y a rien à dire, peut être que le silence ne doit pas tant être « meublé » qu’ « immeublé », bien que le mot n’existe pas. Il s’agirait de construire son habitat c’est-à-dire de bâtir un monde en nous dans lequel il puisse demeurer pour lui-même, et l’accueillir et l’abriter avec l’intuition qu’il abrite lui même quelque chose de précieux pour nous, loin de nos activités et de nos bavardages.

Elodie Gillibert

avec les notes de Véronique Lejoindre

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Enfin de la philo!
Ecrit par Un lecteur. 25-10-2011
Merci pour ce nouveau compte-rendu de débat. Ca commençait à manquer. C'est un très beau sujet, écrit avec agilité et clarté. Dommage qu'aux Phares on n'a plus de débats de cette qualité, depuis que des pseudo animateurs paradent au micro pour leur quart d'heure de gloire. Ca ronronne.
Mais c'est une très bonne idée d'ouvrir es pages à d'autres cafés-philo. En effet, je n'avait pas pensé que le silence puisse être une notion philosophique. Je m'aperçois que c'est peut-être une de plus nécessaires.

2. Le silence parlant
Ecrit par Geo Brux Belg. 25-10-2011
Après avoir parlé n'oubliez pas d'effacer tous les commentaires et le compte-rendu...pour faire le silence...via des vieilles habitudes habituelles...;-)

"Le langage réalise, en brisant le silence, ce que le silence voulait et n'altérait pas."
[Maurice Merleau-Ponty]

3. Le silence de Nietzsche
Ecrit par Daniel Ramirez. 26-10-2011
Merci à Elodie et à Véronique pour ce compte-rendu à 4 mains (deux têtes). Il est évident que deux personnes retiennent plus qu’une et que la mise entre parenthèse de l’égo d’auteur, qui se regarde écrire est aussi de bon augure.
Dans ce débat si concentré sur la notion du silence, nous avons touché de près les limites de la pensée, le silence étant une des notions le plus fuyantes et difficiles, comme il est dit dans le compte-rendu, de qu’on en parle, nous ne sommes plus dans le silence. Mais même si on se tait, on tait quelque chose et ce que l’on tait parle encore dans son être réduit au silence qui n’est pas être silencieux.
Cela mérite donc que l’on continue à réfléchir. Le temps est au bruit et même à la fureur (ça va souvent ensemble).
La question m’a été posée durant le débat de la position de Nietzsche à ce propos, puisque j’ai signalé que c’était une des exceptions, les philosophes n’en parlent que rarement.
D’abord tout le « Zarathoustra » est une sorte d’éloge du silence, celui des hautes cimes de la vie et de la pensée. Lui-même s’en réfère ainsi. Mais il est évident que ce silence ne s’épuise jamais dans son utilité. Il accompagne ce qui est grande, tout au contraire de ce que l’on croit aujourd’hui : les grand événements « font grand bruit ». Comme un volcan. Zarathoustra vint s’entretenir avec un volcan qu’on appelle « chien de feu ». Voici ce qu’il lui dit : « Et crois mois, mon amie le vacarme d’enfer ! Les plus grand événements, ce ne sont pas nos heures les plus bruyantes, mais nos heures le plus silencieuses » (« Des Grands événements », 2e partie).
Justement, « l’heure la plus silencieuse » c’est le titre d’un autre chapitre (toujours 2e partie), un magnifique exemple de phénoménologie poétique : Zarathoustra dialogue avec lui-même sur l’indécision, et l’on ressent ce que coûte de prendre une décision que par ailleurs est déjà reconnue comme une nécessité absolue (en l’occurrence, repartir à nouveau dans sa quête, abandonnant ses amis, pour affronter sa dernière vérité). Ainsi il entend le silence qui vient parler : « L’aiguille avançait, l’horloge de ma vie a retenu son souffle, – jamais je n’ai entendu pareil silence autour de moi, si bien que mon cœur fut saisi de terreur. […] Alors il eut une parole sans qu’il y ait aucune voix ». Cette parole n’est que la sollicitation de la parole que le personnage ne voudrait pas prononcer. Ainsi cette parole sans voix commine Zarathoustra à la dire : « Qu’importe ton sort, Zarathoustra ! Dis la parole qui est en toi, et puis, brise-toi ! ». C’est un appel, dans un sens éminemment mystique, pour tout quête fondamentale à lâcher prise, même si l’on ignore où cela mène « Qu’en sais-tu ! La rosée s’étend sur l’herbe au moment où le silence de la nuit est le plus profond ». On connait de cet « échange », cette chute, que l’on cite souvent, comme on cite souvent Nietzsche (c’est-à-dire sans le connaître) : « ce sont les paroles le plus silencieuses qui apportent la tempête. Les pensées qui mènent le monde viennent sur de pattes de colombes ».
Il y a maintes autres phrases que l’on pourrait citer de cette œuvre unique, mais voici une autre, tiré des Dithyrambes pour Dionysos (3) :
« "Silence !
Face aux grandes choses – et j'en vois de grandes -
Il faut se taire
Ou parler grandement :
Parle haut, ma sagesse extasiée !
Je regarde là-haut,
où roulent des mers lumineuses :
O nuit, ô silence, ô bruyant silence de mort !
J'aperçois un signe :
Du plus lointain des lointains
Vers moi lentement descend, étincelante, une constellation... »
Lorsque l’on sait que la maladie (ou autre chose ?) réduisit le philosophe au silence pendant les 10 dernières années de sa vie, cela prend un sens particulier.
Daniel

