Peut-on réinventer sa vie ?

 

Article de Gérard TISSIER sur le sujet du débat qu'il a animé le 13 octobre 2013

 

Réinventer sa vie est un sujet d’actualité tant l’individu  contemporain se préoccupe d’avoir une vie réussie, personnelle, et  mieux encore,  singulière. A preuve  ce fut le  thème d’une émission « les grandes  questions» sur France  5 et c’est de là que vient sans doute la proposition de sujet j’ai retenue pour ce café-philo.

Pour ceux qui n’y étaient pas, je résume à grands traits les  principales approches que l’on pouvait adopter  pour en  aborder  les contours.

La première est la question posée à la jeune  génération. Peut-elle reprendre à l’identique les thématiques existentielles de ses parents ? Puisque le monde a changé, que les notions de  valeurs se sont modifiées autant que celles de territoires et d’appartenances, il lui  faudra réinventer « la vie », ou plus précisément sa représentation.  Pour la plupart, les temps sont  durs mais la créativité est  là. Abondante à souhaits.

La deuxième,  celle qui m’intéresse le plus, c’est ce que Bourdieu a nommé « l’illusion biographique » ou, je dirais, l’impossibilité d’une mémoire   pleine et entière  de ce que fut notre vie .Le temps du récit de soi  est  donc une reconstruction. Jusqu'à peut être, en effet  « réinventer  sa vie ».

Oui mais comment ? Selon quelles modalités ?  Là, il y aurait plusieurs pistes. En fonction de ce nous  imaginons de notre avenir  (Heidegger). Ou bien, selon un « projet primordial» qui nous pousse à ne plus être ce que nous ne sommes pas totalement pour aller vers ce qu’on n’est pas encore (l’existentialisme sartrien). Ou encore, selon les règles de la « mise en  intrigue » (Ricœur) puisque nous racontons une histoire  dont nous connaissons la fin selon des chaines de causalités dont, aux moments vécus, nous n’étions pas conscients.

La troisième approche serait de l'ordre  du développement personnel : exhumer  une nouvelle version de notre personnalité,  se  réinventer de façon authentique, changer de carrière, d’allure ou notre façon de voir nos relations. Déployer une stratégie pour changer de vie. L’expression requise est « devenir acteur de sa vie  », c’est- à -dire coproduire,  avec le monde et les autres, un sens qui rende notre  personnage autant utile que nécessaire à l’histoire.

Un angle ou une visée supplémentaire serait de réinventer notre vieillesse ; il ne s’agit plus cultiver son potager ou de trier ses vieilles photos pour un temps qui reste, mais de relever un défi existentiel. Re-choisir  qui nous  sommes,  pour encore une  longue période de notre vie, se souvenir  d'où nous venons  et dans quels temps nous  avons vécus. C’est un rendez- vous avec soi nourri parfois de solitude,  de renoncements nécessaires, et de pertes douloureuses.

Libérés  du « faire pour gagner sa vie  » nous  serons  alors convoquées  à notre responsabilité existentielle. Dieu ou tout autre, - proche ou lointain- peut nous demander « qu’as- tu fais ?».A nous de nous y préparer, voire de répondre.  

De notre expérience de vie se dégage un horizon d’attente, un système de référence. Sont-ils vraiment  singuliers  ou    empruntés aux   grands  récits ? (l’histoire,  les traditions, les religions, les mythes, la littérature, le théâtre, le cinéma,  etc.)

En fait, le plus souvent, notre scénario de vie s’y trouve  étroitement imbriqué, réfracté par nos choix et par ce qui les justifie,  les met en  cohérence avec  la représentation  de nous-mêmes.

C’est peut-être dans cette nécessité d’une  estime de soi reposant  sur une unité de soi en vue d'un sens en construction, que se  fonde l’impératif d’une « réinvention » de sa vie. C’est par là que nous changeons tout en restant nous-même. A  ce prix, plutôt un mentir-vrai qu’une identité éclatée.

Notre vie est au delà de ce qu'on peut en dire, et si, à certains moments du parcours,  elle nous  invite à  la  réinvention, c’est bien que sa promesse existe.

 Si non à quoi bon y penser ? Il nous suffirait de vivre.

