À quoi tenir ?
Écrit par Carlos Gravito   
29-05-2007

 Le dimanche 27 mai on fêtait Pentecôte et au café des Phares un événement exceptionnel nous attendait. Non pas que le saint Esprit vînt nous visiter, tant s'en faut, mais le sujet de notre débat hebdomadaire était « Qu'est-ce qui nous fait tenir ? », une sorte de concerto pour basse et orchestre dirigé par Gunter Gorhan, inspiré de « Le rêve d'un homme ridicule », nouvelle de Dostoïevski mise en scène par Victor Gauthier-Martin au Théâtre de l'Aquarium. Le créateur de la pièce a alors expliqué que ça « consiste dans un monologue de Régis Royer (plus un musicien bassiste, Dayan Korolic), ayant pour but de donner envie de lire le texte qui raconte l'expérience d'un homme dont le rêve a sauvé la vie », après quoi, le comédien improvisa des passages tels que : « 'Je suis un homme ridicule. Maintenant, ils disent que je suis fou ; ce serait une promotion, s'ils ne me trouvaient pas toujours aussi ridicule', ajoutant que l'on est tous corrompus par l'argent et que le théâtre voudrait tirer les gens par les cheveux pour les élever au-dessus de la mêlée ; que cet homme a fait un rêve qui l'a 'fait tenir' ».

La riposte de l'orchestre n'a pas tardé, de la part d'un premier violon, un intervenant « étonné par le sujet mettant en scène un type qui, investi d'une mission, dit connaître la vérité », et il se demanda : « Qui connaît la vérité ? » Il fut suivi d'un autre assistant qui accusait Dostoïevski « de rêveur pessimiste ». D'autres ont « vu dans 'tenir' une résistance et donc un lien avec la liberté », « une élévation spirituelle », « la gestion de la déception » ou « plutôt une indifférence ». Afin de conjurer la faillite de l'humain, on a ensuite cité beaucoup d'auteurs et bien des choses ont été dites par les présents qui, droits dans leurs bottes ou appuyés sur des béquilles, mentionnèrent Nietzsche se demandant « Qui de l'homme ou de l'animal est le plus bête », Spinoza prônant que « Chaque chose, en tant qu'être, veut persévérer dans l'être », Thomas Bernard, décrivant dans « The Loosers », « l'influence d'un jeune qui, tout en les enrichissant, détruit deux de ses amis », et le monde absurde de Brecht dans « Godot », jusqu'à Saint-Exupéry qui fait dire à Guillaumet, après le passage de la cordillère des Andes, « ce que j'ai fait, aucune bête ne l'aurait fait ». Même « se ramasser une gamelle serait une façon de 'tenir', du seul fait de se redresser », ce qui ne m'a pas étonné, car j'ai souvent entendu dire à des peintres en bâtiment : « accroche-toi à ton rouleau, j'enlève l'échelle », lorsque fut « évoquée la question du suicide ».

Voilà enfin arrivé le vrai moment du doute. Si le suicide est bien « la seule vraie question philosophique », comme l'a affirmé Camus, essayer de l'éviter, nous demandant « comment tenir », à l'instar du personnage de Dostoïevski qui, à la faveur d'un rêve dont une goûte d'eau le sortit, « se convertit en prêcheur de l'amour d'autrui et rien d'autre », n'en serait qu'une démarche accessoire, une histoire de « faire comme », abordée abusivement sous l'angle philosophique. Une fois entraînés dans la voie suicidaire, la possibilité de vivre une mort libre, la perception quasi esthétique du non-sens de la vie conduisant aux valeurs de l'humain et de sa liberté, « tenir » serait éluder la question proposée par l'auteur du « Mythe de Sisyphe » et « si le monde a trois dimensions, si l'esprit a neuf ou douze catégories, ça ne pourrait nous questionner que par la suite ». Il s'agissait donc pour nous, aux Phares, d'entrer en analyse par le truchement de la fiction, et de découvrir les bonnes raisons de « tenir » si l'on préfère rester du côté de la vie, comme si la crise suicidaire n'était qu'un trouble analogue à une crise d'appendicite.

Une fois la brèche ouverte, on évoqua « 'L'Homme de la Manche' pour 'La quête de rêver un impossible rêve et d'aimer jusqu'à la déchirure', tentant 'd'atteindre l'inaccessible étoile' », Comte-Sponville « qui philosophiquement entend sauver sa peau, pas son âme » et, le débat se poursuivant de plus belle, il a été rappelé aussi que nous ne tenons qu'à des broutilles, dans notre « envie de vie ». Distinguant  « 'ce qui nous fait tenir' , de 'ce à quoi on tient', quelqu'un opina enfin que, dans le premier cas, si l'on privilégie l'individu, ce qui nous fait tenir  c'est la conscience mais que, si l'on considère l'espèce, c'est la pratique sexuelle ; au cas où l'on se soucie de 'ce à quoi on tient', il paraît clair que, du point de vue physiologique, nous tâchons d'avoir un cerveau en bon état de digestion, et question psychique, des principes, dont le plus prisé de tous est la dignité. » Chacun de nous fuit en effet le sentiment d'être le seul nul ou le seul fou ; personne ne veut passer la vie à sucer son pouce ou à s'arracher les cheveux.

