Penser, c’est dire ‘Non’. Qu’en pensez-vous ?

En France, on travaillait à une mobilisation générale contre la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes, aux USA douze ans après, une nouvelle Tour, « One World Trade Center » ou « Freedom Tour » qui avec 104 étages devient la troisième plus haute tour du monde, remplaça, les Tours Jumelles détruites par attentat du 11 Septembre 2001, et au Café des Phares®, les fidèles habitués remplirent la salle pour assister au Débat du12 Mai, 2013, animé par Jo Strich, lequel choisit pour sujet de ce dimanche : « Penser, c’est dire ‘Non’. Qu’en pensez-vous ? »

Dire ‘Non’ à quoi ? Si l’on affirme que « penser est dire ‘Non’ », nous « pensons répondre ‘Non’ » ! , tout bonnement, voyons !!! Dans les Hôpitaux psychiatriques, on trouve beaucoup de patients se cognant la tête sur les murs et criant « non », « non »… sans que l’on approfondisse raisonnablement leur pensée.

Dès lors, quelque chose m’inquiète, donc. Où se trouve-t-on ? On dit « NON », parce que PENSER serait ça ??? D’où est-ce que ça sort ? Apparemment, il n’y aurait même pas d’alternative ; pas d’échappatoire ! Dès lors, pourquoi ajouter ce « Qu’en pensez-vous ? » puisque la réponse ne pourrait, logiquement, différer de ‘NON’ !!!, RIEN !!! Je ne fais que passer. Si la « doxa » a tranché, affirmant que la « Pensée  est la négation de Tout », à quoi ça sert de lui retourner la question ; de lui resservir le plat, avec ce « qu’en pensez-vous ? » Et si l’on estimait que « penser , c’est dire ‘Oui’ ? » Dire « oui » à la quête de la connaissance ? Ca se mord la queue, ce truc ! Il y a là un sophisme, un manque de rigueur qui, à mon avis, ne sied pas aux philosophes. Ce débat, aporétique, consisterait, donc, à « chercher des poux » dans la tête de son interlocuteur ? Il se trouve que ce n’est pas si simple que ça ; « Penser » c’est autre chose que de dire « Non », tout bonnement ; ça se saurait, et on en aurait des résultats plus pertinents lors des différents Référendums.

Voyons ! Si l’on détermine, tout de go, que « Penser, c’est dire ‘non’ », qu’importe dès lors l’opinion de l’autre, attendue de ce « qu’en pensez-vous ? » Je ne pense Rien ! S’agit-il de démagogie ? Faire « café philo », se creusant les méninges ? « Penser » appartient, en fait, à une autre catégorie, parmi celles définies par Aristote, et il me semble que « Etre » et « Pensée » sont le même, ontique, et ontologiquement, si l’on pense en termes d’universalité ; ces représentations n’ont point le but de « dire ‘oui’ ou ‘non’ » à une simple velléité, comme le faire « Non » de la tête de quelqu’un qui peut, éventuellement, produire le bruit métallique d’une tirelire où tintent les pièces épargnées ; on ne pourrait pas le dire, pourtant, même d’un participant, présent au Phares, qui ne s’exprimerait que par des onomatopées. Mais, pour en venir au fait, je voudrais préciser que, par définition, « penser »  ne dit rien du tout ! Muette, la faculté de juger, ne fait « ni oui, ni non », contrairement à la « Poupée de cire, poupée de son… ». « Penser », c’est Juger, établissant un rapport entre les catégories du langage par lequel on s’exprime. Dérivé du bas latin « pensare », et issu de « pendere » (peser, juger, croire), le mot « Penser » signifie, en fait, « apprécier », « estimer », ce qui va dans le sens de la détermination d’une valeur. Penser, c’est dépasser la négation, par la remise en cause d’un doute sur les certitudes établies, afin de ne pas se laisser berner. Qu’en déduire ?, me demanderais-je, plutôt, alors que le terme désigne d’ordinaire tout ce qui affecte la conscience de quelqu’un, une « activité psychique qui a pour but la connaissance », au lieu de se rapporter à des sentiments ou volitions, et se conçoit, au sens de l’entendement ou de la raison, comme faculté de comprendre d’un degré plus élevé que la perception ou l’imagination. Kant le définit par « l’union de représentations dans une conscience, caractérisant le jugement ». Dès lors, « quoi penser » de cette taciturnité, d’abord ? Puis, pourquoi en tirer, un ‘NON’ comme corollaire de toute pensée ?

C’était trop de grain pour notre moulin, peut-être… ? D’abord, tout ce que nous pensons est déterminé par une langue, qui façonne à son tour notre manière de voir le monde et de le conditionner donc, alors que l’on n’est pas emprisonnés dans les lisières de cet idiome. Celui-ci ne pose pas de limites à ce qui affecte notre conscience ; il ne réfléchit pas, et pourtant toute idée peut être exprimée par lui, même s’il s’agit là de deux réalités différentes. La langue est l’instrument par lequel la pensée s’exprime et cela n’arrive que par elle ; l’une ne va pas sans l’autre. Elles sont indissolublement liées.

