Comment reconnaître un esprit en bonne santé ?
05-02-2007

 « Comment reconnaître un esprit en bonne santé ? » C’est le sujet sur lequel nous propose de réfléchir Victor, un des participants des Phares, en ce dimanche 4 février 2007.

Eh bien, et c’est la première constatation : on ne sait pas. Pour reconnaître un esprit, encore faut-il en avoir une idée. Or, ce dimanche-là, personne n’a pu définir ce qu’était un esprit, et encore moins un esprit en bonne santé. Une fois cette incapacité avouée – et encore, à grand‑peine, comme s’il était honteux d’avouer qu’on ne sait pas ; comme si, malgré l’exemple de Socrate, avouer son ignorance était pire que présumer d’un savoir, – il a bien fallu meubler les deux heures qui s’offraient à nous, et faire comme si nous avions les uns et les autres des choses intéressantes à dire sur le sujet.

Car enfin, que dire sur l’esprit ? Et tout d’abord, pourquoi l’examiner spécifiquement sous l’angle de la santé ? L’esprit est-il affaire médicale ? Se limiterait-il à devoir être sain ou malade ? Pourquoi ne pas se demander plutôt : « Qu’est-ce qu’un esprit créateur, ou productif ? » Quelle est la vraie question ? S’agit-il de savoir à quoi sert un esprit sain ? Est-il plus utile qu’un esprit tourmenté, et dans ce cas pour quelles raisons ? Est‑il utile de « muscler » son esprit, de le développer en lisant, en apprenant, en allant au café-philo… ou alors, vaut-il mieux le laisser reposer de temps à autre, le vider de toute pensée dans une démarche qui se rapprocherait davantage du bouddhisme ?

J’aurais tendance à penser qu’un sujet qui suscite autant de questions ne peut pas être un mauvais sujet. Donc, il y a des choses à dire. Mais quoi ? En premier lieu, des lieux communs. Un passage obligé : un esprit en bonne santé serait celui de quelqu’un d’heureux, de quelqu’un qui s’aime lui-même, de quelqu’un de rayonnant qui prend et sait recevoir, d’une personne dotée d’une bonne capacité intellectuelle et émotionnelle, de quelqu’un qui préfère la sollicitude à la vexation, la patience à l’impatience, l’offrande à la rapine, capable de vivre en harmonie avec les autres, mais aussi d’introspection, etc. À croire que ces banalités, aussi incontournables que de parler de la pluie et du beau temps lorsqu’on croise son voisin de palier, soient au café‑philo comme ailleurs l’entrée en matière idéale, l’antichambre de la pensée, le préchauffage intellectuel, le warm-up de la réflexion. Seconde constatation : un esprit en bonne santé commence donc par là : restituer les leçons apprises, les idées bien pensantes – à défaut d’être bien pensées –, qui ne heurtent ni la culture dominante, ni le Bien, ni la morale, ni la religion.

Les esprits toujours sains, mais maintenant échauffés, se penchent alors sur une nouvelle notion, celle de l’équilibre. Est en bonne santé mentale celui qui, comme le marcheur, est capable de retrouver son équilibre après chaque pas, c’est-à-dire après s’être mis lui-même en déséquilibre ; celui qui est capable de recouvrer son calme après avoir été chahuté par ses émotions ; celui qui serait capable de se guérir lui-même, d’invoquer la catharsis après l’angoisse, grâce à la pensée, à la parole, à la culture. Mais au fond, équilibre pour équilibre, pourquoi un esprit bien balancé s’empêcherait-il de vivre toutes les émotions, les négatives comme les positives ? Comment peut‑on, en niant les pulsions sombres de notre être, prétendre avoir un esprit en bonne santé ? Doit-on faire taire son imagination, sa folie, ses passions, ses fantasmes pour pouvoir se targuer d’avoir un esprit en bonne santé ? N’est-ce pas se voiler la face ? N’est-ce pas mentir à la vie ? Troisième constatation : un esprit en bonne santé ne peut ignorer le côté obscur de l’âme.

