L'ennui

Café –philo du 16 aout 2015 – animation Joe Strich

 L’ ennui

Ecouter son désir et n’en rien entendre ?

Lassitude morale,  manque d'intérêt, mise en berne du désir d’être, extinction du conatus,( Spinoza) ) refoulement pulsionnel , libido oublieuse d’elle-même, uniformité ravageuse.La  carte du sentiment -ou des émotions- avec son île « ennui »   nous donne  soit le spleen ( une invention de Baudelaire) soit  attise notre curiosité pour trouver une voie de sortie.

La  question posée par un participant était « à quoi sert l’ennui ? ».  Cette formulation est  un peu trop dans l’air du temps et aboutit à parler d’autres chose en particulier du " a quoi sert le àquoi cela sert? ). Heureusement  l’animateur – Joseph  prof de philo,polyglotte et avisé  a vu le  piège et a proposé de limiter le sujet à l’ennui. Un programme en soi .

Bon, alors :  l’ennui c’est quoi ? Là on aurait dû hésiter entre le mélancolique et l’obstacle avec sa forme atténuée  le « souci" (très usité en ce moment chez les jeunes  mais moins aux phares.Question de génération ? )

Ensuite, on a pu- plus ou moins- voir venir  le contextuel. L’ennui, où cela ? A la maison,  par la pesanteur  de l’habitude qui écrase le présent de tout émerveillement ? A la plage ?,  au lit ?, dans les transports quand on ne peut  rien faire d’autre ?

Point saillant autant que pertinent : le «bore out» c'est-à-dire le syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui. Ce, en miroir du «burn out», l’épuisement par trop de travail.  La différence entre les deux  c’est la honte  même si, pour certains , avoir peu de choses à faire au travail participe d’une profession (le gardien de sécurité ) ou d’un statut ( le fonctionnaire en sur-effectif)  

il y eut aussi  le moment « phénoménologique »  pour qualifier l’état ennui. Absence de désir ( une forme de  mort  à soi-même  si, l’essence de l’être est  le désir. (Spinoza)) Et aussi  le fait de ne voir rien de  nouveau  autour de soi  puisque  la conscience est attente de ce qui surgit à elle.( Nicolas Grimaldi)

On comprend mieux ici l’addiction- pour rester en vie contre l’ennui- de la la force de la nouveauté. Elle est intelligemment bien exploitée  par les marchands. En tant que valeur d'attention mais aussi selon le ressort de l'envie qui consiste, entre autre, à avoir ce que les autres n'ont pas. 

On doit à Antoine Houdard, un dramaturge du XVIIeme sa formule glissé dans un poème" l' ennui  naquit un jour de l’uniformité»( que j’ai attribué à tort à Victor Hugo dans mon intervention.) Il a incarné  la lassitude des nouvelles générations de son temps face au carcan du classique.

Aujourd’hui  l’ennui viendrait plutôt- pour les plus vigilants- de l’antienne de la pensée unique  qui se voudrait économico-politique sous l’étendard du « réel ».(  le droit au rêve étant concédé aux dinosaures idéalistes  fossilisés dans leur vieux schémas)

L’ennui  vient aussi  des conversation traitant de tout sujet sous l’angle convenu   à la manière des news-magazine, dont la fonction première dès les  années 70,  a été de fournir le viatique minimal  pour  ne pas mourir idiot  dans les dîners ou autour d’un « drink ».

Le café philo n’échappe à cette règle : parler si l’on peut mais sans  heurter de front  le consensus sans lequel l’écoute et la tolérance seraient difficile à maintenir. Ce que certains ont mis sous le vocable du «cela ronronne» (c’est toujours pareil) procède davantage du conformisme naturel propre aux groupes humains  qu’à une quelconque  médiocrité intellectuelle. En effet pourquoi se faire des ennemis ou être incompris ? Pour partager la diversité (l’antidote de l’ennui) faut- il encore que cela soit consommable par tous !.    

 Quelques  précisions  trouvées sur le net :

Sur le plan psychologique, l'ennui nous permet de prendre de la distance, de nous détacher de notre corps et de notre environnement pour réfléchir sur nous-mêmes. »

«Éviter de s'ennuyer est aujourd'hui considéré comme un impératif par la plupart de nos contemporains, à tel point que l'industrie des loisirs et du divertissement a pris une extension considérable».

« Cela fait des siècles que les sociétés occidentales urbanisées en font l’expérience : dès lors que sa sécurité et sa survie sont assurées, l’homme s’ennuie. Mais c’est sans doute de cet état consenti que sont nées les créations les plus raffinées »

Le XXeme siècle a posé avec Freud le terme de  neurasthénie comme la  traduction à la fois de l’ennui et du mal du Siècle. Erhenberg -un sociologue - parle, lui, de la "société du malaise". Selon ses analyses;  la montée de la dépression viendrait de l'interdit à s'ennuyer, de l'injonction à réussir sa vie, à être "soi, à être au top, tout le temps.

A- t-on le droit de ne pas faire la fête ? A ne pas "bouger" dans un monde qui  "bouge?".A ne pas "changer" dans un monde qui "change"?. A ne par faire du présent le seul temps de la durée.? 

Alors  l’ennui, en résumé,c’est psychologique ? social? contextuel ? culturel?

En fait,ce serait plutôt un sentiment diffus qu'il a été, malgré le talent et l'aide de l'animateur,   difficile de bien cerner dans l’espace restreint de ce café-philo. Bien qu'il en reste  - comme souvent  dans ce type d' exercice- un concept encore vague aux frontières encore floues il y eut cependant  pas mal de grain à moudre.

C'est que l'ennui, cela peut donner des idées !

Gérard Tissier 

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. le travail, quel ennui ?
Ecrit par En passant du côté d. 28-08-2015
L’ennui au boulot,en voilà une idée ! Selon une article du Monde que j’ai conservé, le manque de sens toucherait 30% des salariés. Une société visant au bonheur quel ennui ! L’ennui pour moi, ce serait comme un clignotant. Difficile de ne pas voir à moins de détourner les yeux. Il faut lui opposer l’élan vital de Bergson :le désir de créativité. J’étais au café philo dimanche. Ils parlaient de « sauver son rêve ». le Rêve ? Quel rêve ? C’est nous qu’il faut sauver . Et de nous-mêmes.

2. restons dans le sujet et le propos de cet espace
Ecrit par gtissier. 19-09-2015
Ce site n'est pas un lieu de promotion ou d'information sur des livres qu'il serait intéressant de lire -pour qui?,pourquoi? ; nous ne saurions en être juge et ou intercesseurs via.Il est destiné à la pratique d'un ou plusieurs endroits participant de l'univers des cafés-philo.Si besoin, on pourrait alimenter une rubrique bibliothèque sous notre responsabilité. A voir. En tout cas, j'ai vu passer un truc (dépublié) sur la fin du monde en 2084.Désolé c'est trop loin !

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