Pour une éthique de l'animation du café-philo
Écrit par Daniel Ramirez   
15-02-2007

Quelques réflexions préliminaires

Chers amis du café philo des Phares,

Depuis de nombreuses années déjà (10 pour moi, en tant qu’animateur), nous nous donnons rendez-vous pour faire de la philosophie ensemble au café-philo. Vous savez que ma plus grande préoccupation a toujours été la qualité des débats, puisque ma conviction est qu’ils peuvent toujours être améliorés. C’est pourquoi je me suis intéressé depuis fort longtemps à des questions de méthodologie de la pensée, et aux capacités que je pensais devoir développer pour arriver à un savoir-faire à la mesure de ce défi.
 
Aujourd’hui, je voudrais aborder une approche éthique, bien que les questions de méthode ne soient pas loin. L’approche éthique implique que l’on se questionne sur ce que l’on doit faire, sur le devoir être de quelque chose, dans la mesure où ce quelque chose dépend de nous, de nos choix volontaires, de nos actes, de notre conduite et de notre responsabilité.

Bien entendu, il ne s’agit que de mes idées, elles n’engagent que moi et elles sont sans doute discutables. C’est pourquoi je m’attends à qu’elles soient discutées. Le site le permet, ne vous privez pas. C’est dans et par la discussion que l’on pourra avancer.

Si l’on accepte que le principe de cette éthique des débats philosophiques est le désir d’améliorer la qualité des ces débats (perspective éthique perfectionniste), que lorsque l’on vient au café-philo, on n’est pas là pour faire n’importe quoi, la question du « qu’est-ce qu’un débat de qualité ? », mérite sans doute un développement à part.

Mais nous pouvons donner des éléments provisoires : de quoi dépend la qualité d’un débat ? Elle dépend de plusieurs facteurs : le sujet (son intérêt, sa profondeur, ses implications, sa clarté), la qualité des interventions, la cohérence du parcours de pensée qu’on tisse ensemble, l’écoute et l’attention que nous portons les uns et les autres sur chaque intervention, le respect, l’ouverture d’esprit, et même le silence et la concentration de tout le monde (difficiles à obtenir, souvent). Bref, nous sommes tous responsables de la qualité d’un débat. Ceci est très important. Néanmoins, nous, les animateurs, avons quand même, une responsabilité accrue. Et c’est à cela que je voudrais m’attaquer pour le moment.

A mon avis, tout à fait personnel, il faut des conditions bien précises pour pouvoir animer correctement un café-philo :

En premier lieu une solide culture philosophique ; il est évident que cela est très important, imaginez un animateur qui ne connaisse pas très bien l’histoire de la pensée, ni les méthodes ni les notions philosophiques, il ne sera pas à même de comprendre les propos de nombreux participants, qui ont, eux aussi parfois une assez solide culture, des lectures critiques et de réflexions personnelles. Souvent, il faut pouvoir expliquer certaines citations, ou concepts utilisés. Ma conviction est que plus on maîtrise les pensées, mieux on peut les expliquer sans technicismes ni jargon.

Il faut aussi une qualité d’écoute : pouvoir entendre et accueillir les pensées et les propos des participants dans leur particularité et dans leurs styles personnels, qui très souvent peuvent aller à l’encontre des nos propres convictions. Une certaine neutralité est donc nécessaire. Cela peut être discuté, car une totale neutralité est peut-être impossible, mais un effort conscient et une vigilance constante dans ce sens sont autant possibles qu’indispensables.

Il faut de la curiosité et de l’ouverture d’esprit, pouvoir être surpris par un propos, considérer toute nouvelle idée comme un défi : qu’est-ce que cette personne veut nous communiquer vraiment ? Qu’est-ce que cela apporte à notre débat ?

Cela ne veut pas dire que l’on ne doive pas avoir une certaine perspective critique ; c’est pourquoi certaines questions habilement posées, peuvent nous éclairer tous, à commencer par l’intervenant lui-même. C’est la partie socratique, peut-on dire, même si je trouve la comparaison trop prétentieuse. Cela implique un certain esprit critique : la possibilité de déceler des contradictions dans un propos, ou de mettre au jour des implications et des présupposés que la personne n’a pas toujours au clair dans son propre esprit. L’objectif est de permettre, voire, pousser un peu l’intervenant à aller plus loin dans sa réflexion, surtout lorsqu’elle est pertinente et enrichissante pour le débat.

