Les cow-boys, les Belles Ames et la liberté d’expression
Écrit par Marc Goldstein   
08-01-2007

Tout d’abord merci à Marc pour son article sobre et lucide sur notre dernier débat qui, reconnaissons-le, fut un peu plus houleux qu’à l’accoutumée.

Au moment d’écrire ces quelques lignes j’hésite à revenir une fois encore sur cet évènement auquel il ne faudrait peut-être pas accorder plus d’importance qu’il n’en mérite. Les faits : un ivrogne a voulu dans une tentative dérisoire s’accorder quelques minutes d’audience dans un café philo. Quelques participants on pris l’initiative de l’en exclure par la force. Soit.

 Et pourtant ! Pourtant nous sommes au Café Philo de Phares, place de la Bastille à Paris. Lieu historique et symbolique s’il en est. Quelqu’un n’a donc pas pu s’exprimer librement, justement dans ce qui devrait être le Temple de la Liberté d’Expression. Sacrilège ? Profanation ? Et si les choses avaient mal tourné ?

La première chose que m’inspire cet évènement est un peu d’humilité. Humilité par exemple devant la difficulté de la tâche d’un jury amené à jugé de la responsabilité d’actes commis en quelques fractions de secondes et qui ont fait basculé des vies. Humilité devant la tâche ingrate d’un représentant des forces de l’ordre sommé d’agir systématiquement et souvent dans d’urgence avec lucidité, humanité et prudence. Humilité aussi devant le prof face à une situation ou le chahut peut dégénérer à tout instant. Dans ces instants, les débats feutrés d’un café philo pourraient apparaitre dérisoires ou mondains. C’est évidemment le contraire. Toutefois la réflexion doit à l’évidence intervenir avant que l’évènement ne survienne. D’où ma première conclusion : il faut se donner quelques règles simples sur la conduite à suivre si pareilles circonstances venaient à se renouveler et faire connaitre ces règles.

Mon second constat est que l’émotion dominante chez la plupart d’entre nous était l’indignation. Les uns (appelons-les, les « cow-boys ») estiment que 150 personnes n’ont pas à attendre patiemment qu’un seul cuistre imbibé de champagne daigne mettre un terme sa logorrhée agressive. Les autres (appelons-les, les « Belles Ames ») pensent que même un cuistre a voix au chapitre et que la liberté ne saurait souffrir d’aucune exception à fortiori dans un café philo.

Soyons clair, mon tempérament m’incite, sans beaucoup d’hésitation, à prendre parti pour les « cow-boys ». A ce titre, j’ai trouvé particulièrement ridicule la grandiloquence de certaines déclarations des nos « Belles Ames » drapées dans leur vertu immaculée. Le jour où véritablement il y aura profanation quels mots donc utiliseront-ils ?

Pourtant, à bien y réfléchir, les deux indignations avaient en définitive la même origine : le sentiment que l’on bafouais quelque chose de sacré : «  la liberté d’expression ». En définitive ce qui distingue les « cow-boys » et les « Belles Ames » c’est le moyen de la préserver. Revenons donc, chacun avec notre sensibilité, au débat et tâchons de ne pas prêter à l’ « autre » des desseins à priori noirs et machiavéliques.

Cela semblera peut-être excessif à certains, mais je ne peux m’empêcher de rapprocher cet incident sans conséquence à certains faits divers, quand à eu infiniment plus tragiques. Je pense ici aux agressions physiques dans les transports publiques. Où l’horreur devant la barbarie d’un acte criminel le dispute à l’horreur de la lâcheté d’une inaction collective dont nous aurions peut-être pu être complice si le sort nous avais placé là au mauvais moment. Le rapport ? Peut-être pour certains d’entre-nous, un refus viscéral et sur le moment sans doute pas très réfléchi de l’inaction. En ce qui me concerne, je le trouve salutaire. Le refus de l’usage de la force en toute circonstance, relève pour moi de la sensiblerie, de l’immaturité et même d’une certaine forme de décadence. De surcroit, il fait le lit des pires extrémismes.