Enfin, qui juge d’un esprit en bonne santé ? soi, et les autres. Cette évaluation de la santé mentale est toute relative, et précaire. Elle est d’une part faussée par des jugements subjectifs, le nôtre et ceux des autres, et d’autre part déterminée en grande partie par les circonstances. Cela étant, on peut alléguer que l’esprit se juge à sa production, comme l’arbre à ses fruits. Et pourtant, l’imbécile comme le meilleur des esprits ne veulent-ils pas la même chose : justifier leur façon de vivre. Quatrième constatation : si j’en crois ce que j’ai entendu ce dimanche-là, un esprit sain ne serait pas définissable, aimerait les poncifs, aurait un côté obscur et les mêmes visées qu’un esprit dérangé. Dans ces conditions, je veux bien croire qu’il ne soit pas facile à reconnaître…

 

Sujet connexe : Où commence et où s'arrête la normalité ? par Carlos ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. je suis la
Ecrit par yaccard. 05-02-2007
Bonjour
Pour moi l'esprit n'existe pas, en ce sens qu'il n'existe pas une "chose" dont on puisse dire qu'elle serait 100% esprit, de même qu'il n'existe pas une "chose" qui soit 100% matière.
Ce qui existe, appelons le la réalité et cette réalité se présente à nous sous différents aspects, de même la lumière blanche est décomposée par un prisme, de même la réalité passe à travers le prisme de notre conscience et de notre mental. Aprés ce passage, il nous reste deux poles que nous appelons esprit et matière.
Un parallèle peut être fait avec le monde de l'informatique, ou l'on trouve le logiciel (l'esprit) et le matériel (la matière) et l'on peut remarquer que l'un ne peut exister sans l'autre.
La décomposition esprit/matière n'est pas absolue mais relative à celui qui percoit et concoit.
Ainsi ce qui est percu comme "esprit" par l'entité A pourrait être percu comme "matière" par l'entité B
Maintenant, que veut dire "sain" ?
Je dirai que "sain" s'applique à la matière (au corps) et que "saint" s'applique à l'esprit tout en gardant en mémoire que ces termes sont liés au point de former une seule réalité.
Une boutade me ferait dire que c'est moi qui sui sain et que les autres sont malsains (dans la masure ou ils ne sont pas comme je voudrais qu'ils soient).
L'introduction du terme "malsain" nous renvoie au dualisme entre le bien et le mal pour lequel je vous conseille de voir ma page La cause du mal c’est le bien (et l’inverse)
Et n'hésitez pas à poursuivre le débat
yves Accard

2. Comment reconnaître un esprit en bonne santé ?
Ecrit par Victor. 06-02-2007
Accepter de réfléchir serait prendre le risque de s’approcher à la folie, pour ce qui sont déjà fous c’est gagné d’avantage.

La question me vient à l’esprit à chaque étape de ma vie quand je pense que je deviens fou. Ma compagne m’a parle d’une bonne ancienne à l’hôpital avec un esprit en parfait santé. Malgré ses 90 ans elle s’exprime avec une lucidité étonnante. La raison vient de ses habitudes de lecture et reflexion pendant toute sa vie ; un esprit en bonne santé serait celui produit de la musculation intellectuelle. Acharn est un moine bouddhiste des montagnes de l’est de la Thaïlande, il développe la conscience du monde et la diminution de la souffrance en arrêtant la pensé ; Un esprit en bonne santé serait donc celui qui se relaxe.

Le paradoxe se trouve sur la santé de l’utilité de l’esprit : le muscler pour mieux s’en servir ou le relaxer pour qu’il ne devienne une menace !

Je pense que le fond de la question était d’une part confronter ces deux méthodes apparemment opposés et d’autre part une validation au café philo pour sauver ma peau en sachant que je ne suis sur la voie de la folie.

Pendant le déroulement du café philo j’étais très étonné en découvrant les participations des compagneros qui faisaient une liaison directe entre l’esprit en bonne santé et la morale du bien et du mal, heureux ou infortuné, amoureux ou indifférent, altruiste ou avare, donc avec l’esprit en bonne santé ou fou.

