Qu’est-ce qu’être responsable ?
08-01-2007

... ou « règlement de compte au café du Phare Ouest »

 

 Être responsable, ce serait tout à la fois assumer toutes les emmerdes de la vie, mais aussi connaître, s’informer. Le thème du jour aurait un lien avec deux autres sujets également proposés ce jour-là : Penser la catastrophe et Quoi de nouveau sous le soleil (relatif au réchauffement de la planète) ? Pour être responsable, il faudrait en premier lieu avoir un minimum d’estime de soi, puis accéder à une certaine autonomie, à une certaine liberté, et enfin pouvoir assumer les conséquences de ses actes. La responsabilité serait donc une affaire essentiellement morale. Pour certains, l’être humain doit d’abord être adulte pour pouvoir être responsable. Que signifie « responsable » dans une société infantile ? Pour d’autres, un acte responsable est un acte qu’on a choisi de faire délibérément, en toute conscience et en toute liberté. Enfant ou adulte, la question ne serait pas là : la responsabilité est affaire de choix, et il n’y a pas d’âge pour faire ce choix.

La responsabilité de qui ? Celle du géniteur, par exemple, est-elle épanouissante ou au contraire écrasante ? Le sentiment de responsabilité viendrait de l’intérieur, comme on a pu l’entendre, dans la mesure où une mère se sent responsable de ses enfants bien plus que de ceux des autres. S’il existe plusieurs sortes de responsabilité (personnelle, professionnelle, civile, pénale, d’état, collective…), peut-on dégager quelque chose d’universel, une unité de sens du mot « responsabilité » ? Certains l’assimilent à une promesse faite à soi-même, en faisant la distinction entre responsabilité et culpabilité. Paradoxalement, on se sentirait d’autant plus coupable qu’on n’est pas responsable. Pour d’autres, la responsabilité serait une affaire personnelle qui n’est pas liée à la culpabilité : « On peut être responsable sans être coupable. » Enfin, la responsabilité pourrait être vue comme l’engagement du « je » dans le « nous ».

C’est alors que, comme un fait exprès, un incident se produit au beau milieu du débat. Comme dans un western, un des participants jette sans ménagement un trouble-fête hors du saloon des Phares. Voilà un geste que d’aucuns qualifient de courageux, et dont le protagoniste assume l’entière responsabilité. Pour autant, est-ce une attitude responsable ? Faire un choix, bon ou mauvais, en son âme et conscience, et l’assumer, est-ce cela être responsable ? Agir sur un coup de tête ou sous l’empire de la colère seraient dès lors des attitudes recommandables. Est‑ce vraiment le cas ? La tolérance et la responsabilité font-elle bon ménage ? Certes, l’importun violait les règles du jeu du lieu. N’était-ce pas de la provocation ? N’a-t-il pas fait preuve de violence, verbale celle-là ? S’il n’est pas nécessaire d’être conscient pour être responsable, pour certains l’intentionnalité peut tenir lieu de responsabilité. Mais le perturbateur agissait-il intentionnellement ?

Et les participants qui n’ont pas agi sur le coup – pour aider l’un ou l’autre, ou s’interposer –, sont-ils moins responsables ? Moi‑même, je n’ai rien fait. Et je n’ai rien dit. D’ailleurs, je n’ai même pas eu le temps de penser. Et si l’un ou l’autre avait sorti un couteau ? Au fond, était-il préférable que cet incident n’ait pas eu lieu ? Faut-il le déplorer ou au contraire s’en réjouir ? Je ne sais. Et si personne n’avait bougé, que se serait-il passé ? Après coup – eh oui… à croire que l’intelligence, la mienne en tout cas, arrive toujours après la bataille –, je me suis dit : j’aurais dû me lever pour glisser à l’oreille du trouble-fête : « C’est mon anniversaire. Viens, laisse-les débattre entre eux ; je t’offre un verre à ma santé… » Ce n’est pas vrai, ce n’est pas mon anniversaire, mais peu importe, ça aurait peut-être marché. Peut‑être… et il n’y aurait pas eu de violence. Si, comme le dit Charles Péguy, « la morale de Kant a les mains propres, mais elle n’a pas de mains », j’ai le sentiment que la mienne manque de réflexes...

Alors, qui est responsable et de quoi, au juste ? Quelle est la nature du lien entre « responsabilité » et le fait de « répondre » (de ses actes) ? Dans quelles conditions la responsabilité s’exerce-t-elle ? Existe-t-il une responsabilité collective ? L’inévitable conflit entre ce que l’on s’est promis à soi‑même et notre responsabilité envers les autres peut-il déboucher sur autre chose que la « guerre des responsabilités » ? Autant de questions qui ne trouvèrent que des embryons de réponse… Si « quand tout va bien, on ne cherche pas de responsable », l’incident du jour tomba à pic et, en s’inscrivant d’emblée au cœur du sujet, il permit à chacun de réfléchir en situation. C’est aussi ça, le café-philo.

 

Écouter des extraits du débat : c'est ici. 

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. responsable...rarement le contraire d'irresponsable
Ecrit par Jacques. 16-11-2012
Etre responsable...mais c'est accepter de porter sur ses seules épaules le poids de toutes les fautes qui seront commises alentours depuis des lustres ; personnellement, depuis que je dis à qui veut que je fais aussi tomber la neige et la grêle, tout le monde autour de moi va et vient content ! Allez comprendre !?!
Pour d'autres, être responsable, c'était gagner dix fois sa vie en faisant trois fois rien.
Pour d'autres encore, ce sera continuer à faire n'importe quoi dans la plus totale impunité...
...et pour tous, très rarement le contraire d'irresponsable !!!
Sans doute le mot a-t-il fait florès en occident quand la peur conjuguée de l'enfer et du bandit n'a plus été assez forte pour faire courir le roumi, vers 1500, ère chrétienne.

2. responsabilité des philosophes du dimanche
Ecrit par l'idiot du villlage. 17-11-2012
Le président "normal" ( c'est quoi déjà la normalitude ? ) se dit désormais "responsable" :
= "responsable mais pas coupable" comme on dit dans cette gauche prétendument pauvre gentille et désintéressée ? La "vieille droite bourgeoise dont la France ne veut plus" ( je cite Jean-Marc Aurault , tant qu'à faire allons-y dans les insultes n'est-ce pas ) se gausse. Mais les responsables sont-ils ceux qui ont voté pour lui ou bien François II en personne ou l'équipe qui bavardent autour de lui au lieu d'agir ? Les responsabilités,qu'elles soient individuelles ou collectives sont à assumer . . . mais on assume quoi au juste, au café des Phares ?

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