Y a-t-il une vraie vie après la mort ?

Le vrai est comme le faux, disait Guy Debord, ce qui explique peut-être l’échec d’une douzième Fin du Monde, entraînée cette fois par l’inversion des pôles et devant se produire à Bugarach, commune de 26 km2 et 200 habitants, bâtie à 480 mètres d’altitude au pied d’un pic de 1.230, et sous laquelle serait planqué le Saint Graal, alors que le scoop apocalyptique était prétendument récolté dans un étrange Calendrier Maya puis véhiculé par Internet ce qui, par contagion, a provoqué un spectaculaire boom immobilier dans cette municipalité et où, doublant le nombre des villageois qui, le trouillomètre à zéro, l’attendaient, s’est cassée les dents la meute de journalistes du monde entier, venue donc le 21/12/12 scruter la nouvelle prophétique, qui s’ajoutait aux 182 déjà annoncées pour notre planète. L’effroyable « Révélation » n’ayant donc pas été suivie d’effet, le débat du 23-XII-012 a pu avoir lieu comme habituellement au Café des Phares® et, pour rester dans la doxa « Y a-t-il une vraie vie après la mort ? » fut le thème tragi-comique que Raphaël Prudencio, a choisi pour nous dessiller et laisser encore un peu d’espoir aux pauvres mortels que nous sommes, alors que le 2 Novembre était déjà dans les limbes. Et pourquoi pas une autre vie avant la mort, comme Chateaubriand entrevoit dans les « Mémoires d’outre tombe » et Bernardo Soares, alias Fernando Pessoa dans « Le Livre de l’Intranquilité » ?

Si donc l’on portait prosaïquement sur ce sujet incongru le regard inquiet de ceux qui ne vivent que de vivre, la question pouvait se résumer à « peut-on se traîner à vélo jusqu’à sa sépulture, lorsque l’on passe l’arme à gauche, fuyant ainsi sa néantisation ? » L’affaire de la véracité restant néanmoins ouverte, sans aller jusqu’au vampirisme régénérateur ni se demander exactement si d’aventure le problème posé admettait l’hypothèse d’« une fausse vie », un ersatz d’existence ou un simulacre de vivacité qui aurait ajouté à notre cogitation un aspect aussi facétieux que « Le Chat de Schrödinger », enfermé dans sa boîte à la fois vivant et mort, nous nous sommes largement épanchés sur ce casse-tête existentiel, « Y a-t-il une vraie vie après la mort ? », comme si elle n’était qu’un pardessus d’hiver que l’on enlève l’été ; la vie serait-elle aussi bien vraie que pas vraie ? Dans le premier cas, le sujet se trouverait tout simplement vivant ; dans le second le quidam jouerait au « cadavre exquis » et, selon les aléas du « principe du tiers exclu », le raisonnement s’avérerait être faux et pas faux, un angélisme exterminateur proche de la consigne « Viva la muerte ! » (Vive la mort), le cri d’un général phalangiste dans l’université de Salamanca, pendant la guerre civile espagnole et qui a fait bondir Miguel Unamuno en Octobre 1936, y improvisant un discours humaniste qui a suscité des fascistes le cri de « à bas l’intelligence ! »

Bref. Sachant que la vie consiste à s’accommoder de tout, sauf de la camarde, car de là on ne revient jamais vivant, de quoi parlait-on ? De cliniques particulières qui prolongent sine die l’état comateux d’un sujet, ou du fait que la vie semblait nous inquiéter, sinon peser ? Or, là encore, il ne faut pas se faire d’illusions ; vraie ou pas vraie, par définition il n’y a pas de vie après la mort ; c’est une fin de ligne ! Admettre le contraire ce n’est pas un contresens ; c’est un non-sens, une absurdité, du temps perdu. Tel un fusil, le chagrin émousse aussi bien qu’il aiguise, pourtant, lors que l’événement en question survient, « je », le premier concerné, n’est plus là pour s’en soucier, la durée étant devenue absence de temps, le Temps à propos duquel Saint Austin avoua : « lorsque personne ne me le demande, je sais ce que c’est ; mais lorsque l’on me le demande, je ne sais plus » (Les confessions). Ceci dit, que serait donc une « vraie vie », par rapport à « une vie », tout court ? Y a-t-il des vraies et des fausses vies, que ce soit avant ou après la mort ? A quoi ressemblerait une fausse vie, au moment où le tocsin vient mettre un terme à l’existence ? A un épouvantail ? Que serait la vie d’un macchabée ? Là, on comprend mieux Maurice Blanchot, lorsqu’il dit « Je suis du côté de la littérature, contre la philosophie ». En effet, la brièveté aussi aléatoire qu’éphémère de la vie semble certes nous inquiéter, mais là, le souci était de savoir comment se dérober à notre misérable condition d’humains, qui creuserait sa tombe en nous, jusqu’à ce que l’on tombe dedans, sous l’œil de Dieu.