 

Gérard Tissier

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Un vie qui n'est pas réinventée ne mérite pas d'être vécue
Ecrit par Daniel Ramirez. 25-11-2013
Oui, réinventer sa vie peut être interprété comme "se raconter", et dans ce sens cela se prête aussi à se raconter des salades, à enjoliver, à présenter les choses de son meilleur angle, "mentir vrai". Peut-être il y a-t-il une nécessité psychologique à faire cela.
Mais réinventer sa vie peut être aussi, comme Gérard l'explique, changer, prendre sa vie en main, ce qui es le sentiment qui ont en générale les personnes qui sont en reconversion professionnelle. On peu signaler que si le fait de changer de métier implique pour les personnes quelque chose de si forte que "devenir acteur de sa vie", est parce que les choix faite auparavant dans sa vie n'on pas été satisfaisants ou ne le sont plus, ce qui les renvoie au rang des choix plus ou moins forcés ou inauthentiques.
Je crois qu'il y a un peu d'exagération, mais là aussi, c'est peut-être un besoin, pour renforcer sa volonté de changer. En tout cas, réinventer sa vie parait quelque chose de consubstantiel au fait de vivre,d e sentir vivant, c'est pourquoi il ne nous suffit pas de vivre simplement, ou encore plus, il n'est pas possible de vivre simplement parce que la vie elle-même, ou plutôt l'existence, comme disent certains philosophes, est problématique; vivre c'est "se faire question dans son être" (Sartre). On pourrait ainsi détourner la phrase socratique et dire "Une vie qui n'est pas réinventée en permanence ne mérite pas d'être vécue"...

2. C'est dans le récit que la vie se réinvente...
Ecrit par Annick. 26-11-2013
Je suis d'accord sur le fait que le changement est intrinsèque à nos vies parce que nous sommes des êtres en mouvement.
Toute vie est recherche de sens et donc excède les faits qui la constituent parce qu'elle est "regard sur", interprétation. Ce n'est peut-être qu'au moment de la mort que le mouvement se fige. Mais même là un vie achevée se prête, non pas à un nombre illimité mais à des variations sur un même récit . C'est dans le récit que notre vie peut en partie se "réinventer", en tout cas prendre un sens autre pour nous et pour les autres.

Mais n'y a t-il pas un excès dans cette idée de "réinvention", encore qu'elle corresponde à une nécessité psychologique d'aller de l'avant dans le questionnement permanent.

Pour moi, cette question traverse celle de l'identité. C'est par ce que nous sommes en recherche d'identité et de ce qui peut enrichir notre identité que nous visons toujours le changement possible. Or, l'identité est faite du même et de l'autre (Ricoeur). Le noyau dur de l'identité c'est nos racines, ce qui nous a été transmis par nos parents (sur le mode direct du discours sur les valeurs mais aussi et surtout sur le mode non verbal quand nous étions petits(-règles, interdits, connaissance intuitive du bien et du mal etc.), à quoi s'ajoute peut-être un "projet fondamental" pour chacun qui se clarifie au cours de la vie et qui n'est pas sans lien avec les conditions de notre naissance.
De cela nous sommes pétris en partie consciemment, en partie à notre insu).Puis, l'identité se construit autour de ce noyau par couches successives (sphères d'appartenance successives :professionnelle, politique , syndicale, appartenance religieuse, engagement pour des idées et des valeurs).
A ce stade,nous avons le pouvoir de "dire non", de changer nos représentations et nos valeurs par rapport à ce que nous avons reçu mais dans la mesure où l'on parvient tout de même à conjuguer le même d'où nous venons et l'autre que nous construisons.
Je pense aux transfuges comme Annie Ernaux par exemple, qui a changé du tout au tout de statut, de classe sociale, de mode de vie, mais qui ne cesse d'écrire sur son milieu d'origine.
Le lien ne peut être complètement rompu. Le reniement total n'est pas possible. Un socle identitaire solide nécessite de trouver un compromis entre le même et l'autre, entre l'identité familiale et l'identité construite.
On ne peut TOUT changer. Il faut faire alliance entre ce qui est et nous a nourris et nos propres choix libres. C'est grâce à cette alliance que notre socle identitaire peut être suffisamment solide pour qu'on puise s'engager dans une vie ouverte, faite de questionnements et de remaniements.


3. Déconstruire la partie inventée avant de la réinventer…
Ecrit par Philo Olihp Georges. 27-11-2013
Dans la République, on apprend comment quelqu’uns ont inventé les vies des autres. Prétendre réinventer la partie qu’on ignore comment a été inventé par nos prédécesseurs, est-ce se vanter (lâcher un vent) contre l’inventer de réinventer ?

