On a évité le pire ! (mais de peu)
Écrit par Marc Goldstein   
11-02-2007

 Le sujet « Doit-on simplifier la profondeur pour cacher ou éviter le pire ? » a été retenu ce dimanche 11 février 2007. Nous v’là bien ! me suis-je dit in petto. Ça veut dire quoi, ce charabia ? L’auteur du sujet tente d’en dire un peu plus. Je comprends quelque chose comme : « Doit-on rester superficiel, ne pas aller au fond des choses, pour ne pas blesser son interlocuteur ? » Une reformulation de ce genre aurait eu le mérite de poser la problématique, mais elle n’a pas été faite. Alors que faire ? Rentrer chez moi ? bonne idée, mais il pleut à verse. Je vais donc devoir patienter un peu. Et puis, le pire pour moi – puisqu’on en parle –, c’est de me déplacer au café des Phares pour rien ou de m’y emmerder. Alors attendons, et écoutons ce qui se passe…

La formulation originale du sujet contenait le verbe « cacher », qui est devenu « éviter ». Peu importe, le problème n’est pas là : la phrase ne veut rien dire. Ou, pour l’exprimer de façon moins abrupte, comme l’a fait l’animateur du jour, Gérard : « Il nous faut contextualiser une phrase qui ne tient pas la route – même si elle est jolie – sur le plan sémantique. » Contextualiser, ce serait donc chercher un sens à un sujet qui n’en a peut-être aucun ? Pourquoi pas. Il aurait été plus simple d’en prendre un autre, compréhensible celui-là. Mais après tout, comme nous autres, philosophes du dimanche, sommes venus ici pour nous prendre la tête, autant ne pas bouder notre plaisir…

Laissons donc l’inévitable jeu des synonymes prendre le relais, avec le micro en guise de bâton témoin. Simplifier, ce serait réduire, déformer, truquer une réalité forcément plus complexe. Toutefois, la simplification semble nécessaire pour se faire comprendre sans trop de difficultés, pour communiquer. Et puis, simplifier n’a pas qu’un sens réducteur ou péjoratif : vulgariser, synthétiser, reformuler simplement suppose un savoir préalable, une connaissance alliée à un talent pédagogique. Dès lors, opposer simplification et profondeur ne semble plus pertinent : rien n’interdit une pensée exprimée simplement d’être très profonde, en témoignent les aphorismes dont la philosophie foisonne.

Et de quelle profondeur parle-t-on ? S’il s’agit de l’être humain, ne devrait-on pas plutôt parler de richesse ? Mais dans ce cas, que voudrait dire « simplifier la richesse humaine » ? S’il s’agit de complexité, pourquoi l’associer au pire ? Pourquoi la simplicité permettrait-elle de cacher ou d’éviter le pire et pas la complexité, ou inversement ? Décidément, on tourne en rond, comme l’ont fait remarquer plusieurs participants…

Au bout d’une bonne heure de verbiage, Christiane, une participante, met les pieds dans le plat : « On ne simplifie pas la profondeur, on la réduit ou on l’accroît. Et « Doit-on... ? » pose une question éthique. Le sujet porte donc sur l’engagement personnel, sur la responsabilité. » Je revivais. Le décor était planté. Je comprenais ce qui se passait, enfin. Encore fallait-il le formuler simplement.

Par la suite, la question du pragmatisme fut soulevée : comment traiter un sujet comme l’avortement ? Le législateur a choisi de trancher, de simplifier. La question pratique est réglée cependant que la question éthique reste entière. Si « le langage de la vérité est simple » nous dit Sénèque, toutes les vérités sont-elles pour autant bonnes à dire ? On tenait presque un vrai sujet, là... Trop tard, il est temps de conclure. Aussi Alain (un participant) nous invite-t-il à rechercher la profondeur et à fuir la superficialité, et Gérard met l’accent sur la vertu de la simplification comme ouverture de sens, comme voie d’accès à d’autres significations. Et puis, le pire ne se réalise jamais puisqu’en avoir conscience, c’est déjà l’éviter. En fin de compte, il nous aura fallu décortiquer – est-ce un approfondissement ou une simplification ? – un sujet mal formulé pour le rendre exploitable… et éviter ainsi le pire.

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Et la vulgarisation ?
Ecrit par Pirmin. 11-02-2007
Je n'ai pas participé au débat, mais curieusement à la lecture de la synthèse de Marc je suis surpris de voir qu'il n'a visiblement pas été question de vulgarisation. Est-ce bien vrai ? La vulgarisation n'est-ce pas justement l'art de simplifier la technicité d'un langage (philosophique, scientifique, technique) tout en conservant le maximum de profondeur de sens ? Qui est alors apte à juger la qualité d'une vulgarisation ? Celui à qui elle est destinée, le profane qui croit comprendre le texte dûment "simplifié" ou alors le spécialiste qui est apte à juger, de l'extérieur, la qualité de la simplification. Bon peut-être que je suis à côté de la plaque, par rapport au débat, mais c'est que la notion de simplification m'inspire.

