Ni rire, ni pleurer mais comprendre

Café philo du café des phares. dimanche 4 Janvier 2015.animation Gérard Tissier 

 

« Ni rire ni pleurer, mais comprendre. » (Spinoza).. 

 

Il  n’est  pas  inutile de revenir au texte pour comprendre quelle était la problématique  à trouver  dans ce débat. Ramenée à son auteur, la citation  renvoie  à  la question de la cause de soi. Dieu ? La Nature ? , Notre raison ? Nos  passions ? .En cela, ce fut un bon sujet car on pouvait cerner le cœur de la question en partant d’un sens ouvert, décontextualisé et ce faisant, nous avons pu, par les apports des uns et des autres, découvrir ce que signifie comprendre. 

Devant cette citation, il n’est pas étonnant que beaucoup se soient attachés à faire une sorte d’arbitrage entre émotion et raison. Souvent les participants témoignaient de leur ressenti personnel, de leur vie en y puisant des exemples sans voir pour autant que la question du pourquoi le « ni, ni, mais » ne pouvait pas se comprendre dans une opposition entre émotion et raison. 

En fait cette question est celle de la liberté au sein de notre nature à laquelle nos affects participent grandement. Ceci a été rappelé par un participant et vite oublié. A l’opposé, notre raison- dont nous croyons qu’elle pourrait  les maîtriser, les canaliser, les transformer, voir les sublimer -, est pensée souvent « hors nature », en surplomb, comme  une pure création auto générée par elle-même.

Que disait Spinoza ? Que l’homme à tendance à se considérer dans la nature « comme un empire dans un empire ». En gros, qu’il ne serait déterminé que par soi. Spinoza oppose, lui, que « la nature des sentiments, leur force impulsive et à l’inverse le pouvoir modérateur de la raison, personne ne l’a déterminé ». L’homme est dans la nature comme participant d’elle, ue comme un tout

Au lieu de penser les passions comme un vice par rapport à la nature, il faut selon lui, les considérer comme une nécessité naturelle. Au lieu de s’en moquer ou d’en rire pour soi ou chez les autres, il faut sortir de l’illusion du libre arbitre. Car il est lui -même l’effet d’une cause qui le détermine et cette cause ce sont les passions. Ainsi la cause de la raison qui agit sur les passions est l’effet des dites passions. « Notre esprit agit en certaines choses et pâtit en d’autres en tant que notre esprit  a des idées adéquates ou non » (Ethique partie III).

Mais rire ( pour Spinoza dans le texte : rire des autres ou pleurer d’un mauvais usage du libre arbitre chez les autres  du fait de leurs passions n’est pas une attitude adéquate. Il faut plutôt comprendre rationnellement les choses car pour Spinoza, le salut est, dans, et par, la connaissance.

Cette recherche de la compréhension des hommes et du monde est libératrice de l’illusion d’un réel différent de ce qu’il est. Comprendre de façon adéquate est à l’opposé de la pensée par imagination qui est toujours déterminée à prendre des illusions pour la réalité,

Conquérir  sa part de liberté plutôt en cessant d’inclure le monde vécu dans le prisme de sa subjectivité  c’est  ne pas se sentir condamné à demeurer passif, à subir les causes de soi Surtout si celles  que l’on croit  avoir identifiées  ne sont  que les causes qu’on a besoin de croire  pour  justifier ses « passions tristes ». (celles dont Spinoza dit qu’elles qui diminuent la puissance d’agir  dans son  rapport à soi ).

Tout au contraire, les passions joyeuses - toujours relativement à soi -ne déterminent pas mais  « induisent  à toucher des notions communes » et par ce biais, à dépasser la sphère de passions. Pourquoi ? « Parce que comprendre c’est s’approprier, c’est  une cum- préhension, la rendre propre à soi-même et commune à ce qui n’est pas soi même ».

On reprochera  à Spinoza une éthique  du salut  par la connaissance qui escamote la souffrance. Mais qui  à le pouvoir de la supprimer ? Tant qu’on ne voudra pas y voir sa propre responsabilité dans le « ce qu’y m’arrive, j’y ai été pour quelque chose », nous resterons cloués au crucifix des passions tristes . Car la rédemption ne peut venir que  nous-même. Par le comprendre- soi, précisément 
 
Gérard Tissier
 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Question...
Ecrit par Georges Rigoleur. 09-03-2015
Peut-on comprendre, si on n'a jamais ni ri, ni pleuré ?

2. Réponse ..
Ecrit par en passant. 27-03-2015
non, on ne peut pas comprendre pourquoi on rit ou pourquoi on pleure si cela nous est jamais arrivé.La question serait dans ce cas plutôt : "suis-je vivant ?" ce qui est le début de la compréhension car le doute est le moyen de savoir que l'on pense.Et comme disait l'autre " je pense donc je suis ".
Ainsi, comprendre -que l'on existe- ne passe pas forcément par rire et pleurer.

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