Mais lorsque l’animateur interpelle un intervenant pour lui faire préciser quelque chose et encore plus lorsqu’il s’agit de lui faire une objection, il est impératif qu’il redonne systématiquement la parole à l’intervenant si celui-ci considère qu’il a été mal interprété ou qu’il veuille défendre son point de vue. Lorsque cette exigence (sorte de droit de réponse) n’est pas honorée, cela est ressenti comme un abus de pouvoir de la part de l’animateur ; cela inhibe et décourage certains participants, mine le contrat tacite de confiance entre l’animateur (trice) et les participants et finalement, plombe la qualité du débat.

Lorsque je dis que l’allusion à Socrate et à la maïeutique est démesurée, c’est parce que je crois très difficile de faire « accoucher » quelqu’un sur le plan des idées. En revanche, la face critique, celle qu’on appelle « l’ironie » socratique, est, elle, possible. Il s’agit d’une révision et mise en question des idées parfois trop faciles et trop lestées de présupposés. Mais cela exige une très grande compétence et une éthique à toute épreuve, c’est pourquoi il est risqué de s’aventurer sans précaution et trop souvent dans cette voie ; il faudrait donc la pratiquer avec parcimonie et professionnalisme, avec bienveillance et respect.

Le problème est que, par ailleurs, nous savons qu’il faut « de l’animation » dans un café-philo, dans le sens d’avoir des échanges vivants et une certaine ambiance. En effet, un des risques majeurs est l’ennui. C’est ce qui arrive lorsque l’on se répète, lorsque l’on a recours à chaque fois à des lieux communs, lorsque la bien-pensanse règne et que le moralisme se répand ; tout cela produit une pépèrisation du café-philo, si l’on m’accepte le néologisme. Bref, cela ronronne ; ce qui est bien pour les chats, un peu plus ennuyeux pour les humains, désastreux pour un café-philo.

Marc Sautet le savait bien, lui, qui se servait de l’humour mais aussi, souvent, de la provocation, pour réveiller une salle un peu assoupie ; il pratiquait cela avec talent et charisme mais pas toujours avec prudence et à propos, ce qui lui valait des critiques et des incidents. Marc s’en sortait plutôt bien, mais ce n’est pas pour cela que la méthode convient à tout autre animateur (trice).

Toujours est-il que nous pouvons être tentés, parfois, pour redonner de la vie à un débat, de nous aventurer sur cette voie risquée. Je crois même que parfois nous ne pouvons pas l’éviter. Mais lorsque l’on s’y adonne, l’exigence et la vigilance envers nous-mêmes, doivent être redoublées.

Nous devons, avant tout, être sûrs d’avoir compris de quoi il s’agit. Rien de plus regrettable qu’un animateur qui ne saisit pas ou qui interprète mal les propos des intervenants. C’est pourquoi je me méfie comme de la peste des soi-disant « reformulations » ; la plupart du temps, l’intervenant, pourvu qu’on lui pose la question (ce qui n’est pas toujours le cas), considère ne pas avoir été bien interprété.

De toute façon une reformulation, même bonne, est une interprétation. Il faut le reconnaître. Et il faut déjà s’assurer qu’elle est bonne. Lorsqu’elle est mauvaise, c’est déjà ennuyeux ; mais lorsque l’animateur, après avoir donné une mauvaise version d’un propos, se livre ensuite à une réfutation de ce propos, cela devient attristant, et lorsque après cela il ne redonne pas la parole à la personne, sous prétexte de manque de temps ou des multiples demandes de parole, cela devient inacceptable. 

Cela pourrait être l’objet d’un développement ultérieur, qui prendra en compte la part des participants, leurs droits, parce qu’ils en ont, une certaine éthique des devoirs aussi. Mais c’est aux participants de mettre une limite au possible sentiment de toute puissance d’un animateur qui ferait ce qu’il veut d’un débat, distribuant les bons et les mauvais points, objectant ici, réfutant là, et en prime ramenant tout à ses « dadas », à certains philosophes qu’il (ou elle) connaît mieux, etc. Qui n'a jamais vu des choses comme ça ?
 