Beaucoup de choses on été dites, allant de l’évidence du « bios » et « zoé » aux différents paradigmes tel « le baptême d’eau ou de feu », « le désert moral », « une seconde naissance par le baptême», « la vie sans échec », « Pablo Néruda, j’avoue que j’ai vécu », « être acteur de sa vie » ou « la rater », « vivre sa vie pleinement », « la vie exemplaire des grands Hommes », « la vie des grands Hommes », « comment vivre autrement, croissant avec l’art, la philosophie, l’engagement, réapprenant à voir », « Sarko et l’Afrique sans Histoire », « Rimbaud », « la fausse vie », « l’altérité », « aller à l’essentiel », « la vie charnelle ». Quelqu’un a rappelé que « l’on n’avait pas encore parlé d’argent, alors qu’il fallait apprendre à bien gérer », « Sénèque et la vraie vie », « Kierkegaard et le risque de la vie », « la peur de la perdre ». On cherchait l’originalité et beaucoup de choses ont été rapportées, ainsi que la question « qu’est-ce qu’une fausse vie ? Une vie loupée ou joyeuse », « Spinoza et le sens de la joie », « une vie minuscule », « la résistance à la mort », « chaque philosophe ayant sa propre définition de la vérité », « même Brigitte Bardot », un jeune acteur affirmant « qu’il faut s’adapter aux exigences de la réalité », « la biographie qui assume sa propre violence », « la vie étant ‘je’ », « la frime », « Casanova », « Blaise Cendrars », « Christian Bobin, et ‘Le voyageur immobile’», « vie vibration », « l’illusion de Virginia Wolff », « la vie du consommateur », « la construction de soi, un continuum », « penser la vie pour pouvoir la vivre »…

Puis, le dernier mot étant réservé à Gilles, il a transformé « vie et mort » en poésie.

Que cela ne nous empêche pourtant pas d’en rire car, si la philo se soutient du « sens », la littérature « laisse entendre », et un danger nous guette : qu’au lieu de philosophie, sans préjuger de qui anime, on débite des brèves de comptoir.

 

- La belle mère est morte… Que fait-on ? Ensevelir ou incinérer ?

- Les deux. On ne peut rien risquer…

 

Carlos

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Vous avez dit "incongru", comme c'est incongru ..
Ecrit par gtissier. 10-01-2013
En quoi ce sujet est-il » incongru » ? Si la mort est un point fixe hors de l'interrogation que comporte la question, soit la vie est après la mort, soit avant soit les deux. Dans ce dernier cas, ces vies ne sont pas tout à fait les mêmes. Il me semble ici que des milliards d’individus, toute confessions confondues, sont d’accord sur ce point. Et s’il n'y pas lieu de se poser la question de savoir si la vie après la mort est vraie dans les deux sens du terme, alors que reste-t-il de si bizarre ? Qu’une vie avant la mort - la nôtre - puisse être vraie ? Parce que cela supposerait quelle puisse être fausse ? Mais fausse comment ? Pour tous, pour la plupart, pour quelques-uns ? Ne serait-ce pas le sens -évident ?- de la question. En tout cas, le début d’une piste à explorer. De même qu’il puisse y avoir une vie bonne à laquelle on peut e se conformer pour l’obtenir, une vie de sagesse, de bonté, de devoir, d’amour etc. il peut y avoir une vie qui soit vraie, c'est-à-dire une vie, en vérité.
Pour se la représenter, disons qu’il ne faut surtout pas chercher une polarité entre réel et irréel, entre vécu et imaginée ou rêvé-ce qui serait rester dans la pesanteur des choses- mais ailleurs, dans ce que le sujet suggère dans la sphère des idées c'est-à-dire de l’intelligible dont le reflet, la copie serait du réel au niveau sensible de la vie à savoir un vécu avec les autres dans un pour-soi (la manière d’exister des hommes conscients de leur liberté
A ce plan de lecture, au moins trois directions possibles.
Une vie vraie le serait au plan de de la plénitude vécue de la condition humaine dans son universalité. Au sens des grands invariants de la vie. Une vie dont on pourrait faire un récit où chacun pour retrouver une part de soi dans sa singularité.
Une vraie vie en termes de singularité. C'est-à-dire qui répond à un impératif de fécondité qui produit ce qui n’a jamais existé avant. : une expérience, une œuvre, un concept, une nouvelle valeur etc.
Une vraie vie qui serait son essence incarnée. C’est à dire une vie qui assumerait la liberté par son existence (la visée sartrienne). Une vie qui ne serait pas immergée dans la mauvaise foi de l’homme refusant sa liberté en se réfugiant dans de pseudo –déterminismes pour fuir e sa responsabilité
Bref la « vraie vie » ne pose pas la question d’être ou de n’être pas en vie puisqu’il faut être vivant pour se la poser (l’incongru ici du sujet est bien de le voir incongru). La vie nous demande d’être ou ne pas être « soi » ce qui suppose de répondre à la question qu’est-ce qu'être jeté au monde et quoi en en faire. La vraie vie est « la » et « une » réponse qui soit vraie : faire, produire notre vie à partir de ce que la vie fait de nous. Une vie qui part de la différence pour en invente une nouvelle. La vraie vie c’est celle qui produit de la vie et sans laquelle le temps, l’histoire et l’esprit de l’homme en l’homme n’aurait aucun sens.