4. Merci!
Ecrit par Un café-philiste occ. 27-10-2011
Très beau ce texte. Je regrette ne pas avoir pu assister à ce café-philo. Mais pour y avoir été, je peux vous dire que c'est un vrai plaisir, vu la qualité de l'écoute et la concentration de tout le monde. Le silence, d'ailleurs est une des caractéristiques que ce café-philo doit être le seul à posséder. Un luxe. La synthèse qui fait Daniel Ramirez à la fin est un moment très attendu.
Je trouve que c'est une excellente idée d'inclure ici des comptes-rendus d'autres cafés-philo.

5. Le Grand Silence
Ecrit par Escape. 28-10-2011


« Un anti-prédicateur méprisait l'agitation des villes. Contre la pollution sonore, il avait des cassettes de silence, qu'il écoutait au volume maximum. —— De telles cassettes me seraient bien utiles, pour faire taire mes contemporains. Je ne sais ce qui est pire, de leur verbosité ou de leur inconsistance. —— Ne te méprends pas, s'ils parlent tant à travers, c'est d'abord parce qu'ils ne savent pas écouter. »

Comme il ne s'est pas manifesté, on peut dire que le Grand Silence règne partout. Certains s'obstinent à vouloir l'entendre et de ce fait leurs oreilles bourdonnent. Le bruit du bourdonnement, est-ce encore le Grand Silence ?

:: source = http://www.colloque-des-oisives.org/cgi-bin/kholwiki.pl?action=kholok&page=abg1&options=&etats=SA&actions=&lng=fr ::

6. Mais qu'est-ce que le silence?
Ecrit par Une internaute. 28-10-2011
Très suggestif tout ça, en effet, beaucoup d'idées et j'imagine que le débat a été passionnant. Mais pourriez-vous nous dire si vous êtes arrivés finalement à donner une définition philosophique du silence?

7. des définitions
Ecrit par elodie. 28-10-2011
celle qui est donnée à la fin et qui tente de définir le silence que l'on cherche et sa valeur. Pour pouvoir définir, il allait en préférer un.La notion est apparue trop protéiforme pour pouvoir en dégager une définition globale. Si vous en avez une, à vous la parole...

8. Il était temps!
Ecrit par Caféphiliste. 29-10-2011
Je salue le retour des comptes-rendus. Il était grand temps. Et si les débats du café des Phares ont été réduits au silence par cause de prise de pouvoir illégitime et grosse caricature de démocratisation (tout le monde et n'importe qui vient animer, sous les ordres d'un seul), il est heureux qu'il y ait encore des cafés philosophiques comme celui du Forum-104.