Disons-le clairement, donc : l’animateur n’est pas là pour contester les propos d’un ou de plusieurs intervenants ni pour faire la promotion de ses idées. Voilà.

Si on décide de reformuler ou d’interpréter une intervention, on est soumis à des exigences importantes : si l’on estime ne pas avoir tout à fait compris et ne pas avoir le temps de demander des éclaircissements, le minimum est de s’abstenir de commenter le propos. Si toutefois l’on décide de le commenter, il faut être prêt à redonner la parole pour correction et si l’on décide en plus de poser une objection, on doit décider en même temps de redonner encore une fois la parole comme « droit de réponse ».

C’est difficile tout ceci ? Et bien oui. C’est pourquoi le café-philo n’est pas toujours un exercice réussi. Une image idéale d’une activité réussie, bien sûr, reste un idéal, c'est-à-dire qu’il ne sera peut-être jamais atteint. C’est le propre de toute éthique et de toute politique : l’idéal n’est pas atteint, mais sans l’idéal la dégradation est assurée. Nous ne sommes pas parfaits, mais nous ne sommes pas obligés, non plus, d’être nuls et d’y persévérer.

Voilà pour le moment, ces quelques réflexions préliminaires. Elles sont vouées à être développées. Vous pouvez les tester, en nous évaluant selon ces critères, ou selon d’autres. Nous sommes ouverts à la critique ; c’est la moindre des choses, cela nous permet de nous améliorer. Mais j’entends très (trop même) souvent, à la sortie du café-philo, des critiques de vive voix sur tel au tel animateur (trice), sur tel procédé ou façons de faire. Cela ne sert à rien. Ici, oui ; cela peut être lu et contesté, cela sert à réfléchir et à débattre. Mais il faut oser. Le site est là pour ça, les articles sont mis sur le mode du blog, pour que vous puissiez participer, nous donner vos éclairages, vos points de vue, vos critiques.

Je compte sur vous pour qu’un dialogue contradictoire, sincère, respectueux mais exigent s’instaure.

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Un peu de concision svp !
Ecrit par Pirmin. 15-02-2007
C'est avec intérêt que je viens de lire ces réflexions. Je pense toutefois qu'à l'image des interventions de l'animateur qui les écrits, au demeurant fort talentueux, ils manquent singulièrement de concisions et en conséquence d'une certaine humilité. Plus que d'autres longs développements ne serait-il pas préférable d'édicter un charte sobre en une dizaine de points auxquels tout animateur s'engagerait à souscrire.

L'éthique de l'animation d'un café philo est certes un sujet passionnant, mais en regard des problèmes fondamentaux auxquels notre société est confrontée, et qui devrait constituer la substance de nos débats, je trouve un peu futile et un tantinet égocentrique d'y consacrer des pages et des pages.

2. Mais enfin,
Ecrit par Invité/Visiteur. 15-02-2007
personne n'est obligé à le lire. Pour ceux qui tiennent au café-philo, il vaut bien quelque minutes d'attention. Les procès d'intention psychologiques (humilité, égocentrique,...) sont-ils le centre de l'affaire ?

3. Réponse à "Mais Enfin"
Ecrit par Pirmin. 16-02-2007
Non, certes. Mais le centre de l'affaire tient vraisemblablement en quelques points qu'il s'agirait de proposer explicitement au jugement des participants plutôt que de faire de grandes discertations en 3 tomes. Au demeurant puisqu'il est question d'éthique, la mienne m'incite à signer mes commentaires, visiblement ce n'est pas le cas de tout le monde.

4. Ne pas refaire le monde mais le dire, c'est pas si mal
Ecrit par Gérard. 17-02-2007
merci à Daniel du temps passé à dire ce qu'il a, à la fois dans l'esprit et le coeur.C'est vrai, il y a le monde des animateurs, leurs expérience d'écoute et de parole et surtout la difficulté a vivre ensemble, de cohabiter dans des mondes où l'intention , les défis et les motivations sont différents. Le premier objectif de ce blog était de provoquer un échange entre eux, au vu de tous et en en suscitant des avis des participants. Le fait qu'il ait été ouvert à tous ( sous réserve d'une modération en amont) n'interdit pas de garder le filinitial.Daniel s'inscrit dans cette voie et je l'en félicite. Moi-même je partagerais volontiers certaines de mes réflexions sur ce que parler veut dire pour moi dans la posture de l'animation. Mais laissons pour l'instant son éthique du débat" se déployer car je crois sincèrement qu'elle mérite d'être mieux connue, écoutée et respectée.