2. j'avais oublié;;
Ecrit par gtissier. 10-01-2013
Evidemment, le fait de dire "vraie vie" avant "la mort" est à la fois une évidence car il n'y au pas d'idée de vie sans la mort mais surtout pose la question dans la dimension qui été un peu rappelée plus haut : la vie - surtout la vraie s'il en est -consiste aussi à apprendre à mourir.

3. Sujets métaphysiques difficiles
Ecrit par Daniel Ramirez. 11-01-2013
Je n’étais pas ce jour-là en France, je n’ai donc que ce compte-rendu pour me faire une idée. Je ne trouve pas non plus que ce soit un sujet « incongru ». Le sujet « y a-t-il une vie après la mort ? » le serait aussi, dans ce cas, et aussi toutes les interrogations métaphysiques. On peut dire qu'elles sont métaphysiques, justement, et rejeter la métaphysique, en tant que matérialiste, rejeter l’au-delà en tant qu’athée, etc., mais on ne peut pas dire qu'elles soient incongrues. D’ailleurs on peut aussi se poser ces questions, et en réalité bien malin (ou plutôt il se croirait malin) celui qui ne se poserait jamais des questions sur un après la vie.
Cela étant dit, il n’est pas non plus facile d’avancer au-delà du « je crois », « je ne crois pas ». Pas facile, mais pas impossible non plus.
Pourtant, de ce que je lis –c’est étrange–, il ne me semble pas que le débat eut été centré sur cette question métaphysique. C’est étonnant comme un qualificatif peut distraire. Dans ce cas, il parait que c’est le terme « vrai » qui a tout absorbé. Le texte donne l’impression que le débat portait sur la question d’une « vrai » vie, « Qu’est-ce qu’une vrai vie ? », que ce soit avant ou après la mort. Et cela peut paraître, en effet, non incongru, mais simplement à côté. Car le sujet « Qu’est-ce qu’une vrai vie ? », intéressant en soi, est totalement différent de celui qui a été choisi. Que ce soit avant ou après la mort n’est en rien indifférent, évidemment, et tout mélanger de cette façon ne semble pas de bon augure.
Pour ce qui est de la vie après la mort, tout dépend de la définition de la mort que l’on donne. Si par mort on entend la fin de toute vie pour un individu, ce n’est pas incongru mais contradictoire de parler d’une vie après la mort pour lui. C’est dans la définition. En revanche, si l’on définit la mort comme un transit, un passage, un départ, ce qui est contradictoire est d’affirmer qu'il n’y a pas de vie après la mort, car un transit, un passage vers rien n’est ni un transit ni un passage, comme un départ vers nulle part n’est pas un départ. Ainsi, le sujet de ce débat, au lieu de se perdre dans la question de « qu’est-ce qu’une vrai vie ? » aurait pu passer par l’analyse de la question: « Qu’est-ce qu’une vrai mort? ».
La qualité de "vrai" de la vie après la mort, que l’on croit ou pas à sa possibilité, n’est pas banale du tout non plus. Car depuis les grecs anciens avec le royaume d’Hadès jusqu’à Dante, la vie dans les territoires souterrains est considérée comme une sorte de sous-vie, l’ombre d’une vie. C’est l’inversion qui dénonce Nietzsche dans le platonisme et le christianisme. Selon lui, ces deux grandes "transvaluations" comme il les appelle, tentent de distiller comme un poison l’idée que c’est la vie dans le monde d’ici-bas qui serait ombre, reflet, prison ou exil, car séparés des Idées ou de Dieu, et que la « vrai vie » se passe dans l’au-delà, dans le monde des âmes ou auprès du Créateur. Après la mort, donc. Ou même avant la vie, dans le cas de Platon.
On le voit, donc, la question de la vie après la mort est en même tempos la question de la vraie vie. Se trouve-t-elle dans ce monde ou dans l’autre ? Dans le cas de la négative radicale de toute vie après la mort, il est évident que la question de la vrai vie redeviens « peut-on avoir une fausse vie ou une vie faussée? », qui est, certes une question morale importante, mais sans doute pas celle du sujet.

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