9. Définir le silence?
Ecrit par Daniel Ramirez. 02-11-2011
Je voudrais ajouter une petite chose par rapport à la demande de définition de l’internaute (6). Elodie a raison : il est très difficile de donner une définition de notions aussi protéiformes. Le même problème nous le trouverons évidement par rapport à l’être, à la liberté, à la vie, etc. Mais alors, peut-on discuter philosophiquement à propos d’une notion que l’on ne peut définir ? Je pense que oui. Nous ne restons pas dans la même situation intellectuelle après le débat. Les débats dont on se souvient longtemps après sons ceux qui nous ont fait bouger, ne serait-ce un peu. Je crois que pour la question du silence, c’était un peu le cas.
Nous ne considérerons pas l’opposition bruit-silence de la même façon, si nous la mettons ensemble avec l’opposition parole-silence. Les deux se fécondent réciproquement. C’est un des mouvements le plus intimes de la pensée philosophique, auquel je tente d’être le plus attentif lors des cafés-philo, quand une situation de cette sorte est mise en lumière.
Et lorsque la notion résiste, nous pouvons quand même essayer de dire quelque chose. Au moins sous la forme d’un argument transcendantal. La philosophie a des recours que l’attitude non-philosophique ignore.
Comme le compte-rendu le montre très bien, il y a quelque chose d’originaire dans un silence qui est caché ou occulté par une parole divertissante, dans le sens de Pascal. Nous nous détournons de ce fond abyssal avec effroi et nous nous réfugions dans le bavardage. En même temps, toute parole essentielle (et toute pensée essentielle) n’est possible que sur le fond du silence, comme la musique, selon la formule de Miles Davis, citée par Elodie. La pensée essentielle, la mise en question fondamentale (dans certaines traditions on dirait le verbe prophétique) est réduite au silence par le bavardage. Il faut faire taire le bavardage pour que le verbe essentiel (poétique, philosophique, prophétique) puisse advenir. Autrement dit, il faut faire taire ce qui fait taire, il faut réduire au silence ce qui réduit au silence nos existences. C’est le but, me semble-t-il de ce qu’on appelle « méditation ».
On peut donc s’approcher de quelque définition du silence : une des approches est déjà suggérée dans le compte-rendu ; il s’agit de la définition opérative, négative, double : le silence est l’absence de perception auditive de bruit (appelons-le « silence physique ») et l’absence de parole humaine dans le cas où elle est possible ou attendue (appelons-le le « silence social »). C’est ce dernier qui peut être un silence pesant ou oppressant.
Mais il y a une autre voie qui conduit à une définition sui generis ; elle est transcendantale, ou si l’on préfère, métaphysique : dans cette perspective, le silence est la condition de possibilité de toute pensée essentielle (appelons-le « silence primordial » ou « originaire »). La parole et la pensée, la musique et la poésie le présupposent, ne le brisent pas. En niant le silence physique par la parole vraie, la pensée affirme le silence primordial qui la rend possible, tout comme la musique. Le bruit ne nie que le silence physique, il n’a pas de prise sur le silence originaire ; le bavardage nie en même temps le silence physique que le silence primordial. C’est pourquoi il est une forme de violence.
Le véritable terme opposé au silence, n’est ainsi, ni le bruit ne la parole, mais la violence. Chercher le silence profond de l’âme, ce silence-source, est une forme de résistance. À ce niveau-là, l’autre nom du silence est « liberté ».

10. Etonnant!
Ecrit par Un provincial. 05-11-2011
Ce sont là des très belles réflexions. Je n'imaginais pas un tel sujet. Je remercie à tous ceux qui participent. Le parisiens ont bien de la chance d'avoir des cafés-philo de cette qualité. Cette réflexion de l'animateur à propos d'un "silence primordial" me fait penser à Krishnamurti et à Karlfried Graf Durkheim. Ce dernier a écrit "Le Japon et la culture du silence"(1949) et "Le zen et nous" (1961), où il aborde de thèmes proches à ce que dit Daniel Ramirez ici. Mais ces auteurs ne sont pas du tout considérés comme de philosophes.

11. Quelques livres sur le silence à lire...en silence pour expérimenter la liberté d'un tel silence
Ecrit par Véronique. 05-11-2011
Eloge du silence de Marc de Smedt
L'insondable Silence de Jean Klein
Apprendre à faire silence d'Anselm Grün
Le Silence des Livres de George Steiner

Et pour citer Krishnamurti, ce grand philosophe et maître spirituel indien évoqué par l'interlocuteur précédent "Le silence est le "langage" de la pensée, de ce dialogue intérieur que notre âme entretient avec elle-même"
Bon silence à tous !