5. Proposition intéressante !
Ecrit par Gina. 18-02-2007
Voilà qui est vraiment intéressant. Peut-être trop exigeant ? Je ne sais pas ; mais ça vaut la peine d'y réfléchir. C’est vrai qu’il y a beaucoup de débats ratés et que nous sommes bien trop patients. Pourquoi ? Voilà une question !
gina

6. Qui peut prétendre à l’humilité ?
Ecrit par linda. 18-02-2007
Le lecteur qui porte un jugement sommaire sur un texte argumenté est-il plus humble que l’animateur qui tient à expliquer son éthique et sa méthode d’animation d’un débat philosophique au café ?
Cette démarche me paraît utile après des années de pratique et au moment où quelques débats récents ont viré au « n’importe quoi ». Cela tient à mon avis au choix des sujets dont la formulation bizarre ne permet pas l’élaboration d’une problématique philosophique et donne lieu à un salmigondis d’interventions débridées. (Heureusement, Carlos sait y trouver son miel pour exercer son humour !)
La critique de Daniel est plutôt modérée et témoigne d’un respect des participants par son effort de comprendre sans réduire ni déformer les interventions.
La bonne idée de la « charte » a depuis longtemps été envisagée, sans succès.
Quant aux grands problèmes de société, rien n’interdit de les proposer au débat.

7. de quel droit ce monsieur donne -t-il des cours d'éthique aux anciens?
Ecrit par Invité/Visiteur. 19-02-2007
comme je viens d'apprendre que D.Ramirez venait d'Amérique du Sud, je me demande pourquoi, avec une telle ignorance de la vieille courtoise française il n'avait pas plutôt choisi l'Espagne comme terre d'accueil.
Avec ses discours péremptoires et ses positionnements aussi bloqués que bloquants, la vieille france se sent mal à l'aise. Dans l'immédiat tout le monde apprécie beaucoup les autres animateurs et je ne pense pas qu'ils aient besoin des cours d'éthique de ce monsieur. . .

8. Maïeutique, démocratie et carton rouge
Ecrit par Alain Parquet. 20-02-2007
A mon avis, la qualité des débats dépend d’abord de la qualité de l’animation. A travers le souci d’écoute, de respect des participants et de lutte contre le sentiment de toute puissance, Daniel combat avec raison les travers d’une fonction facilement détournée vers une posture professorale ou investie par l’ego surdimensionné de l’animateur. Malgré tout, je pense que les qualités fondamentales d’un animateur de café philo sont intellectuelles : culture philosophique bien sûr mais aussi maturité de réflexion, la première n’impliquant pas toujours la seconde.
Un débat philo ne peut pas consister simplement à juxtaposer des points de vue comme des identités singulières et à constater vertueusement leurs différences. Les points de vue doivent être suffisamment élucidés pour être discutables et donc pour qu’il y ait réellement débat. Dans l’idéal, un café philo devrait être le lieu où, délivrés de leur opacité, accédant à la généralité grâce au « plus » d’une culture philosophique, ils deviendraient des idées. Mais cela représente beaucoup plus qu’une banale prise de parole. Le concept a été défini dès l’origine par Marc Sautet comme une maïeutique. La liberté d’expression, pour qui en ferait une exigence absolue, trouve donc une limite dans l’exigence de questionnement. Et cela au nom de la démocratie car celle-ci, identifiée volontiers au droit d’expression, n’existe pas sans le devoir de critique de ce qui a été exprimé. A travers les exigences d’une pratique philosophique, on reconnaît donc l’exercice de la démocratie, non pas celle qui a condamné à mort Socrate mais celle inventée par notre modernité à partir du principe anti-absolutiste de limitation des pouvoirs, de tous les pouvoirs, y compris celui de la parole et de l’opinion.
Ce système permet une gestion pacifiée des conflits. De toute façon, les cafés philo semblent bien loin des fracas de l’Histoire, et les prises de parole de peu d’effet sur le réel. Daniel critique même l’atonie des débats. Il cherche des provocateurs, comme Socrate cherchait des hommes. Mais un animateur est parfois assigné au rôle de garde fou. Le débat autour du thème : « A-t-on le droit de tout dire ? » est sans fin. La démocratie, c’est aussi le droit de dire n’importe quoi, y compris, on le sait, des conneries. Et, bien sûr, l’animateur peut-il prétendre juger de la valeur de vérité d’un discours ? Mais un point de vue du genre : « Le libéralisme est un nazisme qui a réussi, donc, entre les deux, il n’est pas si évident de choisir » est-il encore un point de vue ? AU MINIMUM, l’animateur, doit intervenir pour rappeler une VERITE DE FAIT qui contredit absolument l’affirmation : au coeur de l’idéologie nazie, il y avait l’extermination des juifs ; il ne devrait donc plus y avoir un seul juif vivant aujourd’hui !
Comment distinguer un point de vue, une idée, d’une pure divagation ? Car la situation se présente inévitablement. Si la question : « A quelle condition une parole a-t-elle un sens ? » est déjà assez compliquée, du moins est-elle familière à la philosophie. Mais il en est une autre : « A quelle condition une parole a-t-elle une dignité ? » qui échappe à toute définition rationnelle.
Si l’éthique d’un café philo repose sur l’animateur, ce dernier doit s’attendre à sortir un jour ou l’autre le carton rouge. Mais il ne pourra le faire que si les participants lui en reconnaissent la légitimité. A leur tour de se poser des questions d’éthique : qu’acceptent-ils comme atteinte à leur intégrité ? à quelle condition se respectent-ils eux-mêmes ?

