A propos du pire
Écrit par Carlos Gravito   
13-02-2007

Alors que, ce 11 Février, la France encalminée attendait qu’à Villepinte Ségolène Royal déverse sa corbeille de rêves et qu’à la Mutualité Nicolas Sarkozi serve « la cocote de moules et frites à volonté », dans le landerneau philosophique réuni au café des Phares, Gérard Tissier, animateur, soumettait à la réflexion du public le sujet : « Doit-on simplifier la profondeur pour cacher le pire ? », proposé par Roscha qui, s’exprimant fort bien, compléta : « une expression trop profonde risque souvent de blesser les gens alors, on consent parfois à parler superficiellement et, finalement, on peut ainsi mieux s’expliquer ».

En dépit de l’absurdité de l’énoncé, eu égard à l’inéquation des corrélats (simplifier/profondeur) mis au défi d’un superlatif (pire), les présents partirent à la découverte de doubles-fonds, les jeux de cache-cache captivant toujours énormément de monde et, afin d’exécuter le contrat, ils adoptèrent une démarche chaloupée entre la contingence de la pensée et la nécessité de mettre en pièces le thème du dimanche.

Afin de palier pourtant au retard à l’allumage, Claude démarra :

- Question de simplifier, l’empereur Auguste était loin du compte, qui passa commande à Virgile de « L’Enéide ,  propre à donner à Rome le même lustre qui était voué à la Grèce. Toute société est une construction et a besoin de légitimité ; le pire est quand tout s’écroule.

Ça n’a pas enflammé les bougies. La phrase-thème avait beau être séduisante sous l’aspect sémantique, comme le fit remarquer l’animateur, elle était impraticable du point de vue grammatical et on pédalait dans la semoule. « Simplifier est forcément déformer, fragiliser, édulcorer », dit Nadia, « ça facilite tout de même la transmission du message d’où la nécessité de simplification », assura quelqu’un d’autre, « le principal est d’être reçu, ne pas se faire comprendre c’est le pire », prétendit un autre encore.

- Le pire est de faire couler le sang, s’indigna Nathalie accentuant : « je jette ça, comme ça, à l’assemblée ».

C’est alors que, tel s’il disait simplement que « le roi va nu », Alfred déclara que « le sujet lui semblait bizarre, et que l’on se prenait la tête pareil au chameau qui trouve des bretelles dans le désert ». Et de pasticher Dalida : « Parole, parole ».

Malgré sa difficulté d’articulation, un Monsieur accusa en plus : « vous avez la grosse tête ; c’est le degré zéro depuis le début. Qu’est-ce que vous allez faire ? Arrêter, peut-être ? »

- Il faut s’accrocher, conseilla Gérard, trouver des situations. Vous avez été très bons jusqu’à présent ; si on cherche un sens au sujet, ça change la problématique.

- Simplifier pour cacher, c’est mentir ; non ? Essaya Claudine. Simplifier n’a rien d’ingénieux ; le simple est toujours compliqué et le pire, c’est ce qui reste problématique et devient rapidement une erreur colossale.

Alors qu’Ozer faisait de la question un problème de l’âme, du monde et de l’histoire, Victor la partagea en deux, la profondeur équivalant au savoir et la simplification à ce qui s’en éloigne, pour conclure que « si on est ignorant on a peur et que donc, si on a la connaissance, on n’a pas le pire ». Le pire c’est la rupture, formula un autre intervenant et « éviter le pire est peut-être cacher la question de l’engagement ».

Certes, un train peut très bien en cacher un autre, mais il faut pour cela deux voies ; là, il n’y en avait qu’une et, trouvant tout ça un peu nul, je me suis approché d’Antoine, un môme de douze ans qui, assis à côté de son père lisait un manga, « Dragon Fall »sur la couverture duquel on pouvait lire « l’important c’est de participer ». J’empruntai sa BD et je me suis rendu compte que « Dragon Fall » n’est qu’un plagiat espagnol du « Dragon Ball » du japonais Akira Toriyama, c'est-à-dire, une niaiserie simplette qui dévoile le pire, la facilité et le manque de génie du premier, ne restant comme moralité commune que, devant l’imminence de la chute d’un objet céleste, rien ne serait plus jamais pareil sur terre : « Patananam !! », « bakoommm !! ». Et « Froum » ! Christiane rentra de plein pied dans le jeu avec une sorte de lapalissade : « cacher, c’est se voiler la face, voilà l’enjeu du débat », pour continuer :

- Dans certaines circonstances on s’engage, afin que ce soit moins pire. On ne simplifie pas la profondeur, on la réduit ou on l’accroît et le « doit-on ? » est une question éthique sur la responsabilité de ceux qui ne respectent rien.

- Voilà, fit l’animateur, on a réduit le problème créant un autre volet ; la profondeur du sujet ce sont les problèmes du climat, de la santé, etc. Faut-il changer de société pour éviter le pire ? 