Evidemment, la question a provoqué beaucoup de commentaires, allant de l’adhésion au refus, ou d’autres alternatives telles que le ‘peut-être’, le bouddhisme, à la cogitation, philosopher consistant à être ailleurs, et qu’il faut beaucoup de ‘non’ pour un ‘oui’, penser faisant appel à une capacité d’analyse qui peut nous amener à dire ‘non’ à soi, et pas rester comme un enfant devant sa glace, ainsi que d’autres remarques telles que l’évocation des anecdotes tirées de l’enfance d’Hervé Bazin dans ‘Vipère au poing’, le désarrois Nietzschéen, puis la question de savoir où placer le ‘non’ philosophique, alors que par le doute on cherche des certitudes, la ‘négation’ n’étant qu’une mise à distance, et qu’il faut ‘penser’ d’abord. On a évoqué le rapport entre le ‘oui’ et le ‘non’, ainsi que ‘le penseur qui se confond avec son image’, pour revenir aux grands philosophes, mêlés à ‘la guerre de l’Irak’, et à l’acte de courage que peut signifier le fait de ‘dire non’, et à la ‘pensée’ contenue dans un dialogue avec soi-même, alors que l’on dit oui à une chose et non à une autre ou même ‘peut-être’, afin d’avancer dans la pensée. Un autre intervenant se sentait interpellé par le ‘mythe de la caverne’ et même Hannah Arendt ou la pensée en action, puis, finalisant, une synthèse fut faite, au cours de laquelle a été mise en évidence l’ambiguïté de la langue française, sans alternative, et, si l’on dit ‘Non’, ce ne serait que pour se rapprocher de soi et du présent… après quoi, nous fumes invités à prendre la sortie.

Je pense, donc il se pourrait que « ‘je’ soit un autre » ! 

 

Carlos  

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Ouh là!
Ecrit par Un visiteur. 15-05-2013
Aïe! Où va le café-philo? Croyez-vous qu’avec des questions comme ça on peut vraiment faire de la philosophie? On ne comprend pas comment on choisit un sujet comme ça. Il n’y a aucun raisonnement philosophique pour étayer cette affirmation. L’animateur pourtant était très épaulé par les interventions solides des anciens animateurs et pas mal de participants. Mais aucun d’eux n’a bronché avec cette phrase de psychologie de marché. Mais, comme dis Carlos, il fallait « Faire café philo », se creusant les méninges? », donc continuer jusqu’au bout.

2. Qu'en pensez-vous du niveau?
Ecrit par Observateur malin. 15-05-2013
Le plus rigolo c'est le "qu'en pensez vous?". Comme si dans un café-philo il s'agissait d'autre chose que de savoir ce que l'on pense sur un sujet. Pas très malin tout ça.

3. Non en '68 et pas grand chose au même âge...
Ecrit par Geo Brux Belg. 16-05-2013
Penser, c’est dire ‘Non’. Qu’en pensez-vous ?

L'affirmation suivie d'une question est bien structurée.
Si Penser, c’est dire Non en '68, qu'en pensez-vous aujourd'hui à votre âge de 50,60 ou 70 ? Pensez-vous comme en '68 pour avoir l'air jeune ou cacher son âge comme les femmes pour des raisons esthétiques ? ;-)

4. mais où va-t-on?
Ecrit par Mzrt brs. 20-05-2013
Le génie de service, geo brux, à l'humour belge, dit "cacher son âge comme les femmes pour des raisons esthétiques". Comment peut-on encore supporter des âneries machistes de la sorte? Est-ce parce qu'il n'y avait rien dance débat et rien sur le compte-rendu que certains s'autorisent à la bêtise?
Mai 68 ce n'était pas "dire non", tout bêtement. C'était aussi dire oui à la vie, oui à l'amour, à l'érotisme. C'est aussi pour ça que c'est terriblement idiot d'affirmer que penser c'est dire non... Dans quelle tranche se trouve geo Brux? Je m'incline pour 60 ou 70. Plus jeune il serai déjà moins macho...

5. Mariage-divorce pour tous les oui et non...
Ecrit par Geo Brux Belg. 20-05-2013
> Comment peut-on encore supporter des âneries machistes de la sorte ? ...se demande Mzrt brs

Préférez-vous peut-être le machisme au genre féminin de (la) Frigide Barjot ?
Humoriste des aberrations à la française avec...

Son dictionnaire de chroniqueuse mondaine;
Frigide_ Qui est incapable d'éprouver l'orgasme ou qui y est peu sensible (grossièrement sensible)
Barjot_(Argot) Se dit d’une personne folle ou qui prend des risques, farfelu.

6. Encore aïe!
Ecrit par Un visiteur. 20-05-2013
C'est d'un niveau philosophique, tout ça! Impressionnant! C'est un succès complet!

