Que faire des idées qu’on préfèrerait ne pas avoir ?
01-07-2007

 Ce que j’ai apprécié dans le sujet d’aujourd’hui, c’est la façon dont il a été traité : j’ai eu le sentiment, tout au long des deux heures de débat, d’un réel souci de privilégier une approche et une démarche philosophique. Après tout, ce n’est pas si souvent aux Phares, et ça m’a réchauffé le cœur. Et réalité je suis injuste, ce souci existe aux Phares ; c’est sa mise en œuvre qui est souvent problématique. Ça tombe bien, « problématique » est le mot que je préfère s’agissant de philosophie.

Comme il est de coutume, l’auteur du sujet l’explicite en confiant que certaines idées construites, comme le nihilisme, l’idée d’une pure contingence, l’absence de sens de nos actions, l’insupportent. Il se demande donc ce qu’il peut bien en faire, maintenant qu’il en a connaissance. Bien. J’ai tout de suite pensé : a contrario, serait-il envisageable de n’avoir que des idées qui nous plaisent, et de les gérer comme on gère une garde-robe, enfilant uniquement celles qui nous conviennent et laissant de côté les autres. Et dans la foulée, je concluais en moi-même, perplexe : tout compte fait, faisons-nous autre chose ?

Le débat s’engage. La première prise de parole est toujours délicate, car elle ne s’appuie que sur quelques bribes, les quelques mots qui forment la question. Si on n’y prend garde, c’est le hors-sujet assuré. Ça n’a pas loupé : « Dans mon imaginaire, il n’y a pas d’idées mais des personnes. Il s’agit donc de répondre à la question : si dans mon entourage se trouve une personne que je ne voulais pas voir, comment dois-je me comporter ? » L’animateur fit remarquer qu’avant de répondre à cette question, encore faudrait-il accepter d’avaler la première assertion, qui est une couleuvre de taille… Mais cette première intervention eut au moins le mérite de toutes les premières interventions : désinhiber les prises de parole. Pendant le « tour de chauffe » qui suivit, nourri de ce qu’inspirait aux uns et aux autres la question posée, furent notamment abordés les aspects suivants : Les idées sont-elles désirées ? Peut-on les choisir ? D’où proviennent-elles ? Jusqu’à quel point s’approprie-t-on des idées ? Comment surgissent-elles ? Peut-on avoir des préférences sur nos propres idées ? Par exemple, une personne qui se découvre raciste peut-elle faire quelque chose pour enrayer ce constat ? Quelqu’un qui serait athée ne préfèrerait-il pas croire, s’il juge l’existence d’un croyant plus confortable ? A-t-on finalement une prise sur les idées qui sont les nôtres ? Y a-t-il un moi pour et un autre moi contre certaines de nos idées ?

Mais d’abord, essayons de définir ce que sont les idées, proposa l’animateur. Pour certains, nos idées seraient liées à notre éducation, et les idées qui ne nous conviennent pas seraient éliminées de la même façon que notre corps élimine les déchets organiques. Pour d’autres, une idée est une pensée qui nous vient à l’esprit, qui est donc extérieure à nous. D’autres se demandent si c’est le langage qui soutient l’idée ou si c’est l’inverse. D’autres encore constatent que, depuis le début du débat, la notion d’idée signifie tantôt l’envie (de battre sa femme !), l’idéologie (sexiste, anarchiste, raciste,…), la trouvaille (relativité, Eurêka), le concept (nihilisme),… et qu’il serait bon de ne pas se débarrasser d’un revers de la main de la plus pure d’entre toutes, l’Idée platonicienne, à laquelle la majuscule et la marque du singulier donnent tout son sens, un sens qui fait encore référence vingt-cinq siècles plus tard. D’autres enfin font remarquer que « idée » vient de « voir » en grec, d’où la notion d’évidence. Ça tombe bien car philosopher consiste justement à déplacer le curseur de l’évidence, nous dit l’animateur. Et tout le monde de tomber à peu près d’accord sur une définition minimaliste des « idées » comme « instruments de la pensée ».

L’idée serait donc cette « distance tragique » qui sépare l’homme du monde dans lequel il vit. Si une idée est un moyen qui permet la représentation du réel, pourquoi alors vouloir s’en débarrasser ? Et en premier lieu, a-t-on quelque chose à faire de ses idées ? Si oui, notre préférence entre-t-elle en ligne de compte ? Par exemple, le fait qu’Aristote tenait l’amitié pour l'une des plus hautes valeurs humaines ne l’empêchait pas de lui préférer la vérité. Dans certaines situations, ne choisit-on pas de ne pas tenir compte des idées qui dérangent et d’en préférer d’autres non pas parce qu’elles sont vraies, mais parce qu’elles ne nous mettent pas en danger ? Quel lien faire entre nos idées et notre être, entre ce qu’on pense est ce qu’on cherche à être ? Existe-t-il un espace de liberté entre nos désirs et nos idées ? Ne sommes-nous pas avant tout les jouets de nos désirs ?

Il m’apparut évident au fil du débat que nous ne cessions pas de juger de la qualité de nos idées, celles que nous recevons, celles que nous émettons. Que ce soit ou non consciemment, que cela s’inscrive ou non au sein d’une démarche philosophique ou psychanalytique, nous ne cessons d’examiner les idées qui nous habitent au travers d’une sorte d’introspection permanente. Pour quoi faire ? Pour guider nos actes, pour agir en connaissance de cause. Pas plus qu’une vie sans examen ne vaut la peine d’être vécue, peut-on dire que des idées non remises en cause sont encore des idées... Quant à celles qu’on préfèrerait ne pas avoir, réjouissons-nous au contraire de pouvoir à loisir les analyser, les critiquer, les mettre sur le gril. Elles réveillent la conscience, aiguisent notre esprit critique, nous font réagir et nous permettent de lutter contre les incessants assauts de l’industrie du « prêt-à-penser ».

