Expliquer est-ce justifier ?
Café philo du 24 janvier 2016  Animation : Gérard Tissier
 
 
EXPLIQUER EST-CE JUSTIFIER?
 
 
 
Ce sujet vient d’une déclaration  du premier ministre  rattachée à une actualité que tout le monde situe. En vérité la charge était encore plus violente contre   la sociologie puisque c’est  l’expression « presque excuser « qui  a été utilisée  devant les députés (et non le verbe justifier que j'ai repris pour un débat pouvant  être "dé-actualsé".
 
Or si « expliquer une conduite, est-ce la justifier ?» est un sujet de bac qui a comme d’autres  sa place aux phares, l’affirmation de Manuel Valls  pose une question sur l’usage du savoir que nous avons des choses dans la dynamique de l’action.  

Pour les sociologues qui on réagit ici et là dans la sphère  médiatique, il semblerait qu’on veuille  implicitement  poser  un jugement moral sur eux ; ceux qui travaillent  à  expliquer des situations, des contextes et des trajectoires en plaçant les individus dans le champ de déterminismes souterrains.

L’argument du chef de l'exécutif é est « qu’il n’y a rien à comprendre » (devant l’horreur), et que donc, « expliquer c’est  presque justifier », sous- entendu, se rendre complice ou entraver de fait l'union nationale pour une mobilisation sans failles  

On peut lire à ce propos dans Libération qu’il  y a ici un  discours à double face. D’abord la vision libérale  de l’individu. Autonome, responsable  et nécessairement pleinement coupable.

Ensuite  un discours de  rejet  sans équivoque de la culture dite «de l’excuse».Comme si on pouvait cesser de mettre en question les fausses évidences  et de prendre du recul à partir des connaissances accumulées sur la société.   

S’y  ajoute la thématique  de la guerre déclarée- c'est moi qui souligne. On pourrait presque dire celui de la « patrie en danger »(1792) qui suscita, dans sa dynamique même  la logique de la Terreur. Rappelons-nous  ce mot de Danton :"soyons terrible pour éviter que le peuple ne le soit".

Il parlait de  la répression à mettre en place sur le plan des institutions pour que ne se reproduisent  pas les "massacres de septembre" ces derniers résultant autant d'une  pulsion de vengeance que de l'impuissance des pouvoirs face aux menaces. Cela donna la"loi sur les suspects" que vient d'évoquer notre défenseur des droits (sur France inter le 4 février) loi qui permettait d'emprisonner les gens sur de simples présomptions et qui  peut se compare aux assignations à résidence sur fiches de renseignements. 

Sur  le site d'un café-philo à de Reims, je découvre une critique sur l'intérêt  politique d'utiliser la peur dans une restrictions  permanente des libertés  pour soit-disant une meilleure prévention. Si la sécurité est une condition de la liberté, nous ne serions nous satisfaire de " la banalité de l'éloge sécuritaire " 

L’urgence ici semble devoir être la vigilance sur des évolutions possibles dans notre démocratie et ce point de vue, fut - heureusement- exprimé mais à mon regret, de façon minoritaire.Autant dire que le climat général tendant à  soutenir l'abaissement des droits pour un montée de la sécurité dont on admet par ailleurs que c'est effort sera long et que l'on peut garantir une efficacité absolue.    

Mais revenons à la a formulation de notre sujet.r. Je livre ici un résumé de  la problématique trouvée dans un corrigé de dissertation  sur le sujet « expliquer une  conduite, est-ce la justifier ? »

 « Si  excuser serait de placer l’acte dans un contexte qui lui donne des raisons d’être et surtout, qui le décharge de toute responsabilité, la « justification »  est une autre démarche.

On va au-delà de l’analyse objective. Ainsi, il y a  « justification » lorsque ce qui a été expliqué objectivement selon ses lois internes est intégré à une idéologie qui en fait une norme et qui lui trouve une finalité supérieure.

