À quoi ça sert d’être vexé ?
28-01-2007

 C’est le sujet proposé par Victor qui a été retenu ce 28 janvier 2007 : « À quoi ça sert d’être vexé ? » La question est intéressante car elle contient un paradoxe. En effet, son présupposé veut que le fait d’être vexé (connotation négative) ait une utilité (connotation positive). Quelle utilité peut bien avoir quelque chose de négatif ? Que cherche-t-on à protéger lorsque se sent vexé ? Est-ce une force, un indicateur ?

La vexation est un sentiment complexe, à la fois émotion et attitude de défense. Encore faut-il être sensible aux paroles de l’autre. On peut aussi bien se sentir vexer par des proches que par des inconnus, ou vexer intentionnellement ou malgré soi, comme le montre l’exemple donné par Michel, un participant, de cette dame vexée de s’être vu proposer une place assise dans le bus. On peut même se vexer soi-même, en échouant devant témoin là où l’on était certain de réussir. Devant témoin. La vexation serait donc affaire de relation à l’autre.

Que se passe-t-il lorsqu’on est vexé ? Un mot a déclenché une réaction en nous, qui nous raidit et nous bloque. On a le sentiment d’avoir été pris en défaut et rabaissé. Pourquoi cette réaction ? « L'homme est né d'abord orgueilleux et l'amour-propre toujours béant est plus affamé que le ventre », nous dit Bernanos. Il s’agirait donc d’amour-propre, d’orgueil, d’une manifestation d’un ego exacerbé, souvent accompagné d’un manque d’humour. Et s’il s’agissait d’un moyen de défense, que cherche-t-on à défendre ? l’image de soi que l’on souhaite donner aux autres, une image aussi propre que possible, revêtue d’une belle cuirasse immaculée.

Or, voilà qu’une flèche vient d’être décochée, perçant cette armure donquichottesque, et toucher là où le bât blesse, provoquant un blocage dont la durée est directement proportionnelle à la quantité d’amour-propre du sujet touché. Le vexateur serait celui qui démasque les faux-semblants, qui met le doigt sur une faille qui lui paraît volontairement dissimulée. Il décoche une flèche là où ça fait mal. Mais cette flèche n’est-elle pas un appel au secours, une façon maladroite de montrer son intérêt à l’autre ? Rappelons-nous ces personnes naturellement cyniques, non dépourvues de sagacité par ailleurs, et qui passent leur temps à guetter la moindre incohérence dans les propos de leurs interlocuteurs, jusqu’à ce qu’elles leur décochent le mot qui blesse, et se régalent enfin de les voir se vexer. C’est sans doute un moyen bien vil d’essayer de prendre l’ascendant sur l’autre ; à se demander si la vexation n’est pas immorale… Plus prosaïquement, n’est-ce pas tout simplement leur façon à elles de communiquer, ou la seule qu’elles connaissent ?

Cela étant, comme la vexation n’est qu’une blessure superficielle, qui ne porte pas atteinte à la totalité de notre intégrité comme le fait l’humiliation, on peut s’en remettre. Mais de quelle manière ? Peut-on faire autrement que d’être vexé ? On peut essayer de dépasser cet état de mal-être pour le traduire en axes de progrès, tant il est vrai que toute blessure causée par un fond de vérité que l’on sait reconnaître nous fait prendre conscience de quelque chose, et partant, nous invite à nous remettre en question. Par exemple, en décidant de se contrôler, de renforcer sa maîtrise de soi, de choisir l’action appropriée de préférence à la réaction instinctive. Pourquoi ce moi gorgé d’amour-propre, ce moi susceptible, ne pourrait-il évoluer en amour de soi ? Si l’on jouit d’une véritable estime de soi indépendante du regard des autres, on ne devrait pas facilement se vexer. La vexation peut également traduire une honte d’être soi, de n’être que soi. La honte de voir sa vanité mise à jour. Mais là encore, une fenêtre peut s’ouvrir sur la compréhension de son être, si l’on parvient à dépasser ses émotions. On peut également se demander, après avoir été vexé par les propos d’un proche – vexation vécue comme une rupture de confiance, une trahison –, s’il ne serait pas temps de réajuster son rapport aux autres, et pourquoi pas d’être un peu moins généreux. Enfin, la vexation a cela d’utile qu’elle permet d’évaluer sa propre fragilité.