Certains d'être le cul de sac de l'évolution, nous aspirons certes à la vie, sinon les parties ne mettraient pas autant d'entrain dans le choix de leurs partenaires mais, ignorant que le sourire est à l'origine de la grimace, on oublie qu'une fois passée sa période de fertilité, l'Homme est inutile au processus. Bref, faisant écho à la question du départ, nous nous sommes mobilisés pour organiser et ordonner les propositions comme s'il n'y avait qu'une chose à retenir, « tenir » et, à cette fin, nous nous sommes évertués à mettre de la logique dans le règne de l'arbitraire où, finalement, rien n'arrive par hasard. Conscient, ainsi, du vain « tenir », répétant une tirade de Woody Allen, je dirais, « L'éternité c'est long, surtout vers la fin ».

 

Sujet connexe : Qu'est-ce qui nous relie ? par Carlos ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. la religion sans superstition
Ecrit par gamin. 29-05-2007
C'est se demander de quelle religion l'homme de demain sera capable maintenant que la part de la superstition qui investit toute religion même la plus exigeante sera aboli.
Donner de la cohérence à sa vie en l'arrimant à un idéal qui l'unifie et parier sur une autre vie dont il est non seulement permis mais recommadé d'avoir l'Espérance, porche du mystère.

2. A gamin. Que faire?
Ecrit par Carlos. 30-05-2007
Disons que la superstition procède de l'inefficacité de la raison, tandis que la religion nous imprègne de devoirs qui nous surpassent. Tu nous conseilles alors, gamin, de "donner de la cohérence à la vie en l'arrimant à un idéal". Or, l'idéal ne s'aperçoit qu'à distance; c'est une chimère qui atteste de l'insuffisance du réel et, "parier sur une autre vie", comme tu nous y invites, voudrait dire que celle-ci n'est qu'un moyen et que l'autre serait une fin. Dans ce cas, pourquoi essayer de tenir, si même l'espérance n'est qu'une sorte d'évasion où l'on peut s'imaginer avoir atteint la fin, quoique l'on soit en plein désert?

3. Qu'est-ce qui nous fait tenir ?
Ecrit par Nadia. 30-05-2007
Ce qui nous fait tenir peut se résumer en quelques mots : l'esthétique, l'éthique et le religieux, non pas successivement mais de manière interdépendante. La quête vaine et éffrénée de l'assouvissement des désirs, l'art profane ou sacré (il y a donc du religieux dans l'esthétique), l'adhésion et ou la recherche de valeurs "morales" ou dites de "responsabilité" (là également, le religieux peut s'y inscrire), le religieux "universaliste" qui s'afranchit des barrières dogmatiques ou sous tendu exclusivement par le communautarisme dont la rigidité structurante mais aliénante permet par la même d'atteindre un certain équilibre dont les plus "fragiles" ont besoin.