7. !?! un philosophie sachant philosopher se doit de savoir philosopher de tout, même et surtout des qu
Ecrit par Jacques. 19-06-2013
Penser, c'est dire "non"...non, parce que dire "non", c'est aussi dire "oui" à tout le reste...alors qu'il y avait mille façons de tromper et se tromper ; ici, ce n'est pas parce qu'une question n'a pas de réponse directe qu'elle ne s'agrège pas à une vérité une-et-indivisible.
Il semble ici qu'on ait beaucoup confondu les périls, entre erreur et violences.

8. un petit coup de dictionnaire
Ecrit par Jacques. 21-06-2013
Si "penser" signifie toujours "peser", on ne saurait peser du vide ni de l'anti-matière : aussi minime était l'objet, fallait-il que son poids soit positif : "penser" serait donc, aussi, "positiver" !?!
Les penseurs, heureux hommes, passeraient leur temps à comparer des avantages !?

9. La pensée est confrontation, discussion, donc elle intègre le "non".
Ecrit par Josette. 01-12-2013
"Penser, c'est dire non", voilà qui prend tout son sens à partir de la pratique de la discussion. On ne pense pas tout seul, ou en tout cas ce qui fait progresser la pensée c'est la confrontation avec la pensée de l'autre.
Penser, "c'est réagir à" et dans cette réaction, il y a un temps pour le non.Ce "non" nous réveille. Il peut nous permettre d'oser notre propre pensée, de lui donner forme. C'est dans la confrontation que nous pensons. cela ne veut pas dire que cette réaction immédiate ne doive pas être dépassée, soit pour dialectiser notre propre pensée (intégrer le négatif), soit pour la creuser, l'argumenter de sorte qu'elle devienne solide et non simplement réactive. La vérité passe par le négatif, la critique d'une thèse qui se pose comme vérité( Bachelard), et elle n'est jamais définitive c'est à dire qu'elle rencontrera aussi le non qui fera progresser la pensée. Il s'agit de confronter dialectiquement les idées et non d'une simple opposition d'humeur.

10. en effet, discutons..
Ecrit par Gérard René. 03-12-2013
J’approuve totalement l’idée de Josette. Si « penser c’est réagir » nous pouvons alors centrer la question dans un espace entre vérité et altérité.Foucault, au Collège de France, fit de longs développements sur le" souci de soi » quand il i s'agit d’être dans la contradiction au nom de l’idée qu’on se fait de sa mission dès lors que l’on tient un discours dans le champ du politique, ( le discours dans et sur la Cité ) mais aussi dans nos rapports interindividuels.
Je renvoie ici à http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article124
« Le tout dernier mot prononcé, selon Platon, par Socrate (« ne néglige pas ») renvoie à la thématique du « souci de soi ».. /..Est que nous nous soucions de nous-mêmes. C’est en ce sens que la figure socratique reste un figure de la prise de parole éthique puisqu’il fonde un mode de franc-parler ou de dire-vrai inséparablement lié à un éthos, c’est-à-dire à une certaine manière de vivre : La mort de Socrate fonde bien dans l’histoire occidentale, la philosophie comme une forme de véridiction propre précisément au discours philosophique, et dont le courage doit s’exercer jusqu’à la mort comme une épreuve d’âme qui ne peut pas avoir son lieu sur la tribune politique]. »
Si « penser c’est dire non », le sens premier serait penser ce que dit l’autre comme non- vérité. Mais opposé le e vrai, est- ce penser ou simplement juger ? Par contre, « se penser » comme rapport à la vérité ce serait peut être la tentation à être dans le politique comme une forme vivante en résistance aux faux semblants du monde et à la servitude volontaire. ( on peut penser ici, par exemple aux altermondialistes )
Cette fonction du « non » devient alors « un travail continuel sur soi et une exigence insistante face aux autres ». Un chemin dont il n’est pas inutile de se rappeler qu’il peut exister dans un café- philo.

11. bon sujet
Ecrit par lactance. 02-05-2014
Il est tout à fait possible d'affirmer le contraire , et de dire que penser c'est dire oui..

Dire que penser c'est dire non, c'est poser un dogme de plus. Une dichotomie. Une doxa.Une impédimenta, une rupture épistémologique radicale.

Lisez bien l'assertion penser virgule c'est dire non..C'est la virgule qui est un piège..( A vous de comprendre, en quoi..)

Lacan disait : L'esprit peut tout, à condition de ne penser qu'une chose en même temps. Lactance*, l'arabe poète et alchimiste le disait aussi.

Pierre Bourdieu,dans son ouvrage science de la science et réflexivité ne manque de souligner que beaucoup de propos de ce types ne sont que des allodoxias.

Devons nous écouter les doxosophes.

Pour ma part c'est non.

*Lactance, Apologiste chrétien mort à trésme en 325, il était poète , alchimiste, psychanalyste, chimiste, médecin, etc, etc

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