Comment se débarrasser de la violence sans être violent ?
15-01-2007

La capoeiraLe sujet du jour « Comment se débarrasser de la violence sans être violent ? » a été inspiré d’une part, par le film Apocalypto, présenté comme gratuitement violent (à des fins mercantiles, toutefois !) et d’autre part, par l’incident de dimanche dernier survenu aux Phares (voir les articles des 8 et 9 janvier 2007 autour du thème de la responsabilité).

La mission du philosophe n’est-elle pas d’essayer de convaincre par la parole, et non par la force ? Peut-on combattre la violence par le dialogue vrai ? Rien n’est moins sûr puisque les idées nouvelles, celles qui transgressent les idées reçues, celles qui s’opposent à la doxa, font toujours l’effet d’une bombe. Pour autant, un penseur qui ne philosopherait qu’à coups de marteau ne finirait-il pas par voir tous les problèmes comme des clous ? Qu’il s’agisse de bricolage ou d’apaiser un enfant turbulent, on ne peut nier que calme et douceur sont parfois plus efficaces que colère et violence. Maîtriser sa violence serait alors affaire d’éducation : la contenir d’abord pour ne pas se laisser envahir par elle, et avec le temps en venir à bout, tant il est vrai qu’au fond elle ne résout les problèmes qu’en apparence. Pour autant, faut-il que tout un chacun tende la joue gauche à un éventuel agresseur, voire participe chaque dimanche à un café-philo pour endiguer toute violence ? Ça se saurait…

Que faut-il faire alors ?

  1. Peut-on avoir une réaction adaptée à chaque cas de violence sans savoir à l’avance quelle solution appliquer – trop de singularités empêchant de dégager une loi générale – ou peut-on appliquer une solution universelle anti-violence – et dans ce cas, quelle serait cette recette miracle ?

  2. Une violence maîtrisée et sans haine, canalisée par la pratique des arts martiaux par exemple, est-elle recommandable ? Par sûr, car si la haine s’épuise, l’exercice de la violence sans haine, lui, ne s’arrête jamais… et peut causer bien plus de torts qu’un simple accès de colère.

  3. Les stages professionnels lénifiants ou l’on apprend à répondre à un client mécontent : « Je vous comprends, j’entends votre colère… » ne sont que des pis-aller si aucune action concrète n’est engagée pour régler la situation.

  4. Fuir ? Si la fuite a le mérite d’éviter la violence, elle ne règle en rien le désaccord. Mais à tout prendre, ne vaut-il pas mieux vivre avec des suspens que les régler dans le sang ? Au nombre de guerres qu’il fait, j’imagine que l’être humain a dû répondre non à cette question, contrairement au rat. Mais au fait, qui sont les plus nombreux à Paris, les hommes ou les rats ?

  5. Essayer de canaliser sa violence en créant. La musique adoucit les mœurs, dit-on, pourquoi pas la sculpture… Voir le cas de Jimmy Boyle dans l’article « En prison, tu crées ou tu crèves  ! » 

Donc, si nous n’avons le choix qu’entre se soumettre ou se révolter, et devant le manque d’efficacité de la non-violence, il paraît impossible d’éviter un jour ou l’autre la violence. Quand se déclare-t-elle ? En cas de viol du respect. Dès qu’on ne respecte pas le projet de vie de l’autre, il y a violence. On peut se débarrasser de l’agresseur, de sa peur, d’une menace, mais pas de la violence elle-même. On ne peut pas s’en débarrasser parce qu’elle est nécessaire bien que jamais légitime. Nécessaire ne veut pas dire bonne.

En revanche, la violence non nécessaire, la violence gratuite, meurtrière, est condamnable. Mais la violence gratuite existe-t-elle ? La violence n’est-elle pas toujours une forme de réponse à quelque chose d’insupportable (les inégalités sociales, par exemple) ? Et qu’est-ce qu’un événement insupportable ? Sans aller jusqu’au sadomasochisme, tel événement sera considéré par les uns comme une violence et non par les autres. Pour autant, doit-on considérer toute violence acceptée comme de la non‑violence (lancer de nains, mutilations consenties, etc.) ? Si la violence puise à la source de l’intolérance, on voit bien qu’on ne saurait tout tolérer.

Ainsi la violence ne se justifierait que si on la dépasse, mais pour la dépasser, il nous faut passer par elle. Alors, existe-t-il l’espoir d’une dernière violence, comparable à celui du dernier verre pour un alcoolique ? Et surtout, la disparition totale de la violence correspond‑elle à ce que nous cherchons ? Rêve-t-on vraiment d’un monde duveteux et ouaté ? Pas tous, en tout cas… Et puis, pour éradiquer la violence, encore faudrait‑il que ce soit une cause, or il s’agirait plutôt d’une conséquence. La violence serait même pour certains « la fille du désir ». Eh bien, souhaitons aux heureux (?) parents d’en avoir vite une autre, qui s’appellerait… Ataraxie ?

 

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