Pour terminer sur une note constructive voici quelques sujets de débats qui m’ont trotté dans la tête en rédigeant ces lignes :

  1. Qu’est-ce que l’incivilité ?
  2. La force au service de la liberté ?
  3. La non-violence
  4. Qu’est-ce que le courage ?

 

Écouter des extraits du débat : c'est ici.

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Peut-on être cow boy et belle âme ?
Ecrit par hmarguet. 11-01-2007
Salut Pirmin,

La vraie vie fut-elle donc enfin invitée dans le microcosme douillet d'un café philo ? La question posée par l'intervention inopportune d'un fâcheux mérite cependant d'être dissertée : où se termine donc la liberté d'autrui (surtout quand l'autrui en question est passablement imbibé...) ? Là où commence la liberté des autres, serait-on tenté de répondre en première approximation... mais le sens aigu de cette seconde liberté pour certains (plus dominés par la passion que par la raison ?), les conduisit à user de la force pour bouter le butor hors du lieu, au lieu de détourner son attention d’ivrogne de la vanité de son intervention... J'approuve cependant. J’aime le panache et la passion. Ben ouais, j’aime pas qu’on emmerde mes copains…
Mais n’auriez du vous pas réglementer la prise de parole ? L’entente d’un groupe éphémère, basée tant sur le respect de l’éloquence que sur la pertinence des raisonnements a ses lois tacites… Lois qu’il aurait fallu peut-être expliciter (donc écrire et voter) pour que la justification de la force soit admise par chacun.
Pourquoi admets-je l’intervention de la force brutale dans un café philo et pas celle de Bush en Irak ?
Parce que j’adhère de part mon éducation, mes convictions, à une intervention citoyenne dans un contexte simple et connu (et qui plus est sans conséquences sur l’intégrité d’un homme), parce que je ressens comme légitime la soustraction d’une gêne entre gens de bonne compagnie.

Parce que je n’adhère pas, de part ma position de citoyen du monde, à une intervention mal préparée, non votée par l’ONU, dans un contexte complexe et aléatoire…

La liberté dans un microcosme est-elle comparable à la liberté dans un macrocosme ?

En tous cas, t’as bien fait de le mettre dehors, ce bouffon, Pirmin, quoique la méthode aurait put être moins traumatisante pour nos belles âmes…

On peut donc être un cow-boy à belle âme… sauf en cas d’imbécillité congénitale manipulée par les lobbies militaro-pétroliers…

2. Philo à la Mexicaine
Ecrit par Victor. 11-01-2007
Voilà un événement que me rappelle mon lointain pays dont les fêtes ne sont bonnes s’il n’y a pas au moins un peu de sang.

Je voudrais contribuer avec un peu de relativité. Moi j’étais aussi témoin de la douce brutalité au Café de phares, mais j’ai vu toute une autre histoire. C’est peut être trop mexicaine de se moquer du malheur du monde. Moi, j’ai trouvé plutôt drôle les critiques du provocateur pour nos montrer la faiblesse du café : La défense absolue de la liberté (d’expression) face à la colère.

Un group en colère se barre en défendant la liberté d’expression mais drôlement ils mettent en question la liberté d’un provocateur.

Un autre group en colère repousse le provocateur, remettent l’ordre mais drôlement ils mettent en question la « liberté » première valeur de la France.

Et les autres comme moi on a pris la responsabilité d’être irresponsables, de ne rien faire. Ou simplement on n’a pas touche l’extase de la colère qu’arrive à tout le monde.

Je me pose donc des questions : Faut-il de colère pour réagir ? Peut-on défendre la liberté de la colère comme la liberté d’expression ?

Je suis plutôt content de voir que la philosophie ne tue pas l’animal qui vie en nous tous.

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