Le choix est-il suffisant à la liberté ?

café philo du 26 juillet 2015.Animation Lucie Crespin 

« le choix est il suffisant à la liberté ? »   

Parmi les nombreuses personnes qui sont conviées à animer le café- philo des phares  depuis maintenant quatre ans, j’ai eu la chance d’assister à la prestation de Lucie Crespin, une jeune et nouvelle  animatrice que j’ai trouvée excellente.

Généreuse dans des contributions délivrées avec gentillesse, on ressent qu’elle aime la philosophie  pour elle-même. C'était, je crois, sa troisième animation et j’ai eu la nette impression qu’elle avait très bien  intégré  l'habitus de l'animateur chevronné.( ferme quant au respect du sujet et à l'écoute des pistes qui s'ouvrent ) 

Pour un sujet mainte fois visité, j'ai trouvé que cela était une très bon débat  même si, comme le pensait Saint Augustin « ce n’est pas tant aux opinions des hommes qu’il faut regarder mais à la vérité en elle-même».( car l'essence de liberté reste à trouver)     

Pour ce qui me concerne la tentation est forte de  retourner la question posée. je veux dire  opposer  au choix comme critère de liberté,  le critère de pouvoir créer le  périmètre d’un choix libre qui engloberait  les diverses alternatives qui font sens pour le sujet dans un périmètre de possibilités acceptables et suffisantes.( la liberté réelle contre la liberté formelle chère aux marxistes)

Ce faisant  la question de savoir si le choix est suffisant  pour qu'il y ait liberté devient subalterne voire, périphérique. Ce critère de choix est-il d'ailleurs pertinent et opératoire et ici premier s’agissant de la liberté individuelle, d’opinion, de penser, d'aller et de venir, d'aimer ?

Je vous livre ici un "digest " de ce qu'on peut trouver sur le net  puisque ce sujet à été soumis au bac. Voici :

Si avoir le choix est nécessaire pour être libre, que signifierait de choisir sa  mort entre le fusil ou la corde ?Une liberté négative  pour soi n’en est pas une.            

Le choix et l'action suppose une force qui n'est pas inhérente au choix : nous n’avons  pas forcément les moyens de la mettre en œuvre. Il faut donc  ajouter au choix une force qui vise à réaliser l'option retenue. Cette force, la tradition l'appelle « libre-arbitre » 

Une première objection consiste ici à dire que cette force d'autodétermination qu'est le libre-arbitre n'est qu'une illusion car elle est elle-même déterminée par la force de l’habitude et si on en accepte l’idée, des déterminismes  psychiques venant de notre enfance, voire les desseins de Dieu qui « ne voulant que le meilleur des mondes possibles » , guide  les choix dans  la direction qui lui parait le plus souhaitable à cet effet (l’argument de Leibnitz)   .

Pour maintenir l'idée d'une liberté humaine sans nier ce qui nous détermine, on peut subtilement distinguer ce qui est certain et ce qui est nécessaire et donc réorienter la réflexion sur le rapport que peuvent entretenir la liberté et la raison.

Pourquoi ? Parce qu’ à trop vouloir rationaliser le choix pour en faire un juste critère de la liberté, il est fort probable qu'on la réduise la liberté à n'être qu'une illusion.

Etre libre, ce serait alors  agir par soi-même mais sous le commandement de la raison, c'est-à-dire en faisant notre devoir ? (Kant et son impératif catégorique dans sa critique de la raison pratique )

 Si la raison est légitimée à éclairer nos choix et agir par discernement, il est bon néanmoins de penser que cette raison « incline sans nécessiter ».Il faut accorder une place au libre-arbitre indépendamment de la raison, pour maintenir l'idée de liberté face à la raison instrumentale . 

Et c'est ici le mérite des pensées existentialistes .Nos choix libres nous engagent et constituent  une existence en tant que nous sommes acteurs de notre histoire. 

Il y a donc des choix existentiels qui  dépendent de mobiles et de motifs qui sont des créations de la liberté. Chacun de nous choisit, dans un contexte donné, ce qui vaut pour lui comme une raison d’agir et comme un but à atteindre

Si ces choix n’étaient pas dictés par un  "projet de soi" ,(Sartre) ou par un "moi profond"( Bergson)  alors la liberté serait une valeur creuse que l’on pourrait combler  par des rôles sociaux dans lesquels les comportements et les attitudes sont normés. 

Il faut donc voir que la  volonté qui sous-tend  notre liberté n’est vraiment libre que lorsqu'elle se donne à elle-même un contenu. On trouve ici la question de l’engagement dont la portée et les conséquences ne sont  pas étrangères à la liberté en tant que valeur  

Bref, choisir entre ce que nous n’avons pas créé n’est pas encore la liberté achevée.

Tout au plus des alternatives  ou des options pour l'action. Les choix qui font sens sont ceux que  nous  pouvons nous approprier pour dire " je suis ma vie".

Ainsi, et pour reprendre une formule de Jean-Paul Sartre, c'est bien notre "existence qui précède notre essence ".  

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Gérard Tissier

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. ça se discute..
Ecrit par gtissier. 19-08-2015
Quelques contre- arguments sur le lien entre la liberté et le choix qui en serait la condition première

1/ la liberté d'indifférence qui est le bas degré de la liberté, situation où l'on se trouve quand aucune raison positive fait pencher d'un coté ou de l'autre
2/ Spinoza qui écrit " quand vous savez que vous n"êtes pas libre alors c'est que vous être libre"( la liberté est d'abord la liberté de l'esprit.
Ou encore toujours de Spinoza : "quand vous savez que vous n'avez pas le choix, vous avez la joie de la sérénité"(accepter ce contre quoi on ne peut rien car si l'absence de contrainte est une liberté on la nourrit par notre entendement qui nous permet de pourra situer l'endroit où investir notre libre arbitre .( la liberté vient de nous et non pas des contraintes extérieures).

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