 

Sujet connexe : Se cache-t-on toujours quelque chose ? par Carlos ; par Marc

 

LISTE DES COMMENTAIRES...


1. Que faire des idées qu'on préfèrerait ne pas avoir ?
Ecrit par Nadia. 01-07-2007
Avoir des idées qu'on préfèrerait ne pas avoir !???? Peut on avoir des idées dont on ne veut pas ? Il me semble que les idées sont constitutives de ce que nous sommes. Elles nous appartiennent donc en propre. Dans une démarche éthique, il faut avoir le courage de le reconnaître pour pouvoir surmonter les épreuves de vérité et de justice. D'emblée le questionnement me semble faussé ou plus précisément, il s'agit là d'une tentative subtile de se dédouaner d'une grande partie de notre responsabilité.La"préférence" suppose qu'on puisse faire un choix éclairé, librement consenti. Il faut donc l'assumer comme un effort puissant de notre volonté, de notre conscience "morale" à l'oeuvre dans une tentative parfois "désespérée" d'échapper à la facilité, au "confort", aux consensus, aux préjugés, .... dans un souci de justice et de vérité. Bonne journée à tous

2. Tiraillement
Ecrit par yaccard. 02-07-2007
La tête qui penche d'un coté et le coeur qui penche de l'autre et nous voila au centre du problème. Le tiraillement entre la raison et les sentiments est certainement aussi vieux que l'humanité, cette prise de conscience de dimanche devrait nous inciter à rechercher l'unité et l'harmonie, ce qui est l'oeuvre d'une vie entière et peut être en faut il plusieurs ?

3. Les idées nous constituent mais nous les faisons vivre
Ecrit par Daniel Ramirez. 08-07-2007
Avec une semaine de délai, je me permets un commentaire à ce très bon comte rendu.
En effet, Marc, je crois que nous avons ce dimanche abordé une véritable problématique philosophique, qui plus est, centrale dans la vie éthique humaine. Pour cela, plusieurs distinctions ont été utiles ; d'abord une idée qu'on ne désire pas avoir, ce n'est pas seulement une représentation du réel, comme l'idée d'arbre ou de table, ce sont des affirmations sur le réel et des prises de position. Ce sont ce que dans le débat d'aujourd'hui on a appelé "des convictions". Ces idées-là, peuvent conduire à des "idéologies". Le fait que l'on puisse préférer ne pas les avoir, pose le problème de que sont les idées, en effet, mais encore plus celui de savoir si notre volonté a une prise sur nos idées, si nous pouvons les choisir. Si c'est le cas, qui est celui qui choisi ? Quelqu'un que serait constitué en tant que sujet et qui se poserait la question "est-ce que je pense comme ceci ou non ?"". Mais le sujet est constitué aussi par et avec ses idées, dans le sens de ses engagements, ses valeurs, qui constituent et font partie essentielle de l'image qu'il se fait de lui-même. Alors il faut concevoir des parties du moi, les unes en conflit avec les autres, comme dit l'intervenant précèdent, par exemple, le coeur qui penche d'un côté, la tête de l'autre, cette vieille conception des facultés : la raison, la volonté, le sentiment, pouvant ne pas coïncider. Deuxième hypothèse, c'est dans le processus qui cela se passe, dans le temps, aujourd'hui je pense comme ça, demain je mets cela en question, et l'on peut donc corriger, réviser, critiquer ses propres idées et dans ce cas, cultiver certaines, délaisser d'autres. Quoi qu'il en soi, c'est une expérience ; plusieurs intervenants ont fait des petites phénoménologies de ces processus de contradictions internes au sujet : le raciste qui se rend compte que ce sont d'idées mauvaises, l'athée qui trouve désespérant de ne pas croire en Dieu ou le sentiment (est--cette une idée ?) de non-sens de l'univers et la contingence absolue de nos vies, idée pars très féconds bien qu'elle s'impose avec une sorte d'évidence à la raison.
Rien de cela ne prouve que nous ayons une prise volontaire sur nos idées, mais ces exemples montrent à la perfection que nos idées ne sont pas seulement les reflets d'une certaine expérience neutre du réel, mais des positionnements, qui surgissent en même temps que nous forgeons notre identité, et que comme elle n'est pas figée nous sommes amenés à réviser, critiquer, voire changer nos idées. Elles ne s'imposent pas à nous depuis un ciel platonicien du vrai, mas accompagnent nos existences incarnées ; elles ont une vie (voir 1er débat avec Edgar Morin dans un vieux N° de Philos), mais une vie en nous, elles grandissent donc et meurent, parfois de faim, lorsque nous avons choisi, par sensibilité, par évolution, par processus personnel, de ne plus les alimenter, parce que nous préférons de ne plus les avoir. Si elles continuent encore à nous torturer c'est que par mauvaise foi, nous avons prétendu ne pas les avoir tout en les alimentant secrètement, comme l'athée que tout en disant qu'il est angoissé de ne pas croire, tire une fierté de sa "courageuse" position d'athée, ce qui contribue à l'image qu'il se fait de lui-même.
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