Symétrie Bien / Mal
Écrit par Carlos Gravito   
12-03-2007

 Le ciel était clair, ce 11 mars, invitant à un semi marathon à travers Paris et au brillant commerce des hommes, au café des Phares, où se trouvait un caméraman sud-coréen. Comme on sait, dès qu'il y a du cinéma, on ne pense qu'aux attitudes du septième art, dont les battements de cils en direction des affects jettent un sort aux concepts. Pas étonnant donc que « Le Bien et le Mal sont-ils symétriques ? » fut le sujet choisit pour le débat que Daniel Ramirez allait animer, comme si chacune de ces qualités était une semi éthique où ils s'entrelaceraient.

Il ne nous manquait plus que ça, une représentation esthétique pour départager le Bien du Mal, alors qu'elle évoque, depuis que la philo est philo, la juste proportion, l'harmonie et la régularité, que ce soit en architecture, en peinture, en musique, dans la géométrie ou dans les mathématiques. Dans cet ordre d'idées, Michel évoqua la fonction algébrique, dont la valeur reste immuable lorsque l'on échange ses variables par permutation. Recalé ! Pourquoi pas. Peut-être que le Bien et le Mal cèlent une vraie curiosité esthétique ; qu'une réelle noblesse habille le Bien et qu'une certaine beauté habite le Mal pourtant, au lieu de les placer d'un côté et d'autre du linteau de la cheminée avec la pendule au milieu, tout le monde est tombé à bras raccourcis sur le Mal et fit la courte échelle au Bien, ce qui constituait déjà une sérieuse atteinte aux principes les plus élémentaires de la symétrie ou de l'équité, si l'on veut.

Le sujet était faisandé, mais, une question doit avoir une réponse car rien d'autre ne peut la satisfaire et, comme l'auteur du sujet n'ajoutait rien à sa préoccupation, on a tenté d'aller à l'essentiel, l'animateur commençant par rappeler la « controverse de Saint Augustin avec les manichéens convaincus que chaque homme possédait deux âmes, l'une bonne l'autre mauvaise », ce que Paule confirma, côté Zoroastrisme, « Ormaz y étant une divinité bienfaisante et Ahriman un dieu malfaisant, combat donc de deux déités ». Après la référence à la « loi du Talion qui prétend annuler un mal avec un autre mal », Marie-Sylvie nota « qu'il y a une énorme différence à parler d'un mal et d'un bien  ou  à se référer  au Mal ou au Bien ; dans le premier cas on cherche des équivalences dans le particulier, dans le second on vise les contradictions d'un individu ou d'une éthique, dans l'absolu ; confrontation donc de deux catégories intellectuelles ».

Une fois l'allusion faite à Nietzsche et à son « Par delà du Bien et du mal », rejetant la symétrie, je fis remarquer que « le Mal est ontologique et le Bien axiologique, de deux natures différentes par conséquence ». La foudre qui met le feu à la forêt est une dévastation, la tempête qui souffle un champs de blé une calamité et le ravageur tsunami un cataclysme pour l'homme, car il se trouve atteint dans sa personne ou dans ses biens, alors qu'un oiseau en cage est tout autant une séquestration arbitraire, le papier à mouches un malheur et un coup de pied dans la fourmilière un fléau. « S'il n'est pas soutenu par quelque mélange de bien, le mal se détruit par son propre excès » dixit Bossuet, sinon, il s'étale et peu importe que l'injustice soit punie, lui, il ne l'est jamais. L'ordre se conforme à la capacité du plus fort à exercer sa domination et la raison donne carte blanche aux pulsions enclavées dans l'être ; la nature n'étant pas concernée par l'équité ne retire aucun bénéfice de la platitude. Le Bien demeurant lié aux possessions, à l'utile, au bénéfice, à l'avantage, chacun de nous, parce qu'entraînés dans un système qui produit des dommages, exécute des gestes desquels d'autres viennent à souffrir, l'accident s'ajoutant à l'essence, dans une « tragédie sans laquelle il n'y aurait pas d'histoire » (Hegel).

Pour revenir à l'intention esthétique de disposer les deux concepts moraux par rapport à un axe indéterminé, je vous rapporte la mésaventure d'un psychanalyste qui, ayant proposé à la réflexion de son patient un test de Rorschach (fondé, on le sait, sur l'interprétation de tâches d'encre symétriques obtenues par le pliage du support formant des figures ressemblant à de vagues papillons), lui demandait à chaque image ce qu'il y voyait et, se voyant répondre au fur et à mesure : « la poitrine d'une femme », « des jambes de femme », « un sexe féminin », le morigéna sèchement :
- Vous savez, Monsieur, vous êtes un obsédé sexuel !!
- Obsédé, moi ? - riposta son client, offensé. -  Voyons ! C'est bien vous qui me montrez toutes ces cochonneries, non ?