12. promenade
Ecrit par linda. 05-11-2011
Promenade
Une semaine consacrée à la célébration des saints et des morts, a brisé le silence des cimetières. Ce silence là évoque l’absence infinie, la séparation, l’obscurité, mais un mystère subsiste devant tant de respect, de manifestations d’amour et de générosité, de témoignages de vie, de souvenirs heureux, de prières, etc. On ne peut s’empêcher d’éprouver une forte émotion. Devant la tombe d’êtres chers, bien sûr, dont on retrouve l’image, la voix, le souvenir des moments vécus, mais aussi parmi les tombes d’inconnus, célébrités ou êtres ordinaires. Cette charge émotive que dégagent ces lieux est comme une brise d’hiver transportant des milliers de pensées, de douleurs et d’amour. Le lien irréductible avec la communauté des vivants

13. quelques notations..
Ecrit par gtissier. 07-11-2011
Dans Le Cid, Chimène se retire en disant : « Je cherche le silence et la nuit pour pleurer". La forme de la metaphore est double puisqu'il s'agit pour elle de faire cohabiter l'amour et le devoir dans un indicible que seules les larmes peuvent visiter.

Sur une thématique assez proche on trouve chez Aragon cette pensée “le silence a le poids des larmes » Dece poète, nous savons qu'il n’y a pas d’amour heureux.Cela veut-il dire que la souffrance de l’amour assumé se vit forcément dans le silence de son non-dit, qu'elle est dans le silence, le non partage, le prix de la liberté d’aimer?

Comme dans la pensée ésotérique qui aime à opposer des contraires, on peut proposer que parole et silence portent en eux l'essence de principes opposés. Ceux dont la vie traduit une lutte passionnée et incessante dans la manifestation de l'Esprit.

Mais le silence fait aussi frontière : lorsque qu'il fait lien et sépare les initiés des profanes. Par exemple dans les rites maçonniques et dans le silence du secret qui les fonde.

Le silence est-il une totalité indiscernable en son sein?C’est au demeurant la parole qui dessine la totalité du silence. Ceci dans notre for intérieur en tant qu'il est le siège de l’âme et de la pensée. Mais aussi dans le recueillement des lieux de culte qui lui confèrent son espace sacré.

Le silence est-il seulement le moment d’une alternance, d’un cycle ou bien d’un temps ? Pas si sûr car le silence de la mort prend la figure de l’éternité pour les athées. Et le silence de Dieu questionne, quant à lui, la foi dans sa pérennité...

Philosophiqueemnt le silence est pour moi comme le temps.Nous pouvons en parler mais en somme,qu'en savons nous vraiment?





14. Eloge de la parole
Ecrit par Daniel Ramirez. 10-11-2011
Juste un mot pour vous dire, et cela inspiré de la promenade du jour des morts de Linda, que le silence est souvent la seule réponse que l'on trouve face à la mort. C'est pourquoi la "minute de silence" que l'on respecte parfois... et pourtant des paroles sont nécessaires (évidemment pour les vivants). Je regrette de plus en plus les moments d'adieu à des êtres proches actuellement, où l'on ne trouve ni le moment du dire ni les paroles qui manquent tellement. Il es vrai qu'elles sont insuffisantes, pauvres, ou plutôt indigentes, comme elle le sont aussi pour dire l'amour. Mais ce n'est pas, ce n'est nullement une raison suffisante pour ne rien dire, sauf à être effondré, ce qui peut arriver. Il y a maintes raisons, en revanche pour chercher, pour aller chercher je dirais, au fond de nous, ces paroles, qui, entourées de silence, disent quand même un peu ce qui ne disent pas suffisamment. Le silence pur et simple, dans bien des ces cas, c'est un échec, une facilité. Cette parole difficile, quand elle vient de cette zone de conscience de l'indigence de l'être reconnaissant sa propre insuffisance, ne brise pas le silence (le silence primordial). Elle le rallie à sa cause, elle le prend à témoin, elle le convoque comme une chambre de résonance. La parole sincère, même simple, se pare du silence qui l'entoure. Celui-ci est chargé de "milliers de pensées", ce lien irréductible dont par le Linda, peut-être d'après Michelet : «Ainsi se fait une famille, une cité commune entre les vivants et les morts» ("Des justices de l'histoire", Préface).