A propos de cyniques, un chien de chasse qui fera une formation de chien de garde pour-t-il se venter qu’il a réinventé son cynisme ?!

4. De l'humour ?
Ecrit par Gérard. 02-12-2013
L'ironie est-telle humoristique dans un café-philo?" (cf. le blog de notre intervenant) Peut-être. Ici, cela ressemble bien à un troll qui est la dévalorisation des échanges des autres dans le seul but d'exister, même sur le mode négatif. Si cela est de l'humour, pardon mais je n'ai, ni compris, ni ris.
L'expression " faire un vent" est par contre, un particularisme amusant. Quand on le rapproche de l'aphorisme de Voltaire,(sur le trône et le séant ), il pourrait se dire : " Même sous les cieux Bruxellois et du plus haut que l'on sème son vent, il restera toujours à hauteur d'homme, là où les effluves se mélangent à la glaise dont nous sommes".

5. Plutôt de l’ironie…
Ecrit par Geo Brux Belg. 02-12-2013
Réinventer ce n’est pas imiter les inventions de Voltaire. Imiter c’est plutôt ouvrir une porte pour faire un courent d’air amusant entre l’humour et l’ironie.

Pour réinventer la glaise, cette partie opaque inventée par les autres pour nous-mêmes, je dirais que glaiser ça pourra servir à engraisser une terre maigre.

;-)

6. Richesse et pauvreté ..
Ecrit par Gérard Tissier. 06-12-2013
Aujourd’hui j’ai suivi en direct sur le Net un colloque sur « Richesse et Pauvreté « organisé par le CESE. J’y ai entendu de jolies formules qui peuvent enrichir la réflexion sur ce sujet. En gros :
S’agissant de la jeunesse, la richesse c’est le temps de la vie qui se caractérise par l’ouverture des possibles Cette ouverture n’est pas un acquis pour le reste de la vie. Les choses peuvent se refermer mais l’enjeu c’est d’apprendre à de devenir « agent de sa vie », c’est de se constituer des « ressources existentielles pour trouver un chemin ».
Pour moi, ce chemin peut se perdre et se retrouver, s’inventer et se réinventer mai s sans la conscience qu’il existe forcément parmi toutes les routes déjà tracées, il nous sera difficile d’en discerner les abords et de deviner la direction qu’il prend.
On peut fabriquer son monde individuel et, en même temps , tenter de faire quelque chose avec l’autre .L'émancipation, ce n’est pas de seulement de refuser d’être confiné au même et de chercher systématiquement à marquer sa différence. Car il s’agit en définitive de trouver « un sentiment heureux et réflexif de sa propre vie».
Si la quête de soi est une sorte de Graal au travers des vies successives que nous réinventons, cette quête est autant un idéal de l’imaginaire que la réalité du bonheur à nous les représenter avant que de les vivre.

7. la dévalorisation des échanges des autres dans le seul but d'exister même sur le mode négatif
Ecrit par evy. 11-12-2013
voilà un très belle défnition de l'humour cynique en effet... cela dit, la mise à distance ironique et insolente est aussi stimulante pour notre esprit critique... de nous-mêmes (toujours difficile de se critiquer soi-même)
le changement de vie est un changement de soi, et puisqu'on change de téléphone portable, pourquoi pas changer aussi de soi, de partenaire, de sexe, de métier, de valeurs... y a-r-il un limite à ne pas dépasser ou n'y en a-t-il plus? voilà la question que je me posais.

8. Réinventer sa vie c’est prendre son temps...
Ecrit par Geo Brux Belg. 11-12-2013
Quand on change de téléphone portable, on ne le fabrique pas soi-même. Si on le fabrique soi-même d’une manière défectueuse, cela ne veut pas dire qu’un autre qui fonctionne a dévalorisé notre initiative de le fabriquer par soi-même. Par contre, il s’agit plutôt d’une invitation à réinventer ses opinions jusqu’à l’accord et au fonctionnement harmonieux avec ses interlocuteurs. On ne pas obligé à dépasser les limites de nos œillères et surtout de interdire à nos interlocuteurs de les dépasser ! En Principe, elles doivent être dépassés, même si on est frustrés qu’il est impossible de le faire tout suite. Réinventer sa vie c’est prendre son temps, car c’est seulement les citrons qui sont pressés.