Alain

9. Et bien, voilà, le débat avance !
Ecrit par Daniel. 21-02-2007
Merci, d'abord à ceux et celles qui se sont exprimés. Cela me conforte dans mon intention de provoquer une réflexion collective. On voit bien que ce n’est pas impossible, même si cela en dérange quelques-uns.

La dernière et riche intervention (d’Alain) montre que tout doucement, d’une éthique de l’animateur, nous commençons aussi à envisager une éthique des participants. Des questions comme « à quelles conditions une parole a du sens ?» ou « est-elle digne ? », sont sans doute à se poser, pour soi-même, comme guide de sa propre inspiration. En revanche, il semble extrêmement difficile de passer sur ce sujet, du prescriptif pour soi (ce que j’estime devoir faire) au normatif pour tous (ce qu’il faut faire), sans rester en deçà du socle de liberté fondamentale de parole que le café-philo représente. C’est pourquoi la question du carton rouge, qui s’est posée en diverses opportunités (troublions, provocateurs) je ne la sens pas indispensable. On peut dire que le carton jaune suffit, octroyé, non pas par l’animateur, mais par un rejet généralisé de la salle. Si elle ne se manifeste pas, l'animateur ne peut pas grand-chose. On arrive pourtant rarement à des propos extrémistes. L’animateur peut, lorsqu’il y a des outrances, les montrer, les mettre en évidence, par le procédé auquel je fais allusion de l’ironie socratique. Normalement, les facilités et simplifications, où les nazis ne sont jamais trop loin, ce qu’on appelle en latin (très) tardif « reductio ad hitlerum », ne devraient pas avoir leur place dans un café-philo, mais le fait est qu’elles sont fréquentes. En même temps, les réactions de la salle, qui doivent rester modérées, bien sûr, montrent que l’esprit de simplification et l’accusation outrancière sont de moins en moins acceptés par les participants, qui prennent le goût (c’est vraiment en termes de plaisir) à la distinction, à la précision, à la profondeur du questionnement. C’est pour cela que la qualité des débats est pour moi un enjeu majeur. Et c’est là que nous pouvons être un apport à la démocratie.

Encore une chose, l’idée, très intéressante, d’une charte, évoquée par Pirmin, comme Linda le signale, a été en effet longtemps un objectif des associations et d’une réunion informelle des animateurs d’Ile de France qui avait lieu une fois par mois. Elle a été abandonnée (les réunions aussi) par l’impossibilité de se mettre d’accord sur le moindre point (!). Et oui, on peut s’étonner, mais c’est une réalité qui donne à penser. Les causes sont multiples : en partie, l’horreur de la normalisation (et du normatif) et l’esprit farouchement libertaire et indépendant des acteurs de la mouvance des cafés-philo, qui craignaient (à tort ? à raison ?) le contrôle de la part d’un groupe. Je crois que c’est une idée à ne pas abandonner définitivement, mais à reprendre juste comme exercice de pensée : « Que mettrai-je dans une charte, si, hypothétiquement, elle pouvait exister (Quand bien même ne serait-elle jamais signée par personne) ? ». En philosophie, souvent les problèmes plus stimulants, car inattendus, apparaissent lorsqu’on formule des tentatives des solutions.