La justification c’est le fait de mettre dans une perspective philosophique l’analyse structurelle. Elle vient, dans  un second temps, comme achèvement. C’’est un plan qui ne répond plus à une analyse objective mais à une analyse morale. L’analyse objective est donc finalisée par la justification ».

Le terrorisme du 13 novembre cherche à frapper les esprits et se déclare  comme  une réponse à une guerre que fait la France. Il est acté  par des  hommes  qui se croient des combattants et qui à ce titre, massacrent des innocents et  paradoxalement se suicident ensuite pour pouvoir en toucher un bénéfice dans l'au-delà.                                                                                                                            

L’autre  extrême est  aux USA : les détenteurs  d’armes  à feu  font 30 000 morts par an. En 2015 sur  les 274  premiers  jours, il y a eu 294 « meurtres de masse (impliquant au moins quatre personnes) Si cela  est inexcusable et injustifiable  n’y a-t-il, pas pour autant,  là aussi ,quelque chose  à comprendre ?

 

 Gérard Tissier

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LISTE DES COMMENTAIRES...


1. expliquer,est-ce justifier?
Ecrit par Hamm Robert. 09-05-2016
D'abord faut-il se décider entre deux Options:
ou bien le mot "justifier" doit corroborer,ou bien représenter une alternative.
En fait l'aspect "objectif" du mot "expliquer" ne doit pas donner l'impression de permettre une alternative,de donner l'impression qu'une autre explication puisse "valoir".
C'est justement la justification que l'explication doit rendre superflue ou même Incroyable....
L'explication ne peut donc valoir que sans "justification"....D'autre part le mot "justification est,d'un point de vue psychologique, très malheureusement choisi.
Que peut-on justifier? Que de l'inavouable avec des arguments douteux,des constructions intellectuelles partisanes....
L'explication doit donc valoir au-delà du cliché Sujet/objet,au-delà du parti pris...
Il ne faut donc pas se référer à une morale ou même à une loi mais,de toute manière à un principe universel,un principe typiquement "philosophique":
qu'est-ce qui vaut pour tous,sans exception,sans compromis,parfaitement et toujours,indépendamment de toute temporalité,telle est la règle...
La philosophie est un domaine sans compromis,sans politique qui ne s'intéresse que pour la recherche d'une vérité invariable....

2. Expliquer et comprendre pour penser. Penser pour agir
Ecrit par Daniel Ramirez. 05-09-2016
Cette idée selon laquelle il ne faudrait pas "comprendre" n'est pas nouvelle, elle a été employée dans les débats sur la Shoa, lorsqu'il s'agissait d'acter ce qu'on a appellé l'unicité absolue de ce crime et le fait qu'il est au-delà de toute logique, de toute idée humaine "compréhensible". Mais jamais on n'a refusé d'expliquer. Tout au contraire il s'agit d'expliquer et je diraiss même de comprendre si expliquer et comprendre veulent dire des choses différents. A ce sujet, c'est Dilthey qui avait établi cette différence, selon laquelle nous expliquons dans les sciences de la nature, mais nous comprenons dans les « Les sciences de l'esprit (Geisteswissenschaften), d'où résulte la séparation actuele entre sciences exactes et sciences humaines. Tout cela n'est pas très actuel ni très pertinent, car ni expliquer ni comprendre, évidemment, ne veulent dire "justifier". C'est totalement délirant. Et la tentative de faire passer cette idée qu'expliquer est "presque justifier" ne peut se traduire que dans le projet de créer une non-pensée, qui rejete en bloc, qui accepte en bloc, c'est à dire une idéologie, dailleurs assez proche de celles qui méritent l'appelatif de totalitaires. Rien n'est plus nécessaire que la connaissance pour agir, et la connaissance n'est rien sans explication et compréhension. La justification est de l'ordre de la morale et n'a rien à voir la dessus.

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