9. stop !!
Ecrit par parler -vrai. 17-12-2013
A chaque fois que ce "géo de Bruxelles" nous assène son délire avec croit -il,un humour qu'il est le seul à apprécié, plus personne ne vient continuer le fil ; pourquoi se prêter au jeu de la réflexion anonyme si les " geo-centriques" nous coupent la parole pour nous dire qu'ils existent ? Evy (7) parle de l'humour cynique et monsieur Géo DE BRUXELLES ( il souligne pour nous rappeler sa notoriété ? ) vient nous rajouter une couche de sa présence transfrontalière.Est-ce que Geo de Bruxelles pourrait "bruxeller" ailleurs qu'ici et cesser de "presser les citrons "e sur sa salade? Bref, en français, nous foutre la paix ?
On dit que les trolls sont les poubelles du net ...c'est pire. C'est partout où ils se déposent, comme la misère sur le monde, plus personne ne vient, de peur de se salir les mains et de participer au jeu grotesque auquel ils veulent nous réduire.RAS le bol !!

10. ’parler-vrai’ d’une manière fausse !!!
Ecrit par Le même que lui. 17-12-2013
’parler-vrai’ d’une manière fausse c’est l’antonyme de réinventer sa vie. Est-ce par manque de contra arguments que tu t’attaques à ton interlocuteur ? Ce n’est pas Geo le sujet à débattre, mais je pense que là tu es en demande d’une personne qui doit réinventer ton intervention haineuse.

11. les faits ne se réinvente pas, il se constatent
Ecrit par parler -vrai. 17-12-2013
" parler vrai d'une manière fausse ", cela veut dire quoi ? contre- argumenter quoi?,'"la dévalorisation des échanges des autres dans le seul but d'exister même sur le mode négatif " souligné par (7) c'est haineux ? parler de trolls, c'est haineux ? Géo de Bruxelles a un blog où il explique la fonction qu'il se donne dans les cafés philo à Bruxelles et se montre par des vidéo.C'est haineux de rappeler l'intention et la motivation de cette personne :se valoriser à ses yeux et non participer vraiment au débat, justement !
Pour connaitre les cafés philo depuis longtemps, je sais qu'une personne qui jouerait trop à ce jeu -là se ferait rejeter rapidement.A vouloir trop en faire, il y a naturellement un raz le bol. Ce qui est le cas pour moi.Je répète :trop c'est trop.Dans une café philo cela se passe ainsi.Et dans la vraie vie aussi.

12. pour clore..
Ecrit par André Maurois. 17-12-2013
Je suis désolé de cette polémique et je n'ai pas le moyen de la supprimer ( en tant que modérateur et responsable de ce site) pour des raisons techniques liées au piratage dont nous avons été victime.
Je me suis déjà exprimé en(4.)Comme la personne visée ne semble pas comprendre et peut se sentir blessée, je lui explique simplement la situation mais en reprenant un peu et moi aussi comme (11) une idée de André Maurois selon laquelle il ne suffit pas d'avoir de l'esprit mais qu'il faut encore en avoir suffisamment pour éviter d'en faire trop.

13. Expert en exclusion ou en conclusion !
Ecrit par Un autre que lui.... 18-12-2013
Café-philo et forum sont de lieux différents. Ici on prend la parole, on n’attend pas qu’elle soit donner. Paradoxalement, la polémique ne se traduit pas de façon violente ou passionnée de ma part, mais bien de la part de celui qui est expert en exclusion plutôt qu’en conclusion. Vouloir sanctionner celui qui interagit par rapport au sujet du topique pour faire plaisir au pleurnicheur qui aime exclure par manque de contra arguments, ceci ne fait pas honneur à l’étiquette de modérateur. Ce n’est pas pour la première fois que ceux qui ont désiré m’exclure selon leurs caprices, se s’ont exclu eux même. Surtout, j’ai le droit et le devoir de me défendre contre l’attaque des trolls (des êtres malveillants). ;-)

14. Merci
Ecrit par Gérard. 19-12-2013
"Vouloir sanctionner ? celui qui interagit , par rapport au sujet du topique ? pour faire plaisir au pleurnicheur ?qui aime exclure par manque de contra arguments, ceci ne fait pas honneur , à l’étiquette ,de modérateur ?. Ce n’est pas pour la première fois ? que ceux qui ont désiré m’exclure ? selon leurs caprices ?, se sont exclu eux même ??? "

Trés intéressant. Merci tout de même de consulter la page d'accueil de ce site au cas où ses promoteurs ( et au passage, les financeurs ) auraient le droit à une intention - voire des souhaits? - sur la pertinence et l'a-propos de ce qui s'y dit. quelconque

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