Daniel Ramirez

10. suis d'accord avec l'invité/ visiteur du 19 / 2
Ecrit par armelle. 23-02-2007
efectivement, si le sujet ne convient pas au groupe, c'est au groupe de réagir, pas à Daniel Ramirez de donner des cours d'éthique aux animateurs :
ils font ce qui leur semble bien, et si un auditeur n'est pas content il peut, soit aller en face (au Bastille) soit rentrer chez lui, non ?

11. Qui parle de "cours d'éthique "
Ecrit par Gérard. 25-02-2007

Pourquoi polémiquer ? si un sujet n'est pas le meilleur , c'est autant la responsabilité de celui qui l'a proposé que celle de l'animateur qui l'a choisi. Sauf que c'est la règle des phares de faire des débats improvisés sur la base d'une douzaine de sujets issus de la salle (soit environ 7500 pour plus de 700 dimanches depuis le début).

Evidemment les sujets de philo proposés au bac ou à l'agrégation sont moins nombreux à contenir une vraie problématique. L'animateur peut, dans cette procédure, choisir celui qui va déboucher sur une thématique qu'il lui plaît de faire avancer ou bien celui qui va ouvrir le maximum de fenêtres de sens pour susciter des interventions. Tout cela est un bricolage qui a servi à beaucoup de gloser sur la caractère novateur, égalitaire voire révolutionnaire des cafés-philo.

Pour ma part je reste sur l'idée toute simple que des adultes forts de leurs savoirs d'expériences et de leur valeurs refusent confusément un cadre trop didactique.Armelle nous en donne un belle illustration. Alors y-a-t-il une éthique du sujet pour les participants et pour l'animateur?

Oui une éthique minimale comme servante de la nécessité. Je dirais une éthique des vérités concrètes qui serait de proposer un sujet qui interpelle la salle parce ce qu'il interpelle d'abord le proposant pour qu'il soit capable alors de poser une problématique soit au début soit au milieu du débat. Une éthique du sujet pour l'animateur serait pour moi de prendre un sujet qui puissent susciter une réflexion sur la manière dont nous représentons nous mêmes, autrui et le monde ( objet de la philo)sans s'attirer les gratifications nées d'un consensus mou sur les valeurs bien de chez nous, bref le politiquement correct ( la raison, la démocratie, la tolérance bref l'Occident).
Non Armelle , il n'y a pas cours d'éthique.Cela n'existe pas. Il y a ce qui fait que ce mot existe à la place du mot Morale: selon Alain Badiou " l'incapacité caractéristique du monde contemporain à nommer et à vouloir un bien ". Vouloir un bon débat et un respect mutuel entre les animateurs lors des débats (le propos de Daniel) est certes un petit vouloir pour un grand mot. Mais si Nietzsche a prétendu que l'humanité préférait vouloir le rien plutôt que de ne rien vouloir, quoi d'autre pour le faire mentir que de vouloir en voulant quelque chose ?


12. Réponse au commentaire N° 7 du 19/2/07
Ecrit par Carlos. 26-02-2007
D'où sors-tu, toi ? Te considérant "ensouché(e)" et imperméable, on se demande ce que tu viens faire "aux Phares" où, justement, on brasse toutes les cultures et tous les savoirs. Ne crains pas le métissage, toujours fécond. "Viens, viens, Marine; j'ai peur que dans quelques temps tu y arrives... (Diam's)"

13. Réponse au "commentaire" N°10, du 23/02
Ecrit par Gina. 26-02-2007
Peut-être que la dénommée Armelle, qui visiblement n’a pas lu la proposition de Daniel, où il n’était nullement question des « sujet qui ne convient pas au groupe », et qui dit être d'accord avec le commentaire N°7, du 19/02, est aussi d'accord avec le côté xénophobe de l’auteur de ce commentaire. Quand aux « cours d’éthique », quelqu’un propose une réflexion, se risque à avancer des idées et l’on appelle cela « donner des cours ». Cela marche toujours auprès des populistes pour refuser toute réflexion approfondie. Mais on le savait, la xénophobie et le populisme vont souvent de pair.