15. si intéressant et émouvant
Ecrit par patrick. 16-11-2011
Tout d'abord j'applaudis aussi en coeur avec tous; et remercie Daniel pour ce café-Philo qui était absolument magnifique.
Aussi pour son dernier commentaire tellement beau, brillant, mais aussi plein d'empathie et d'émotion très forte et profonde (reçu ainsi de mon côté): j'en suis encore à genoux (comme à la fin des café-Philos;))

Donc pour rebondir sur celui-ci et linda, je voulais partager avec vous quelques réflexions sur ce Méta-Silence-Primordial qui me venait à l'esprit grâce à vous:

Je lis plus haut que Daniel donne comme terme contraire à ce "silence" , le terme de "violence" (ceci après toute une réflexion). Et qu'ainsi l'autre nom de ce silence est "liberté" ... je trouve cela magnifique encore une fois, et cela me parle beaucoup ... :
Je voudrais donc ajouter à cela le fait qu'on avait parlé pendant le débat, de cette impossibilité de définir "le silence". Tentant cela, on en était arrivé au concept de "non-être", qui cependant ne peut être "compris" que par sa négative, soit par le concept d'"être". Bref Daniel avait indiqué qu'on touchait là à la Question Ontologique Première. (il me semble arriver là à quelque chose qui se mord la queue: le Plus Beau et l'Ultime Casse-Tête dirait-on...). Puis donc, cherchant la source du "dire" (communément considéré comme le contraire du "silence"), Daniel avait indiqué qu'il venait de "logos", signifiant "rapport" ("ratio" en latin).
Or, si à présent je réfléchis à ce qu'est l'opposé de "Rapport" (ratio//logos//dire), ceci pour revenir, retrouver et mieux appréhender la notion de "silence"; je parviens à ce même "Rapport", mais vu en miroir ("troppaR ?" (sourire)). Et c'est en effet logique que le contraire de tout "dire", est aussi son complémentaire... : "dire" quelque chose, forcément, exclut ce qui n'est pas dit. Pour en rire, j'ai envie de dire : "Rassemblons le tout et c'est ok !";)... d'où la beauté de la dernière remarque de Daniel sur la nécessité et la force de la "minute de silence" dans les cérémonies a la mémoire d' êtres aimés mais partis. Aussi le fait qu'on ne peut se satisfaire de cela: et que toute parole, même un peu ridicule, car forcément inadéquate, se "pare de ce Silence Primordial" qui nous entoure tous alors (et nous fait et nous constitue), et en devient belle, touchante, consolatrice, "rassemblante".

Finalement je me dis qu'on est tous "Un" devant la Mort ("Un": L'Unité de tout et tous: cf théorie de l'Advaita Vedanta...). Non pas parce qu'elle est terrible mais parce qu'on ne peut pas comprendre. Et que c'est le bon côté de cela, et que c'en est, il me semble, Immense, émotionnellement et intellectuellement.

Maintenant je voulais faire un lien avec les traditions d'Asie, du fait qu'elles ont été évoquées durant le débat et qu'elles entrent dans notre culture peu à peu. J'en arrivais donc avec la dernière remarque de Daniel, à la Compassion du coeur si naturelle (et logique), que l'on a les uns envers les autres, d'abord dans ces moments difficiles (même si l'on ne le sent pas, ou que l'on ne le sent plus):
Ainsi donc il y a de la souffrance autour de nous; et aussi en nous. Et l'on sait à présent qu'on ne peut comprendre (tout comprendre); or pourtant l'on pense comprendre chaque jour un peu plus, et c'est le cas souvent. Aussi l'on dit et l'on fait chaque jour un peu mieux (au moins on essaie, et là aussi c'est souvent le cas). Or C'est un sens, il me semble, de la Prajnaparamita bouddhiste (grossièrement : http://fr.wikipedia.org/wiki/Prajnaparamita), dont le mantra raccourci signifie à peu près : "aller, aller, aller au-delà, au-delà du par delà, que l'éveil soit réalisé!" (Tadyathā [om] gaté gaté pāragaté pārasamgaté Bodhi Svāhā ) (pris sur le net un peu au hasard).
Ce texte indique que théoriquement, l'Omniscience est possible, (->l'Eveil). Mais cependant qu'il est aussi impossible, ou plutôt, inappréhendable individuellement. (c'est là ma réflexion personnelle en cours, donc difficilement exprimable); ceci puisque ce processus n'a pas de fin (indiqué par les mots d'aller "au delà", puis "au delà du par delà", puis, etc etc etc). Je comprends donc à l'instant pourquoi c'est le texte phare du Mahayana, qui inclue tous les êtres dans le processus d'éveil de l'un.