Si l’esprit en bonne santé est conditionné aux principes moraux, ce qui m’ennui beaucoup, la méthode de la musculation est inefficace par ce qu’elle peut engendrer même un génie qu’un dictateur. La méditation serait donc la voie la plus sure si l’on s’en doute de sa propre méchanceté ?

En ce qui concerne la fonctionnalité comme un repère de bonne santé de l’esprit c’est encore pire. On se trouve dans une société à surdose de médicaments dont la folie et l’intelligence sont réduites en simple outil social, ce que Günter appel une société à l’esprit en mauvaise santé. Dans ce cas ce qui dérange c’est la mis en question du principe de liberté donnée par la reflexion. La méditation serait donc aussi la voie la plus adapté pour avoir des bons garçons détachés des idées révolutionnaires mais aussi des idées de conquête.

Il faudra donc prendre le risque de réfléchir plus à la question même si l’on s’approche de la folie. Une nouvelle question m’agasse : quelle est donc la différence entre la folie et l’intelligence ?

Je pense donc je suis… fou peut être?

3. L'esprit, la matière et les maths
Ecrit par Pirmin. 07-02-2007
Je fais référence au commentaire d'Yves ci-dessus et plus précisément à la phrase:..."la réalité passe à travers le prisme de notre conscience et de notre mental. après ce passage, il nous reste deux pôles que nous appelons esprit et matière..." Il se trouve qu'un collègue physicien m'a récemment conseillé la lecture d'un article récent, écrit par 3 physiciens théoriciens, traitant des relations entre 3 concepts fondamentaux de la réalité : la matière (Matter), l'esprit (Mind) et les mathématiques (Math). Loin de parvenir à dégager un consensus sur les relations qu'entretiennent ces trois concepts, les trois auteurs débattent en défendant chacun un point de vue différent. Pour résumé très brièvement trois points de vues distincts sont proposés: Le fondamentaliste : Il pense que la nature ultime de la réalité est mathématique, que l'esprit découvre cette réalité et que la matière en est une incarnation. Avec quelques nuances c'est mon point de vue (voir mes commentaire à l'article) Le "Secularist" (je ne sais trop comment traduire). Pour lui les mathématiques sont une simple création de l'esprit humain au même titre que la musique ou la littérature. L'esprit a une existence indépendant de la matière. Le Mystique : Il pense qu'il existe une réalité plus profonde dont l'esprit, la matière et les mathématiques seraient des facettes. Chaque point de vue est explicité par son protagoniste puis âprement critiqué par les deux autres. C'est PA-SSIO-NANT ! L'article se conclu par une mise en garde du lecteur contre tout représentant de la communauté scientifique qui s'autoprocalemerait détenteur d'une quelconque vérité consensuelle sur le sujet des relations entre esprit et matière. Article (en anglais) et Mes commentaires

4. L'esprit, la matière et les maths suite
Ecrit par Jacques. 03-03-2007
C'est intéressant, mais pourquoi restreindre aux 3 schémas (fondamentaliste, séculier, mystique) ? Ne pourrait-on pas donner un sens à chacune des 8 combinaisons possibles ? Par exemple :

math->matière matière->esprit esprit->math
non non non : mystique
oui non non : dualiste cartésien
non oui non : matérialiste platonicien
non non oui : séculier
oui oui non : fondamentaliste mathématique
oui non oui : spiritualiste ("La Gnose de Princeton" de Raymond Ruyer, Teilhard de Chardin)
non oui oui : matérialiste non platonicien
oui oui oui : Penrose

5. fermaton code d'einstein
Ecrit par clovis simard. 21-10-2010
Description : Mon Blog, présente le développement mathématique de la conscience c'est-à-dire la présentation de la théorie du Fermaton.La liste des questions mathématiques les plus importantes pour le siècle à venir, le No-18 sur la liste de Smale est; Quelles sont les limites de l'intelligence tant qu'humaine et artificielle.
(fermaton.over=blog.com

cordialement

Clovis simard

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