L'avenir on ne l'attend pas...
Café philo des phares le 23 novembre 2014 animé par Gérard Tissier.  
 

L'avenir on ne l'attend  pas comme un train, on le fait ! 

 

Ce sujet nous a été présenté  comme une citation de Robert Desnos.
 
Le sens apparent est une injonction à l’action qui nous soit propre pour que l’avenir nous appartienne et que notre histoire, nous puissions, nous l'approprier comme la résultante de notre liberté.

Un autre sens, possible lui aussi, est qu'en définitive, nous n'échapperons pas aux effets de nos causes, que la providence ne viendra rien y changer et que ce qui vient, le "à -venir" est déjà là.    
 
Bien évidemment les temps futurs seront  le  produit d'une interaction complexe entre  une multitude d'acteurs avec des lignes de forces déjà en place où en gestation. La question se pose alors de notre responsabilité individuelle. Faut -il attendre et voir ou bien faire, agir et penser, en articulant convictions et responsabilités ? 
 
Selon la formule, le train de l'avenir que l'on attendrait pour agir ferait alors référence au suivisme, à l'opportunisme, au conformisme, à l’absence  de courage  vis-à- vis de ce qu’il convient absolument de faire, par nécessité ou  par devoir,  dans des situations qui convoquent notre initiative. 
 
Et agir pour que l’avenir advienne ce serait réformer, changer ce qui est trop figé par  le passé et qui leste le présent  en l’empêchant d’éclore  à de nouvelles pousses, de nourrir l’évolution propre à la condition humaine, au progrès  humain, à  sa dignité. 
 
Dans cette citation,l'image  du train a  quelque chose d’intéressant à relever car elle introduit une ambiguïté sur la nature du temps.
 
Si «attendre»(un train) donne du sens par opposition à l’action ( on « fait » l’avenir), c'est que ce train ne concerne que l'avenir individuel. L''action d'attendre signifie alors que l'on ne fait rien dans le présent susceptible de changer  le contenu de l’avenir par rapport au présent. L’avenir resterait un éternel présent, ce serait  « le temps de l’attente »   dont le contenu   ne serait modifié que par l’action des autres, ou par tout événement ayant un impact dans notre vie. 
 
Dans une autre vision, celle Saint Augustin, la réalité de l’avenir se présente tout autrement. Selon lui, d’où vient le temps ? De l’avenir. Où va -t-il? Vers  le passé. Ainsi « faire l’avenir» en prenant un train que l’on aurait attendu ne peut que nous conduire au passé.Si on l'attend dans le sens passé - avenir, il ne viendra jamais. Et si on prend le train de l'avenir ( qui viendrait ici  du passé ) en quoi l'avenir  serai-t il différent si  aucune action maintenant ne vient en modifier le contenu ?   
 
Dans la réalité empirique, il est clair l’avenir n’existe pas.Il n’est pas encore et quand il sera, ce sera du présent. C’est donc , une extension  du temps présent, une représentation d’un devenir, un champ de possible dans lequel nous insérons nos rêves, nos attentes et  bien naturellement  les produits de nos causes (les fruits de l’arbre, dans les écritures).  

C’est pourquoi, avec Augustin, il y a lieu de préciser que nous  vivons, au présent, les trois temps de la temporalité. Nous devons  plutôt parler, en termes de vécu ,d’un présent de l’avenir. Il  est en tout  point  comparable à un présent du passé puisque lui aussi n’existe pas ( il n’existe plus dans le présent ).

Rien n’empêche , pour autant, que le projet d’être un Soi - en tant que virtualité  qui s’auto -génère – s’inscrive en arrière-plan dans notre vision du présent : comme un miroir ou encore comme l’empreinte d’un chemin. 

La vie alors n'est plus seulement action mais fait sens car elle se vit dans la conscience d'un temps qui est une durée rapportée au présent ou, plus précisément, elle se vit identique et changeante, dans  un fragment de la durée. L'avenir n'est pas détaché  du présent et ce dernier n'est pas un segment du temps.Pour Bergson par exemple, le  présent n'est pas ce qui est mais ce qui se fait. Il est notre la matérialité du temps alors que ce dernier est " ce qui fait que tout se fait".  
      
En somme, si l’âme et  le corps sont mouvement et le temps durée tant que nous sommes vivants, alors l’avenir  ( mais aussi le passé ) ne s’épuise jamais et  c’est bien nous qui le faisons. 

Gérard Tissier             
 

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Attendre l'avenir ?²
Ecrit par vousavezditbizarre. 19-12-2014
C'est bizarre ce rapport dans la citation entre le train que l'on attend et l'avenir.
On n'attend pas un train (ce qui serait sans fin) mais on oest en situation de prendre le train avec cette limite qui est l'heure à la quelle le train doit être là.Dans la gare et où l'on est.
C'est donc bien l'écoulement qui est le facteur dans cette histoire.Si on attend le train c'est qu'il doit arriver, alors que l'avenir il n'arrive jamais puisqu'il reste toujours des choses qui vont arriver

Autre chose : l'avenir ( s'il arrivait comme un train) quest-ce qu'il serait alors ? du présent!
Et où était-il quand il était encore l'avenir ? dans "notre" présent à nous puisque que nos sommes les seuls à produire un temps qui soit autre que le présent.Le présent a un contenu (ce qui est ) l'avenir à un contenu infini et illimité
je ne comprends pas : on attend pas l'avenir comme on attend un train.d'accord.Nous le faisons(l'avenir).D'accord
Où est le problème?

2. L'avenir, on ne l'attend pas
Ecrit par bizak. 26-12-2014
En lisant le développement sur ce thème "du temps" ainsi que le commentaire qui en est suivi dont je n'ai pas eu le temps de le commenter en voulant reprendre ma lecture entamée depuis hier des carnets d'une écrivaine décédée aujourd'hui, Isabelle Eberhardt: "Les journaliers", j'ai noté ceci (quel hasard avec le temps!): " 6… Pourquoi la conscience, très nette, de l’inutilité absolue de certains actes de ma vie – combien nombreux, hélas ! – de
leur ineptie et du réel danger qu’ils présentent au point de vue de mon avenir n’est-elle pas assez puissante pour réagir sur ma volonté et enrayer l’exécution de ces actes ?
Question à étudier, afin de savoir comment y remédier."

3. Intéressant
Ecrit par bizarre. 02-02-2015
Très intéressant. je suggère d'aller chercher du côté de la névrose d'échec et du catastrophisme,de portée plus générale. Sur la manière de contourner un "développement ainsi que le commentaire qui en est suivi " il y a aussi le blog "Me,I,and myself" ou les nombreux sites de partage qui invitent à dire à la terre entière ce qu'on a fait la veille. Une façon aussi de traiter la question du temps.Pourquoi pas ?

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