2. Que d'eau, mais pas de pastis.
Ecrit par Invité/Visiteur Gé. 11-02-2007
En lisant tout cela, j'ai tellement simplifié ma profondeur que je suis devenu superficiel, que dis-je: je suis presqu'àsec ! et cela n'a pas caché ni évité le pire: au contraire, je l'ai rencontré.

3. Philosopher, c'est simplifier
Ecrit par Invité/Visiteur Bois. 11-02-2007
Philosopher c'est chercher le sens caché du réel derrière des apparences brutes où il se dérobe jusqu'à l'effort intellectuel. Or, ce réel se trouve non pas compliqué mais simplifié par cet effort et ses apports.Quand Newton a livré ses conclusions sur la gravitation il simplifie un monde qui avant lui était inintelligible. Toutefois il arrive que le philosophe invente de concepts faux comme Platon avec ses idées ou Marx avec sa lutte des classes. Mais il ne s'ensuit pas que seuls sont vrais les concepts scientifiques et que les concepts proprement philososphiques soient faux. Ce n'est pas un hasard si a science est née au pays des philosophes dans ces universités du Moyen-Age où l'on révérait Aristote, grand maître es conceptualisation.

4. La complexité et la profondeur des travaux savants simplifie le monde
Ecrit par gamin. 12-02-2007
Ce qui est simple c'est le monde réel qui nous entoure; Hubert Reeves a dit qu'il était lisible avec un alphabet d'une centaine de signes, signes qui se révéleront encore réduits à quelques particules élémentaires encore moins nombreuses dans un avenir incertain. Mais pour le savoir il faut l'effort complexe des penseurs de tout poil.Simplifier la profondeur n'a pas de sens. Simplifier le réel en a un.

5. c'est marrant
Ecrit par Gérard. 13-02-2007
C'est marrant , pour l'instant ce sujet qui n'a pas de sens donne lieu à un record de commentaires.Je propose deux hypothéses.
1/ parce que c'est plus simple de dire que qu'il n'y a rien à en dire pour cacher la profonder du vide que serait le pire, savoir l'absence de commentaire
2/parce que c'est la manière de Marc d'en parler longuement qui en donne l'envie et qui infirme la proposition d'un non-sens.( le sens nous vient aussi du non- sens et inversement).
Comme l'a dit René Char, les mots en savent plus sur nous que nous savons d'eux et il faut beaucoup de profondeur pour savoir que l'on a simplifié. Ainsi ce que nos comprenons ne nous parait pas simplifié et la profondeur nous est souvent caché par manque de volonté de creuser!

6. simplifier/décomplexifier
Ecrit par aliette. 17-02-2007
votre linguiste aliette vous a manqué ce jour là!
la phrase du jour ressemble beaucoup à la phrase de Chomsky:
"les idées vertes volent furieusement"= grammaticale mais a-sémantique. J suggère que vous vous offriez un dico Le Robert pour vérifier le sens des mots+contrairs, au lieu de slalomer sur des pseudo synonymes.
Je n'étais pas avec vous car actuellement ma vie est trop compliquée.
j'enverrai la suite à Gérard.
Aliette car j'ai peur de déborder

7. Je fais amende honorable !
Ecrit par Pirmin. 17-02-2007
Dans mon premier commentaire, j'ai écrit, un peu trop vite, que la question de la vulgarisation n'avait été abordée. Ce qui est faux, comme une lecture attentive de l'article de Marc le montre. Je fais donc amende honorable! En guise de pénitence j'ai mis en ligne un extrait de l'excellent ouvrage de JP. Delahaye intitulé "Information, complexité et hasard" qui traite d'une partie du sujet dont il est question ici: que veut dire "simplifier". En outre, c'est à mon sens un ouvrage de vulgarisation d'une exemplaire clarté sur un sujet ardu. Voici 70 ans que les mathématiciens planchent sur ces questions, le philosophe curieux devrait me semble-t-il y jeter un oeil. L'extrait mis en ligne comporte d'une part une présentation de l'ouvrage qui explicite les relations fécondes que philosophie et mathématiques peuvent à l'occasion entretenir et d'autre part le chapitre introductif de l'ouvrage. On pourrait peut-être croire que l'appropriation par les mathématiques d'un concept philosophique le vide de sa substance. Je pense qu'il n'en est rien et qu'au contraire, sur ce sujet en particulier les choses les plus profondes ont été dites par les mathématiciens. Mais à vous de juger !
Information, complexité, hasard [JP. Delahaye]

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