Et si la vexation n’existait pas ? Comment, s’il n’y a plus de vexateur, prendre conscience que la vexation reçue peut être l’occasion d’une avancée positive ? La vexation semble donc bien incontournable, consubstantielle aux rapports humains, d’autant qu’elle n’est pas toujours volontaire. En effet, comment apprendre sans s’égratigner ? Comment l’étincelle de la compréhension pourrait-elle jaillir sans le frottement d’émotions et d’idées opposées ? Ainsi, loin d’être une maladie à éradiquer, la vexation est pour certains un outil de construction de l’être, un levier de progression et d’amélioration de soi, et pour d’autres une façon de lever le voile sur le mystère en soi non atteignable sans l’autre.

Alors, que retenir de ce débat ? Pour ma part, je retiendrais trois choses. La première, c’est que pour se remettre en question, il faut pouvoir être perméable, mais pas trop ; c’est-à-dire se tenir à une distance raisonnable entre une susceptibilité maladive et l’indifférence totale aux propos de l’autre. La seconde, c’est le conseil d’Alfred (un participant) : ne jamais vexer quelqu’un qui transporte de la nitroglycérine ! Et la troisième, c’est la conclusion de Victor : la vexation n’est utile que si elle est suivie d’un travail sur soi. Ce qui amène la question : peut-on développer l’amour de soi sans le regard des autres ?

 

Sujet connexe : Ce que provoque l'humiliation par Carlos ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. vraiment ?
Ecrit par bleulesphares. 29-01-2007
A quoi cela sert-il ? A bien vite plier l'échine.Dire ensuite que l'on va travailler sur soi et transmuer son amour propre en amour de soi ma parait bien... philosophique etoptimiste. Que nous nous aimions y compris avec nos blessures n'empêche pas qu'elle soient là. Comme la trace de notre chemin,empreinte sans mémoire du temps qui passe entre les fils tendus de nos rencontres.Car comme disait René Char, les
mots savent de nous plus que nous ne savons d'eux. Il ou elle l'a dit et c'est cela qui compte. plus qye ce que nous en faisons.

2. sans leur regard mais pas sans eux
Ecrit par Lancelot. 02-04-2008
l'amour de soi peut etre faite independament du reard des autres mais au fond on ne peux s'estimer qu'en se comparant aux autres ainsi il ne peut y avoir que grâce aux autres qu'on peut construire son amour propre.je fais remarquer qu'il est paradoxal de so construire de l'amour PROPRE qu'avec les AUTRES. je voulais aussi dire que je me reconnais dans les personnes qui "decochent" des remarques aux gens mais pour moi ce n'et pas la "seule" maniere de communiquer je peux aussi parler sans critiquer. Par contre c'est une bonne maniere pour vous faire un entourage: en montrant que vous savz faire mal avec les mots vous creez la peur chez les autres et surtout en designant un bouc emissaire dans une communauté vous le jetez dans la fosse aux lions car les gens se ligue souvent contre une cible commune. voila je pensais que se léger detail avait tout de meme son importance puisque comme il ne peut pas y avoir d'edifice sur un sol poreux il ne peut y avoir de traité sur des informations érronées

3. a quoi sa sert de convertir les distances
Ecrit par hanane belachquere. 09-04-2008
sa sert a voir les sommet les aret et en fin les angles et angles droit

4. Une alerte ?
Ecrit par Guy. 18-02-2009
Ne serait-ce pas aussi une alerte propre ? Une sorte de petite alarme pour attirer notre attention sur l'inconfort d'une relation particulière à l'autre ? Une façon quasi automatique (on ne décide pas d'être vexé, ni du degré même de notre vexation) de reconnaître une situation conflictuelle, et d'écouter nos émotions dans cette situation, afin de mieux guider notre réflexion ultérieure et intérieure, voire de corriger nos rapports sociaux en conséquences ?
Une série de questions, assurément, mais n'y trouve-t-on pas également les réponses attendues ?

5. Est-ce si simple ?
Ecrit par Jeanne. 02-11-2013
Je pense que la vexation a des origines très complexes et bien difficiles à décréter. Je rejoins l'idée d'"alerte" citée plus haut et ajouterais à cela que la vexation est un véritable confrontation avec soi-même. Un homme est complexé par son nez. Si l'on se moque de ce dernier, il en sera vexé car lui seul sait que ce nez constitue une gêne pour lui. Autre exemple : vous êtes très attaché à une personne et désireriez la voir le plus possible. Mais cette personne refuse votre invitation à passer une journée avec elle. Vous en serez vexé car vous seul savez la grande affection que vous lui portez, et qui ne semble pas réciproque.
La vexation allie donc le profondément intime aux éléments extérieurs.