 

Écouter le débat : c'est ici.

Sujet connexe : Le mal est-il plus fort que le bien ? par Carlos ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. meno male
Ecrit par Aliette. 13-03-2007
qu'est-ce qui pèse le plus? un kilo de plume ou un kilo de plomb?
j'ai une très jolie histoire d'un paysan chinois, mais je préférerais vous la raconter de vive voix.
PS par contre,notre ami gérard a fait une salade russe , avec l'hisoire du vase de soissons, j'aimerais savoir dans quel débat c'était???

2. Le bien et le mal,sont-ils symétriques?
Ecrit par Hamm Robert. 13-03-2007
Une des premières questions que l'on peut se poser en lisant une telle est l'idée fort étrange d'une "visibilité" du bien ou même du mal.
Comment donc croire que de telles forces spirituelles puissent être "visibles" et donc correpondre à des catégories comme "évidence" ou même "logique"?

Il ne pourrait être "question" sous ce rapport que d'une tentative (peut-être désespérée) de vouloir rendre perceptible
ce qui ne peut l'être.....
De même est-il douteux de pouvoir "comprendre" ce que l'on ne peut"voir"....

En fait "la difficulté" ainsi montrée est encore plus grande, en fait....
Pourquoi donc,ainsi,ne parle-t-on jamais de la troisième "force" de la trinité;
de la force neutralisante?

Car c'est bien elle qui joue le rôle principal....
Neutralisant le mauvais pour qu'il ne puisse tout détruire,
neutralisant "le bon" pour que nous ne puissions vivre dans un paradis.....
Seulement de cette manière,en fait,notre "réalité est-elle concevable:ni bonne,ni mauvaise:
comme il se doit,bien sûr....

Mais personne ne peut y être "intéressé"....

Que peut-on,en effet,"débattre" au sujet de la normalité?

Ainsi le mal avec ses pulsions destructrices interdit le "statu quo" comme le prouve les "accidents" de la vie quotidienne,par exemple....
De même(ou inversement)une bonne nouvelle,par exemple, ne dure qu'un instant,très souvent...

Rarement donc positivité et négation sont dans un rapport d'équilibre....
Au contraire....
La réalité vie de ce déséquilibre selon Mao-tsé-tung qui,dans le processus dialectique des forces contraires,déséquilibre le rapport en maintenant l'histoire en mouvement....

Le négatif prévaut donc comme la mort achève chaque vie,ce que chacun sait.....

Jusque là "la force neutralisante" nous maintient donc en vie et le positif peut, peut-être, nous faire cadeau d'une illusion,parfois...

En somme tout est positif,en fait,car il faudrait bien(enfin)
que nous remercions notre "destin" pour un droit temporel à l'existence...

Cyniquement parlant il n'existe donc rien de mal à notre situation humaine,à notre être là....
Tout a déjà été prévu par une prédilection et il ne peut donc arriver que ce que nous méritons...

Gare à ceux qui ne veulent comprendre l'identité du bien et du mal ou le fait très simple que toute chose ne peut venir que d'une même main....
N'a-t-il pas dit:si vous n'êtes pas comme....Ou l'amour ne voit pas....
Il faut donc suivre le précepte de la positivité pour éviter
la froidure et ne pas trop chercher pour éviter la dégradation....

Avec mes salutations,
Robert

3. Superbe ..
Ecrit par gtissier. 20-03-2007
Robert me réchauffe le coeur. Devant le relativisme ambiant, il faut parfois mettre les point sur les i pour ne pas s'enliser dans la confusion. Par exemple, en confondant une relativité du sujet connaissant par rapport à l'objet et une relativité du réel lui même.Qui peut affirmer que là où il y a du bien ,il y a du mal et inversement? N'est-ce pas sérieusement à relativiser?
Comme le disait Lucie Aubrac, la résistance se conjugue t au présent et je crois que c'est vrai. Une action bonne est totalement bonne où n'est pas bonne.Est ce que l'abbé Pierre à créé autant de bien que de mal ? Roger nos alerte -gare dit-il- et ça c'est bien et il n'y pas de mal à la dire. Merci à lui.

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