Le côté obscur du courage
Écrit par Marc Goldstein   
21-01-2007

Gonflé, le greffier... En tombant, la question de ce 21 janvier – « le courage est-il ringard ? » – me laissa dans un abîme de perplexité. Force est de constater que le courage est une notion ambivalente, difficile à définir. Un jeune diplômé des grandes écoles décide de partir élever des chèvres : courage ou choix de vie ? Un désespéré se suicide : courage ou incapacité à s’assumer ? Un homme sauve un enfant au péril de sa vie : courage ou inconscience ? Une mère célibataire élève ses trois enfants : courage ou abnégation ? Un malade ne s’effondre pas à l’annonce de sa maladie incurable : courage ou résignation ? Un soldat ne crie pas sous la torture : courage ou fierté ?

Le courage interviendrait au moment où l’on cesse de calculer. Mais s’il y a autant de risques à faire qu’à ne pas faire, peut-on dire que l’on fait preuve de courage en agissant ? Tout se passe comme s’il y avait dans le courage un côté obscur, un côté qui ne relèverait pas de la vertu, un côté dangereux, peut-être égoïste, qui dérange et qui fascine. Et c’est à la compréhension de ce côté que les aficionados des Phares s’attelèrent pendant deux heures.

Autres temps, autres mœurs : Cyrano serait bien déçu s’il revenait parmi nous, pour qui un geste courageux « c’est encore plus beau lorsque c’est inutile. » Le courage n’est plus dans l’air du temps. En tout cas, celui qui consiste à mettre sa vie en danger, l’éthique du guerrier. Aujourd’hui, rien ne compte plus que la vie, d’où un certain dénigrement du courage. Il n’y a pas de raisons qui vaillent au-dessus de la vie, sauf pour quelques fanatiques, et le côté belliqueux du courage passe donc pour suspect. Dans un monde où « à quoi bon !... » faire ceci ou cela, et où « tout se vaut », quelle peut être l’utilité du courage ? Dans ce contexte, il n’est pas surprenant qu’entente et conciliation aient bien meilleure presse que courage et agressivité.

Pourquoi donc ? Le courage en tant que rage du cœur, en tant qu’acte de colère, renvoie au terrorisme, à la spontanéité, à des comportements non contrôlables et dangereux pour soi comme pour les autres. Le courage gêne : sa gratuité, sa vanité, son efficacité relative font que l’auteur d’un acte courageux risque fort d’être regardé avec suspicion, voire simplement rejeté. Aussi le courage n’est-il pas politiquement correct. Le politique ne met d’ailleurs en avant que la sécurité, jamais de courage. D’où la litanie de cérémonies commémoratives pour les victimes de catastrophes de toutes sortes, et le peu de célébrations des héros ? C’est qu’il est plus facile de s’identifier aux victimes qu’aux véritables héros. Plus facile et moins dangereux. Finalement, le héros inconscient du XXIe siècle ne serait-il pas Ponce Pilate, celui qui ne se sentait concerné par rien, et préférait se laver les mains…

Mais nier au courage sa légitimité, voire son utilité, n’est-ce pas faire du vice vertu ? Au-delà des opinions de groupe minoritaires, souvent qualifiées de courageuses de façon illusoire, n’existe-t-il pas un courage de la pensée (spiritualité non religieuse, décroissance,…) ? Et qui juge du courage de l’autre ? Celui qui reconnaît s’être trompé fera pour les uns preuve de courage, et pour les autres sera un traître à la cause commune. Alors, comme le suggère Victor (un des participants), le courage ne consiste-t-il pas à dépasser ses propres valeurs, et éventuellement à les enfreindre, lorsque la situation l’exige ?

 

Écouter le débat : c'est ici.

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. merci marc
Ecrit par Invité/Visiteur. 21-01-2007
j'étais à2 doigts de mettre mon grain de sel, moi qui ai aprlé de la mrt symbolique de personnes comme camille claudel.
ton texte a une qualité que j'ai du mal à atteindre la distanciation.
Je pense au sketche de Devos, délégué du personnel, qui va voir le patron.
sa parole avait + dre pods quand tous ses copains attendaient dehors.
quels que soient mes écarts de langage, le café des phares me donne, souvent, le courage d'être moi
aliette

2. Des exemples, s'il vous plait.
Ecrit par Ourabelle. 24-01-2007
Le texte est beau, bien écrit et bien développé. Néanmoins je m'interroge... Peut-on me donner des exemples concrets qui le démontre que le courage est de nos jours dénigré ou regardé avec suspicion ?
Il y a une navigatrice (dont j'ai malheureusement oublié le nom) qui a passé l'hiver et les fêtes en solitaire sur un bateau (et qui doit d'ailleurs encore s'y trouver, je ne vois pas en quoi son exploit a géné qui que ce soit au cours de dernière semaine...
Le courage de l'Abbé Pierre a été véritablement encencé ces derniers jours...
Il y a dans ce discours, aussi intelligent et aussi sincère soit-il, quelque chose qui m'échapppe.

Merci à vous de nous amener à nous interroger et d'avoir le courage d'exposer et de confronter vos opinions.

3. "Le courage consiste à faire ce qui est juste" (Confucius)
Ecrit par Invité/Visiteur. 24-01-2007
Sujet intéressant. l'article distingue différents courages: celui généré par la conformité à un modèle (patriotisme, abnégation maternelle etc), par inconscience (mais cela s'apparente plus à du réflexe qu'à du courage. Il existe aussi celui qui consiste à tenter de se connecter à la vraie vie afin de faire des actes non pas gratuits et par vanité, ni inutiles, mais plutôt essentiels. Des actes courageux qui vont au-delà du confort des schémas sociétaux et collectifs, en affrontant ses propres peurs à ce sujet, plus terribles que la vindicte des bien-pensants. Il ne s'agit pas de colére, mais de nécessité absolue, non pour se garder en vie physique, mais en vie psychique.

4. Des exemples concrets [2]
Ecrit par Marc. 27-03-2007
Ourabelle a demandé : « Peut-on me donner des exemples concrets qui démontre que le courage est de nos jours dénigré ou regardé avec suspicion ? » Aujourd'hui, toute action qui ne serait ni utile ni rentable est longuement pesée avant d'être engagée. C'est dans ce sens que d'une part, on n'est moins enclin au XXIe siècle « à n'écouter que son courage » pour agir et d'autre part, que des actions comme la traversée de l'Atlantique en solitaire, le Paris-Dakar ou le saut à l'élastique peuvent sembler à certains moins héroïques qu'à d'autres. En effet, même s'il s'agit souvent d'authentiques exploits, si l'on apprécie le courage à l'aune du risque pris ou à celle de la gratuité du geste, on constate que ces actions sont aujourd'hui bien plus sécurisées et certaines bien mieux rémunérées que par le passé. Quelle est alors la motivation réelle de ce courage : la vanité ? l'argent ? l'égoïsme ? une impulsion incontrôlable ? le dépassement de soi ? le goût de l'aventure ? le goût du risque ? Un peu tout ça ? Si l'on peut comprendre qu'on hésite à mettre en avant les motivations les moins glorieuses, sont-elles pour autant à écarter totalement ? Par exemple, est-il nécessaire d'aimer le risque pour être courageux ? Ou au contraire, je vrai courage ne consiste-t-il pas à agir alors même que prendre des risques nous répugne ?

Ecrivez votre commentaire ici:

Titre
Écrit par
Code aléatoire
Vérification du code aléatoire
 
< Précédent   Suivant >

Qui est connecté

Il y a actuellement 1 invité en ligne

personnes ont visité ce site.