Alfred ayant rappelé le serment d’Hippocrate : « D’abord ne pas nuire », Pierre-Yves nous embarqua dans une odyssée mythologique, d’après laquelle, seuls Deucalion et Pyrrha ayant échappé à la noyade du monde, Zeus recommanda aux rescapés de jeter derrière eux les os de leur mère ce qui, dans leur esprit, correspondait à Gaïa, la terre, et les conduit à envoyer par-dessus les épaules toute pierre juchant à leurs pieds, qui se transformèrent aussitôt en hommes ou femmes selon celui qui les lançait. C’est connu qu’il y a de l’Iliade dans l’Odyssée et, afin d’aller à l’essentiel pour que « le sujet prenne plus de sens », notre helléniste envisagea ensuite ce récit comme une danse macabre puis, ouvrant les placards de Freud (où l’inconscient occupe la place d’une clé à molette permettant de desserrer aussi bien le complexe d’Oedipe que l’envie de pénis ou l’interprétation des rêves), nous gratifia d’un discours au cours duquel, tel Achille, il promena devant nous la dépouille des héros afin de démontrer les enjeux du moi d’après la surface bête de la peau ou le fond du squelette, le centre des choses. Là, on travaille en profondeur et on évite le pire, a-t-il conclu.

Hors micro, Nathalie criait : « Et l’amour ? On ne parle jamais d’amour dans les cafés-philo ! », pendant que Donatella faisait la distinction entre « la profondeur de la philosophie qui ne cache pas et  le politique qui simplifie et cache ». Négligeant les larmes que cela peut provoquer, l’animateur eut alors recours à l’analogie de l’oignon, pour faire savoir que la philosophie cherche la vérité, cachée dans ses diverses couches et qu’en démocratie, le peuple doit également être informé en toute vérité, allusion certaine aux rêves tamisés de « Fleur de lotus » à Villepinte ou les frites à gogo du « Bonzaï » à la Mutu.

Avant de terminer, Alain nous a invités à aller dans les profondeurs et à éviter la surface. A vrai dire, je préfère le contraire, convaincu que, même si nous n’avons pas touché le fond, ayant ainsi évité le pire, nous sommes tout simplement  passés près de la catastrophe, celle de rentrer bredouilles.

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Faut-il garder a tout prix un sujet ?
Ecrit par Invité/Visiteur. 14-02-2007
Lorsqu'il est visiblement mauvais ?

2. Y a til une pensée sans paradoxe ?
Ecrit par toto. 14-02-2007
le paradoxe des phares c'est que le tabou est de prendre des sujets de Bac dont les corrigés et les éclaircissements sont sur le net et dans les livres de vulgarisation pour terminale. Comment se fait-il que les sujets soient mauvais depuis quelques temps et qui en est responsable? S'agissant de celui-ci le paradoxe est qu'une trentaine de personnes ont pu en parler alors qu'un sujet de bac du type " en quel sens nos paroles dépassent nos pensées ? " n'aurait pas peut etre pas permis la profondeur de certains développements. Claude a parlé de la nécessité de simplifier pour garder le ciment de l'histoire, l'animateur d'une pédagogie visà vis de la catastrophe annoncée du climat. Que ceux qui ne veulent pas entendre se cachent les yeux , ils ne verront pas les trains de la pensée de autres passer et resteront dans la certitude de leur jugement premier.
Au café-philo le plus important est de participer. Si nous étions là pour apprendre cela se saurait.

3. le nom de la rose= le rire comme outil de distancition
Ecrit par aliette. 17-02-2007
j'ai regretté de ne pas avoir pu être là.
si j'avais su fermer ma gueule et vous laisser patauger dans la choucroute je me serais bien marré. Mais, comme d'hab. j'aurais voulu mettre tout le monde d'accord en brandissant le sens "propre" des mots et il n'y aurait pas eu ce barbottage, donc pas d'eau du bain donc pas de bébé à jeter. et quelques perles rares glissée dans ce discours n'auraient pas vu le jour.
merci à Carlos, reporter de s'être comporté n sociolinguiste et d'avoir restué une parole vraie.J(ai une histoire "vraie" concernant un Kangourou qui pique la veste d'un touriste avec tous ses papiers.

4. du pire et du mieux
Ecrit par gérard. 16-11-2008
dans la pire des situation, on peut toujours dire, cela aurait pu être pire.Aussi penser penser que le pire n'arrive jamais,c'est le mieux que l'on puisse faire en attendant que cela s'arrange..

Ecrivez votre commentaire ici:

Titre
Écrit par
Code aléatoire
Vérification du code aléatoire
 
< Précédent   Suivant >

Qui est connecté

Il y a actuellement 1 invité en ligne

personnes ont visité ce site.