Oups je suis limité à 5000 caractères : j'ai mis le texte complet ici :

http://www.droitsdeletre.net/lesilence

16. la suite
Ecrit par patrick. 16-11-2011
(Je suis bête, il suffit de coller la suite ici :)


Bon trêve de trop vouloir comprendre ceci par ce chemin... (me vient ce vieux proverbe nordique quelque peu comique et plein de bon sens sur la nécessité de partager et d'avancer ensemble: "Chacun devrait être modérément sage. Et non trop sage. Car le coeur d'un homme sage est rarement heureux")...

Donc maintenant ce lien très simple me vient à l'esprit : Le fait que tout ceci me rappelle vraiment le processus de pensée et de compréhension auquel on se livre durant ces débats:
De fait, à chaque fois on affine, on progresse, et on approfondit les choses, les concepts (autre phrase citée par Daniel: "Le contraire d'une Vérité est une plus Grande Vérité").
Maintenant l'aspect concret et très important de tout cela qui me vient (de ces débats, de toute réflexion philosophique): c'est qu'évidemment, nous pouvons ensuite "dire mieux" ailleurs, "agir mieux", et continuer(propager) ailleurs ce processus d'auto-enrichissement-et-auto-correction les uns des autres. Cela est simple, beau et logique. Et cela me rappelle vaguement ces livres qui parlent de stratégies gagnant-gagnant.

Maintenant, je reviens sur autre chose d'évoqué de très intéressant:
Le fait que la prose est de la poésie prosifiée; qui elle même n'est finalement que du rythme et de la musique si l'on y réfléchit un peu; et que tout cela découle des rythmes du corps (lui-même lié au saisons d'ailleurs; à la Terre et la nourriture qu'elle prodigue, etc); donc que le langage premier est lié aux instincts primaires tels ceux des animaux (// cris de soulagement, par exemple "Ah!"; d'efforts, de surprise: "Oh"; de peur, de frustration, d'agression, de soulagement, etc); continuant ainsi on en arrive au fait que tout est matière pour certains: vibrations de particules etc (allusion aux découvertes scientifiques sur la matière, sur la notion d'onde et de particules, sur la lumière, ...)(lien -> OM hindouiste: "...hhHHAAAAOÔOooommmmm...").
On ré-approche là de la question Ontologique Première . Et je repense là aux diverses Cosmogonies des différents peuples. Aussi au fait que la Science est peut-être en train d'élaborer la sienne: notamment avec ce qui se passe au CERN en ce moment (Science et Vie d'octobre 2011 par exemple) avec cette recherche de la "Particule de Dieu" (Boson de Higgs). Particule élémentaire qui si elle n'est pas trouvée, oriente vers la "théorie des cordes" prouvant (il parait) le fait qu'il y a une infinité de dimensions (vérité dispensée de longue date par les différentes spiritualités). Je pense aussi rapidement aux outils conceptuels amenés par la physique quantique, aussi à la science du Chaos (les fractales), etc...
Tout ceci concrètement, légitimant cette bonne et belle intuition (et dire et expériences de certains) du fait qu'il n'y a pas de fin à la Découverte et à l'Emerveillement face à la Vie, ceci de par le Silence Primordial (parallèle avec Shiva, ou bien avec "Dieu le Père") pourrait-on dire; et qu'il n'y a pas de fin non plus à nos possiblités les uns envers les autres et envers et par l'Univers ("Connais toi toi même et tu connaitras l'Univers et les dieux").
Maintenant étant tous dans une dimension différente du fait de notre histoire propre unique. On en arrive au fait que chacun est pour l(es) autre(s), une possibilité d'enrichissement infini... et vice-versa... hum hum...

Bon, à la suite de la conférence je suis allé manger au Charivari à 15 minutes de là (j'ai vu que Daniel était aussi super crevé de ce beau moment)... c'était vraiment bon: j'étais dehors au soleil, et les gens étaient sympas et intéressants. Par gratitude pour ce chef qui choisit lui même ses produits, et parce que j'ai vraiment faim maintenant aussi, je donne son adresse : 143 bd Raspail
http://www.tripadvisor.fr/Restaurant_Review-g187147-d2102930-Reviews-Charivari-Paris_Ile_de_France.html

je ne sais plus quoi dire :
merci encore,
et rdv au Charivari la prochaine fois.
(ou peut-être avec vous si je... mmm... si les pizza sont au niveau et si le Silence Primordial le veut bien;)

