Peut-on vouloir ce qu’on ne désire pas ?
Écrit par Marc Goldstein   
18-02-2007

« Peut-on vouloir ce qu’on ne désire pas ? » fut le sujet retenu parmi ceux proposés au café des Phares en ce dimanche 18 février 2007. Pour ceux ou celles qui ne sauraient pas comment ça se passe, voici un bref aperçu : l’auteur du sujet l’introduit, puis les participants qui le souhaitent lèvent le doigt pour avoir la parole, et ceux qui l’obtiennent y vont de leurs commentaires, analyses et autres pistes de réflexion. Et tout cela à chaud. Impressionnant, non ? Non, en effet. Il y a évidemment à prendre et à laisser dans ce qui se dit. Or, le casse-tête dominical que je m’inflige consiste justement à choisir dans ce qui s’est dit ce qui va alimenter l’article que vous êtes en train de lire. Pas évident, d’autant que je note pratiquement tout. Alors comment faire sinon m’astreindre à ne pas tout écrire (volonté) alors même que j’aurais souhaité le faire (désir) ?

 Une fois n’est pas coutume, commençons par le présupposé de la question. J’aime bien les présupposés parce que, bien que tapis dans l’ombre, ils sont toujours éclairants. Ainsi, le sujet du jour présuppose d’abord, que volonté et désir ne sont pas de même nature ; ensuite, que le désir est premier par rapport à la volonté ; enfin, qu’il n’y a pas d’impossibilité à vouloir ce qu’on désire. Bien ! Au boulot, maintenant… 

Le désir et la volonté ne seraient pas de même nature. Qu’est-ce à dire ? S’agit-il d’opposer la pensée (le vouloir) aux sentiments (les désirs) ? S’agit-il de chosifier une personne en transmuant un désir en vouloir ? S’agit-il de mettre en balance la superficialité des désirs à la profondeur de la volonté ? Le vouloir ne relève-t-il pas de la stratégie, et le désir de la pulsion ? On ne sait pas trop, aussi ces suggestions sont-elles lancées comme des bouteilles à la mer, sans savoir si elles seront reprises. Plusieurs d’entre elles le sont, cependant. Pour certains, le désir serait un état, et la volonté une action. Pour d’autres, le désir aurait un lien avec le plaisir, et peut être inconscient, ce qui n’est pas le cas de la volonté. Le désir, né de nos pulsions inconscientes, nous empêcherait d’être autonome, alors que la volonté soutenue par l’éthique (agir par devoir) nous permettrait d’accéder à l’autonomie. Pour d’autres encore, le désir est plus proche de soi, alors que la volonté est plus perméable à la pression sociale – on passe son temps à faire des choses qu’on n’a pas désirées. La technique du « désir différé » est également évoquée, qui permet de filtrer les désirs superficiels pour ne conserver que ceux qui constituent véritablement le fil rouge de notre vie.

Le désir serait premier par rapport à la volonté. Est-ce aussi sûr ? Pour certains, il n’y a pas de doute : le désir est bien à la racine de la volonté. Celle-ci est la conséquence de celui-là. D’autres font remarquer que la volonté n’a pas besoin du désir pour se manifester : on n’a pas besoin d’être désirant pour accomplir une action ; la volonté se suffit à elle-même. Elle pourrait même tout créer, y compris ce qui lui est désagréable, ce qui est impossible au désir. Il y aurait donc une marge entre le désir et sa réalisation, un espace qui peut être occupé par la volonté et la réflexion. Pour autant, la volonté ne saurait être le fondement des actes de la vie ; c’est bien le désir qui en est l’humus. Ne sommes-nous pas des « vers de terre amoureux d’une étoile » (Hugo – Ruy Blas) ? Les philosophes ne proposent-ils pas eux-mêmes leurs étoiles : justice, beauté, vérité, bonheur,… De plus, bien souvent nous ne savons pas ce que nous désirons ; l’essentiel du chemin nous échappe dans le désir, et c’est cela même qui nous pousse à aller vers lui. En revanche, le vouloir, dans sa certitude, sa détermination, dans son oubli volontaire de ce qui est sourdine, en pointillé, est souvent source de fourvoiement. 

À l’évidence, volonté ou pas, la réalisation de soi ne passe donc pas par l’attente de la réalisation de ses désirs, comme cherche à nous le faire accroire la publicité. L’autonomie consiste justement à se détacher de ses désirs. Mais comment faire ? Avons-nous autre chose que la poussiéreuse philosophie kantienne du devoir comme volonté à opposer à la réalisation de nos désirs les plus profonds ? D’autant que désir et devoir ont un point commun : ils dominent tous deux notre personnalité. Et puis, peut-on vraiment assouvir un désir ? Un besoin, oui, mais un désir… Le désir ne nourrit-il pas son propre besoin de toujours plus de désir ? N’est-il pas sa propre étoile ? Dans ce cas, c’est gagné ! On va enfin pouvoir répondre à la question : on peut vouloir ce qu’on ne désire pas, tout simplement parce que c’est plus facile à obtenir ! Quoique… Oscar Wilde ne serait peut-être pas d’accord avec cette conclusion, pour qui « il n’y a que deux tragédies dans la vie : l’une est de ne pas obtenir ce qu’on désire ; l’autre est de l’obtenir. »
Écouter des extraits du débat : c'est ici.

Sujet connexe : Peut-on vivre selon son désir ? par Carlos ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Peut-on vouloir ce qu'on ne désire pas ?
Ecrit par Nadia. 21-02-2007
voir ce que j'ai répondu à Carlos Gravito

2. le brasero
Ecrit par Michelle. 22-02-2007
l'évocation de la volonté et du désir pr ma part évoque l'image suivante: la volonté serait un brasero permanent, que le désir vient attiser, tandis que l'esprit canalise ce soufflet du désir. On ne peut à mon sens associer pensée et vouloir, qui sont séparés. L'esprit peut concevoir les plans les plus fous, si l'impulsion (le brasero) est éteinte, rien ne se fera. Ces 3 notions indissociables Esprit/Désir/volonté sont comme des sphères superposées, dont une partie est associée en haut, et l'autre en bas: l'esprit a donc un espace commun avec le désir, tandis que le désir est également associé à la volonté. Il existe ensuite différents désirs, le superficiel, volatile, et celui plus profond. Mais il est également souvent façonné par la société: désir d'étre performant, bon parent, gentil(le) citoyen(ne).Et pour moi, la volonté n'a besoin de l'éthique pour accéder à l'autonomie. Le lumineux (vérité, bonté, beauté...) seul n'est pas gage d'autonomie: il y a même risque d'enfermement si le désir qui le sous-tend est dicté plus par le social non conscientisé que par un réel besoin.

3. Litterature
Ecrit par Jean-luc. 13-02-2008
Le désir n a rien a voir avec la volonté mais strictement rien a voir.... on ne parlera meme pas du reste....

4. A J. Luc
Ecrit par Nadia. 14-02-2008
Ca m'intrigue ! Peux tu en dire plus ???

Ecrivez votre commentaire ici:

Titre
Écrit par
Code aléatoire
Vérification du code aléatoire
 
< Précédent   Suivant >

Qui est connecté

Il y a actuellement 1 invité en ligne

personnes ont visité ce site.