4. Tenir
Ecrit par Ibnadame. 31-05-2007
Bonjour

C'est préserver la vie dans son cheminement normal. Plusieurs sujets étaient, plutôt les titres de plusieurs sujets ont étaient évoqués dans l'article. Mais on peut dire qu'un lien entre ces différents sujets, relit le tout, c'est la personne, l'individu, l'humain au sens large du terme. L'homme est une créature rêveur,et en plus il peut exprimer ses rêves, de différentes façons. Et le rêve de Dostoïevski, comme le rêve de chaque écrivain, réaliser soi-même en laissant un patrimoine personnel, pour aider ceux qui cherchent quelque chose dans la vie. La vie a plusieurs chemins, et chacun de nous essaye de trouver le chemin convenable, pour atteindre son rêve, ou le rêve de toute une nation qui le tient et le soutient. Mais ceci exige de la personne un minimum de conscience de soi, qui le diffère des animaux, puisque ces derniers n'essayent pas de développer leur niveau de vie, et leurs façons de régler les problèmes que la vie impose. C'est pour cela qu'il faut croire à des vérités. Et je dis que la croyance est une obligation humaine à des valeurs, qui donne un sens à l'humanité et à l'être humain. Ceux qui disent que la nature a crée sa propre existence, à mon avis doive réfléchir sur une question fondamentale ? Et je ne vais pas poser la même question qui se pose, qui a crée la nature? Mais je vais dire, que chaque chose où on peut trouver la vie, il y a une conscience; un minimum de savoir faire pour préserver la vie et sa continuité, et si ce minimum de savoir n'existe pas c'est la fin total de l'espèce…Et on sait que le niveau de savoir joue un rôle primordiale dans des situations qui demande un niveau élevé d'intelligence et de savoir faire pour résoudre certains problème ou situations délicates.
Mais ceci ne veut pas dire que les bêtes sont plus féroces que les humains, par contre. Ceux sont les inhumains, qui se considèrent sur la race humain ont développés des façons de faire du mal incroyable, et la cause qui a poussé Nietzsche à dire « Qui de l'homme ou de l'animal est le plus bête », Et pourtant c'est une vérité, a ceux qui doutent de l'existence et de la connaissance de certaine vérité. Seulement on ne peut pas connaître touts les vérité qui existent dans le monde. Il n'y a pas une vérité, il y a des vérités. Ceci nous mène à poser la question qu'est que la vérité? La vérité c'est une connaissance vraie de la réalité, concernant un sujet, un objet, un phénomène, qui éclaircie l'obscurité de la problématique posée par la complexités des faits. Et on peut trouver un tas d'exemple qui donne une véracité à cette définition.
Bonjour
Beaucoup de choses nous fait tenir. Tu es entre deux pôles la vie d'un coté la mort de l'autre. On lutte toujours pour soit vivre soit pour survivre. Tant de raisons qui nous pousse à lutter pour exister. Car vous exister malgré tant grés. Seulement si tu te pose la question pourquoi tu existe? Tu commences à devenir mur. Car tu essayes de trouver une raison valable logiquement pour ton existence. Tu ne te poses pas de questions, tu la poses dans un autre sens. C'est à dire comment vivre mieux? Et à partir de ça, tu essayes de trouver des raisons pour calmer ta curiosité. A mon avis qu'est qui nous faisons tenir? Ce sont les réponses qu'on a sur le Pourquoi et le comment. Et chaque trajet a ses arguments et sa logique. Beaucoup de choses nous fait tenir. Tu es entre deux pôles la vie d'un coté la mort de l'autre .On lutte toujours pour soit vivre soit pour survivre .Tant de raisons qui nous pousse à lutter pour exister. Car tu existes malgré tant grés. Seulement si tu te poses la question pourquoi tu existes? Tu commences à devenir un chercheur de la vérité. Car tu essayes de trouver une raison valable logiquement pour ton existence. Tu ne te poses pas de questions, tu la poses dans un autre sens. C'est à dire comment vivre mieux? Et à partir de ça, tu essayes de trouver des raisons pour calmer ta curiosité. A mon avis qu'est qui nous faisons tenir? Ce sont les réponses qu'on a sur le Pourquoi et le comment. Et chaque trajet a ses arguments et sa logique .Et les meilleurs réponses ont les trouvent dans la Religion. (Pure et saine).

5. A Nadia (3).L'équilibre,peut-être.
Ecrit par Carlos. 01-06-2007
Si je comprends bien, Nadia, tu te demandes plutôt comment accuper le temps de notre existence, toujours menacée d'être investie par l'autre, comme les ronces, la poussière et les souris envahissent notre maison si l'on ne fait pas gaffe. Et pourtant, on aime les bougainvilliers sur le perron, des animaux à la maison et on déteste une demeure aseptisée. Alors, on cherche à établir un rapport harmonieux dans la vie (équilibre stable, si tu veux): des pots de fleurs, un chat et le ménage hebdomadaire où s'inscrivent l'esthétique, l'éthique et même le religieux si l'on tient à sacraliser la sollicitude due aux plus fragiles. Merci pour tes doutes ; je te fais part des miens.

6. A Ibnadame (4) La vérité ou la vie.
Ecrit par Carlos. 01-06-2007
Tu te poses, Ibnadame, la "question de la vérité", en somme. Ce n'était pas le sujet du jour, mais ça le complique, car la vérité est indépendante de nous. Puis, tu te demandes "pourquoi on existe". Ce n'était pas non plus le thème de notre discussion, pourtant ça la simplifie. Que tu le veuilles ou non, tu es là, porté à agir, afin de combattre la nature et ainsi la créer; l'équilibrer. A mon avis.

7. La vérité fait partie de lavie
Ecrit par Ibnadame. 01-06-2007
Le sujet c'est à quoi Tenir, pour éviter le suicide d'après Camus. Dostoïevski trouve le soutient dans le rêve qui donne de l'amour. A mon avis je le trouve dans la recherche de la vérité qui te donne une explication pour beaucoup de questions, parmi ces questions le pourquoi de l'existence .Ces réponses encadre l'éthiques et autres choses, qui forme le comportement de chaque personne...