14. LA FRANCE, TERRE D'ACCUEIL
Ecrit par Invité/Visiteur N° 1. 28-02-2007
J'ai honte pour l'invité N°7 qui veut renvoyer l'animateur en Amérique du Sud ou en Espagne et suis ravie que la France, terre d'accueil, reçoit des personnes aussi enrichissantes que ce philosophe. Quant au reproche qualifiant l'animateur de "dirigiste" parce qu'il choisit le sujet qui lui paraît le plus pertinent, je trouve ce privilège adéquat à sa fonction d'animateur bénévole qui donne de son temps et de sa culture tout en s'exposant aux critiques les plus stupides.

15. privilège de l'animateur ?
Ecrit par Invité/Visiteur. 27-06-2007
"Quant au reproche qualifiant l'animateur de "dirigiste" parce qu'il choisit le sujet qui lui paraît le plus pertinent, je trouve ce privilège adéquat à sa fonction d'animateur bénévole qui donne de son temps et de sa culture tout en s'exposant aux critiques les plus stupides."

puisque nous en sommes aux "critiques stupides", puis-je demander pourquoi l'évocation du bénévolat dans cette réflexion ?

est-ce que l'animateur bénévole doit recevoir une marque de gratitude comme de choisir lui-même le sujet, comme un privilège de surcroit ?

quel rapport avec le bénévolat ?

qu'est-ce au juste que le bénévolat, en philosophie s'entend ?

16. ne pas tout confondre
Ecrit par Invité/Visiteur. 15-07-2007
La morale touche au fondamental (perspectives universelles, applicables en tous lieux et en tous temps). L'éthique (voir étymologie) se limite à n'être qu'un lien, un "ciment", sans avoir forcément de morale : je ne sais pas si le café des phares va voter pour l'éthique de la mafia ou celle d'une tribu socialogaucho mais si c'est l'heure des choix, qui vote là-dedans ?

17. Morale, éthique ?
Ecrit par Visiteur non invité. 03-08-2008
La morale serait quelque chose d'autre que l'éthique ! Il n'y a que les cuistres et les prétentieux qui sortent de trucs pareils. Cela fait toujours impression. Pour ce qui est de la tribu "socialogaucho", je dois dire que je suis de droite et je trouve beaucoup de plaisir d'assister à des débats au café-philo., j'ai toujours trouvé un climat de tolérance. Il est absurde de prétendre que c'est partisan.

18. citation de Raymond Aaron
Ecrit par Aron. 13-10-2008
"quand on est de droite, ou de gauche, c'est qu'on est hémiplégique".

19. Hémiplégique ou paraplégique ?
Ecrit par Aaron (le frère de M. 15-10-2008
Dans ce cas, quand on n'est ni de droite ni de gauche on est paraplégique.

20. ne chipotons pas sur les mots, Aron n'était pas médecin, moi non plus.
Ecrit par 18. 15-10-2008
L'idée ma paraissait claire : pour résoudre un problème il faut être en pleine possession de ses moyens.
Je pense qu'à droite comme à gauche il y a le même pourcentage de cons et de gens intelligents, mais qu'en cas de crise (qu'elle soit politique militaire économique ou financière) le bon sens et le pragmatisme s'imposent. Alors il faut réagir intelligemment et ne pas s' accrocher à un dogmatisme figé : le clivage droite gauche me parait de plus en plus obsolète .
(Les positionnements anti-Europe lus sur ce site gauchiste à l'époque du vote de la constitution étaient d'un tel ridicule qu'ils ne méritaient aucun commentaire, et l'actualité prouve à quel point cette construction de l'Europe est urgente ; heureusement qu'on a déjà la BCE ! )
Je pense que l'hémiplégie dont parle Raymond Aron correspond à ce clivage stérile, si affaiblissant au niveau individuel comme au niveau collectif.
Maintenant je sais combien les philosophes du dimanche aiment jouer avec les mots, alors je laisse libre cours à votre imagination ?



 
< Précédent   Suivant >

Qui est connecté


personnes ont visité ce site.