6. le Je n'est- il pas un entre- deux ?
Ecrit par Gérard Tissier. 26-11-2013
Merci Jeanne de votre interrogation sur la "simplicité". Je vous propose ceci :
Dans un texte intitulé « Une difficulté de la psychanalyse », publié en 1917, Sigmund Freud décrit avec beaucoup d'inspiration trois grandes vexations - ou blessures - subies par "l’amour-propre de l’humanité". Il parle d’abord de la vexation cosmologique. Puis de la « vexation biologique" qui sont ici hors sujet: (la position de la terre et le statut de l’homme dans le règne animal).
La troisième vexation est de nature psychologique et Freud considère qu’elle est la plus douloureuse. En effet, l’homme, "même s’il est ravalé à l’extérieur, se sent souverain dans son âme propre (...). Or le moi n'est pas le maître dans sa propre maison. Cette vexation psychologique est fondée sur la découverte que la vie pulsionnelle de la sexualité en nous ne peut être domptée entièrement et que les processus psychiques sont eux-mêmes inconscients, ne sont accessibles au moi et ne sont soumis à celui-ci que par le biais d’une perception incomplète et peu sûre.".
Le Moi désigne chez Freud une instance spécifique en interaction avec le ça et le surmoi, ou encore la personnalité dans son ensemble De cette instance émerge la conscience de soi que l’on désigne comme le JE, moment de la réponse active du sujet aux attitudes d’autrui. Ce "Je" est dans le sens courant, l’identité (la conscience de soi dans le monde, l’histoire etc.))
Cette identité n’existe que dans le regard d’autrui car elle est le moment de l’interprétation de la « série organisée des attitudes d’autrui ". Par le jeu de la « confirmation réciproque " nos appartenances, ces confirmations sont un fluidifiant puissant de nos interactions concrètes, sociales ou affectives.
Les paroles vexatoires sont , selon moi, une rupture de ce processus continu de réaffirmation de soi.Car elles sont stigmatisantes et, de ce fait excluantes. C’est peut-etre dans l’idée que nous sommes des des êtres-avec (Ricoeur) qu’il faut chercher les sources et l’impact de la vexation plutôt que dans la simple blessure narcissique.(pure hypothèse de ma part)
« Ainsi plus nous aimons une personne plus nous sommes attentives à ses moindres gestes et paroles, plus se paroles nous touchent ( au sens propre car nous sommes proches) il en est de même pour ceux qui nous aiment vis-à-vis de nos paroles »
Distance et proximité.Attention et indifférence.La vie souvent nous ramène à cet entre-deux qui nous forge et nous forme.L’enjeu du jeu est celui de notre vie.Pour ne pas dire notre existence..


7. à quoi ça sert ?
Ecrit par 2B_ornot_2B. 08-12-2015
On ne peut pas dire que l'humain se traite toujours avec beaucoup de tendresse en règle général.
La vexation c'est parfois l'outils ultime pour certaines personnes de se prouver que les autres sont comme eux :
-tu m'as vexé alors je te vexe, tu sentiras inférieur à moi la prochaine fois.

Alors on se ressemble ou on est différent ?

JE vous vexe, JE vous inflige une punition, JE me venge, JE suis fort alors vous le méritez car JE l'ai décidé, JE vous le ferait payer au triple pour que vous ME compreniez.
C'est l'outils des grands capricieux.

C'est le nerf de la guère !
C'est l'escalade dans la méchanceté.

De la belle-mère jusqu'au patron, l'ami, ce faux-ami et sa petite reflexion qui trahit, ceux qui dans le doute prennent tout mal et rendent bien pire que ce qu'on ne leur a jamais fait.

Il y existe des pros de la vexation, de vrais machines à echec et mat :
« Winston, Si j’étais votre épouse, je mettrais du poison dans votre verre ! »
Réponse du tac au tac de Churchill :
- « Et bien moi, Nancy, si j’étais votre mari, je le boirais ! »
Qu'est ce que vous voulez répondre à ça ? hein ?
Sinon il y a les derniers de la classe, ceux qui y mettent toute leur intelligence sans jamais faire mouche, ils travaillent alors leur réparties en s'exerçant sur leur conjoint (les pauvres), mais n'y arrivent jamais, ils ruminent, tapent du pied, se vexent pour rien.

La vexation est un outils de rapport de force.

à quoi ça sert d'être vexé ? à rien.
Grands malheureux sont ceux qui se construisent dans la vexation, en jalousant les autres.

On développe l'amour de soi dans le regard des autres, oui, moi je choisit ceux qui sont paisibles, ça existe.

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