8. Quelle vérité ?
Ecrit par Marc. 01-06-2007
Comme Guillaume de Baskerville [dans le Nom de la Rose de Umberto Eco], je serais enclin à dire que « le devoir de qui aime les hommes est peut-être de faire rire de la vérité, faire rire la vérité, car l'unique vérité est d'apprendre à nous libérer de la passion insensée pour la vérité. » Et ce « devoir de qui aime les hommes » est aussi celui du philosophe.

Rappelons-nous : le géocentrisme de Ptolémée (141) a été considéré comme *la* vérité pendant 14 siècles -- et personne pendant tout ce temps ne doutait qu'il s'agît de *la* vérité -- jusqu'à ce que Copernic (1515) en propose une nouvelle, qui ne sera d'ailleurs acceptée comme vérité qu'un siècle plus tard, et qui est la nôtre depuis 5 siècles environ (soit depuis trois fois moins longtemps que la précédente).

Personnellement, si je remercie Ptolémée du calendrier julien dont nous nous servons tous les jours, je ne vois pas au quotidien ce que m'apporte l'héliocentrisme copernicien. Et si demain, un éminent savant nous annonçait chiffres à l'appui qu'on s'est fourvoyé jusque-là et *qu'en vérité* la Terre et le Soleil tournent tous deux autour de la planète Zorglub... eh bien, gageons que nous adopterons tous cette nouvelle vérité, non sans oublier de décapiter ledit savant, comme il est de coutume, au cas où il se serait payé notre tête...

À vrai dire et pour faire le lien avec Camus [dans le Mythe de Sisyphe] : « Qui de la terre ou du soleil tourne autour de l'autre, cela est profondément indifférent. Pour tout dire, c'est une question futile. » S'il est dans l'ordre des choses que des savants découvrent de nouvelles « vérités », le travail du philosophe ne consiste-t-il pas plutôt à se pencher sur la question du rapport de ces découvertes au bonheur de l'homme ?

9. La vérité, oui; mais toute nue.
Ecrit par Carlos. 01-06-2007
Merci, Marc, pour ton éloquent engagement dans cette vieille querelle du vrai et du faux qui passionne l'opinion. Tu n'as pas besoin de mon soutien mais, dès qu'il en est question, j'ai envie d'ajouter que le vrai n'est utile que s'il n'y a que lui; rien ne vaut un vrai mensonge qui se moque franchement de la vérité. En effet, où qu'elle entre, toute nue, elle en sort effrontément travestie, mais sans aucune incidence ontologique.

10. Quelle vérité? Celle qui n'est pas clair pour tout le monde?
Ecrit par Ibnadame. 03-06-2007
Justement Copernic après tant d'année a découvert que ce que les gens croyaient juste était faux, et comme tu as dit que ça peut qu'un autre savant vienne nous dire autre chose. C'est pour cela que c'est l'avenir qui détient la vérité, et le présent n'est qu'une étape de la vérité. Tout ce qu'on connaît n'est qu'une goutte dans un océan de savoir et de connaissance. Le problème quant passe à coté sans se poser des questions ?c'est que cette goutte qu'on possède actuellement n'est elle pas polluée? Par des mensonges qui ont durée des siècles. Pourquoi? Parce que la science actuellement est incapable de répondre à toutes les questions, comme la logique de la science elle-même la veut .Mais rire de la vérité…
Comme Guillaume de Baskerville [dans le Nom de la Rose de Umberto Eco], je serais enclin à dire que « le devoir de qui aime les hommes est peut-être de faire rire de la vérité, faire rire la vérité, car l'unique vérité est d'apprendre à nous libérer de la passion insensée pour la vérité. » Alors comme çà devenir des clowns et des humoristes est la meilleurs façon de se débarrasser de poids de certaines vérités, du stress de la vie moderne. Parce que il faut se battre pour trouver l'équilibre de soi, pour éviter le suicide. Parce que rire nous fait soulager. A propos Bergson à un livre qui s'appelle "Le rire". Justement rien n'est important dans la vie, si on la prend à la légère? Et je dis dans la vie. Seulement la vie ne s'arrête pas après la mort? peut être savoir ce qui ce passe après la mort te donne le meilleur bonheur que tu puisses penser…

11. S. Kierkegaard " stades sur le chemin de la vie"
Ecrit par Nadia. 30-06-2007
Soren kierkegaard, en la matière, reste omniprésent en tant que référence à la fois littéraire et philosophique. Je vous invite vivement à lire "les papiers d'un homme encore en vie", "ou bien ou bien", "le journal du séducteur" et "stades sur le chemin de la vie".La lecture n'en est pas toujours aisée . C'est, bien souvent, un euphémisme mais le chemin parcouru en vaut la peine. Bonne journée à tous.

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