:)

patrick de Vallois

17. Le silence et la pizza
Ecrit par Daniel Ramirez. 21-11-2011
Merci, Patrick, pour le partage de tes réflexions. Je doute que les pizzas soient si bonnes que ce que l'on mange au Charivari, mais nous avons cherché le moins cher possible, pour que personne ne se prive par des raisons économiques, certains que la bonne compagnie et le partage des moments d'amitié est pour beaucoup dans le plaisir de manger.
Quant au silence primordial, voici quelque lignes:
"Même au milieu du bruit, le silence de l'Etre authentique résonne, et fait retentir sa tonalité éternelle. Aucune oreille humaine ne peut l'entendre. L'entendre, pourtant: tout es là. Le silence de l'Etre authentique n'est pas seulement là où se tait le bruit du monde. De sa façon d'écouter, dépend que l'homme perçoive le silence de l'Etre dans le silence du monde, ou même au milieu du bruit"
Karlfried Graf Dürkheim, "Le son du silence" (Cerf, 2008), p. 36)

18. silence
Ecrit par patrick. 12-12-2011
Merci daniel,
presentement je suis au Cap Vert (voulant me reposer),

tres peu de temps pour ecrire mais je m etais dit justement apres avoir ecrit mon long "presque delire",
que finalement tout vient du Vide-Vacuite-Silence Primordial-Interdependance- etc

Tres beau cette phrase de Karlfried G D...
mais pour la pratique, le concret; pour que " "ma" facon d ecouter se fasse plus subtile chaque jour etc", c est bien d aller ecouter ailleurs; pour mieux vous et m ecouter, en revenant...

Aussi devant la mer si apaisante je me suis dit hier: les mouvements de l ame sont les memes que les mouvements de la nature... et puis ultimement tout etant la nature, tout est mouvement de mon/de notre ame...

19. delassement
Ecrit par patrick. 13-12-2011
Dernieres remarques serieuses concernant cette belle citation tres "zen" de Karl G D :

Cet "Etre authentique" dont il parle me rappelle aussi Shiva dans l'hindouisme:
Celui-ci est ce qu'il reste lorsque tout le reste de l'Univers n'est plus (avant qu'il ne soit recree par Brahma je crois... tout est cyclique chez eux... ou en spiral...).

Et ce que je trouve beau dans la vision indienne des choses, est que l'Univers tel que nous le vivons, donc l'Univers manifeste, correspond a la danse de Shiva (Dieu qui danse... )

Or cependant, le Shiva "meditant" ou "pur non manifeste"; est toujours derriere... et correspond donc je pense a "l'Etre authentique" de Karl G D, et au "Silence Primordial" dont tu parles...

Bref pour les hindous, tout et tous est Dieu... mais nous l'avons oublie... nous jouons/apprenons donc a nous reconnaitre les uns les autres, a nous retrouver... ou plus gaiement: Dieu se divise, puis joue lui meme a se retrouver, a se reconnaitre, etc... ( c'est la LILA de Dieu il me semble, ... le "Jeu" de Dieu... (:hum hum pour cette epoque et nous autres, occidentaux)...)

petite farce concernant cette phrase de Karl G D pour finir (car cela fait assez lourd de parler de tout cela sur internet):

l'Etre Authentique dans le bruit du Monde ou quand ce bruit se calme... d'accord...
mais quand c'est toi qui parle... (toi qui a cette experience)... tu parviens a l'ecouter ?

(est-ce nous qui ecoutons ou est-ce lui/cela qui nous ecoute ?... qui ecoute qui dans la vie, dans le monde, ? ... les corbeaux, les renards, les dieux ? les hommes ? la matiere ? l'esprit ?... qui (e)meut qui ? ... qui agit (qui), etc... )

(bon; et puis je vois deja venir a moi l'art du tir a l'arc comme reponse de ce Karl G D... bauof... ben voila, c'etait une petit saillie d'arrogance juvenile... ca fait toujours du bien...)

Au plaisir,

patrick

20. Silence à vendre
Ecrit par 24heures. 17-12-2011

Curieux de découvrir plusieurs écrans de commentaires où le silence n'est jamais perçu à la sauce freudienne, j'entends : celle du refoulement.
Dans le cadre d'un transfert, d'une simple discussion, parfois, le silence arrive et cette butée de la pensée en dit souvent bien long... Rien à dire. Le silence marque alors l'émotion devant un vertige, quand la pensée cesse son cours, et s'ouvre l'abîme de l'inconscient.
L'inconscient comme résident du silence ?



 
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